Sur la route menant de l'Afghanistan à la ville iranienne de Yazd, un accident d’une voiture conduite par un contrebandier et prise en chasse par la police iranienne juin a fait au moins trois morts et huit blessés début juin. Deux vidéos montrant la voiture en feu ont généré l’indignation, notamment en Afghanistan, car la voiture transportait des migrants afghans.

Les vidéos ont été diffusées sur les réseaux sociaux en Iran le 3 juin, avec la légende suivante : "La police iranienne a tiré sur une voiture remplie de migrants afghans 'illégaux', et elle a pris feu. Beaucoup d’entre eux sont morts à l’intérieur."

La rédaction des Observateurs de France 24 a décidé de diffuser uniquement des captures d’écran floutées de ces vidéos, en raison de leur caractère choquant.

Capture d'écran de la Peugeot 405 en feu sur la route menant à Yazd, dans l'est de l'Iran. Dans le coffre de la voiture, des migrants afghans ont été brûlés vifs suite à l'explosion du véhicule. 

Sur les vidéos, on voit une Peugeot 405 en feu, les corps de personnes décédées dans le coffre, et des survivants sur le bord de la route, blessés et en état de choc. L’un deux pleure, tandis qu’un autre réclame de l’eau. Dans l’une des vidéos, on entend : "La police a tiré sur la voiture, qui a pris feu, et la voiture de police a continué sa route."


Deux blessés afghans dans la vidéo. Un d'eux, très sévèrement blessé, pleure et demande de l'eau. L'homme qui filme leur conseille de s'asseoir et leur dit : "Je vous apporte de l'eau."
 

Ces migrants afghans étaient transportés par des contrebandiers iraniens - également appelés "shotis" - qui font entrer des vêtements, de l’alcool ou encore des migrants en Iran, de façon clandestine, notamment depuis l’Afghanistan.

Ils roulent souvent à plus de 200 km/h pour échapper à la police, ce qui amène cette dernière à tirer parfois sur leurs véhicules. En 2015 et 2016, des accidents impliquant des contrebandiers iraniens transportant des migrants afghans s’étaient déjà produits, mais ils n’avaient pas fait autant de morts que le 3 juin dernier.

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Une autre victime de l'accident semblant souffrir de brûlures, sur le bas-côté de la route.

Les explications de la police iranienne

Le 5 juin, la police iranienne a confirmé que l’accident s’était produit deux jours plus tôt, sur la route entre Mehriz et Yazd, dans l’est de l’Iran.

Elle a indiqué avoir remarqué quatre voitures conduites par des contrebandiers iraniens à un poste de contrôle : elle aurait alors arrêté trois d’entre elles, tandis que la quatrième aurait refusé de s’arrêter. La police assure qu’une course-poursuite a ensuite été engagée sur plusieurs kilomètres, et qu'elle a tiré à plusieurs reprises en guise d’avertissement, avant de viser les pneus de la voiture. Mais celle-ci aurait continué de rouler sur plusieurs kilomètres, avec les pneus à plat, avant de prendre feu et de heurter la barrière sur le bord de la route.

La police a indiqué que 14 migrants se trouvaient dans la voiture, dont au moins un Pakistanais, sans mentionner le sort du chauffeur et des deux autres migrants.

La voiture en feu dans l'est de l'Iran. Selon la police iranienne, 14 migrants afghans étaient à l'intérieur du véhicule. Capture d'écran de la vidéo floutée par France 24.

Kaboul réclame une enquête

De nombreux Afghans ont partagé les vidéos de la voiture sur TikTok, pour exprimer leur colère.

Le 5 juin, la télévision d’État iranienne a diffusé des images d’Abdul Ghafoor Liwal, l’ambassadeur d'Afghanistan en Iran, rendant visite aux survivants à l’hôpital de Yazd. Il a déclaré qu’il était "persuadé que les trafiquants étaient responsables de l’accident". Dans le reportage, l’un des survivants raconte : "Nous avons vu que la voiture était en feu, et nous avons imploré le conducteur d’arrêter de rouler, mais il a continué."

Kaboul a d’ailleurs ordonné à son ambassade en Iran d’enquêter sur l’accident, et de nombreux députés afghans ont demandé à l’Iran "d’utiliser des méthodes moins meurtrières avec les migrants afghans".

De nombreux internautes afghans ont manifesté leur colère sur TikTok sous le hashtag "Apporte moi de l'eau" en persan, la phrase prononcée par un des migrants afghans blessés durant l'accident.

Le 7 juin, les membres d’un parti politique afghan sont également allés protester devant l’ambassade iranienne à Kaboul, lançant de la peinture rouge sur le bâtiment.

Cet incident s’est produit un mois seulement après un autre drame impliquant la police iranienne et des Afghans. Le 1er mai, les gardes-frontières iraniens avaient arrêté 57 travailleurs migrants afghans, au niveau d’une rivière situé à la frontière entre l’Iran et l’Afghanistan : seuls 12 d'entre eux avaient survécu, au moins 17 s’étaient noyés, et une vingtaine avait été portée disparue. L’Iran avait alors nié qu’un tel accident avait eu lieu.


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