Observateurs


Alors que les manifestations se poursuivent aux États-Unis et ailleurs dans le monde pour dénoncer les violences policières, le racisme et le meurtre de George Floyd, une photo montrant un jeune garçon noir en larmes serrant dans ses bras un policier blanc a refait surface sur les réseaux sociaux, parmi d’autres, pour illustrer les bonnes relations entre police et populations afro-américaines. Or, cette image, qui date de 2014, rappelle un sombre fait divers.

Ces derniers jours, alors que de nombreux manifestants descendent dans les rues dans plusieurs villes américaines, des photos d’accolades entre policiers et manifestants afro-américains font surface sur les réseaux sociaux. Le but de ceux qui les postent : montrer que les relations entre la police et les Afro-américains peuvent être apaisées.

Parmi ces images, une a fait particulièrement débat. Elle montre un jeune garçon noir, un chapeau sur la tête, pleurant dans les bras d’un policier. Elle a été relayée par des dizaines de comptes.


Mais rapidement, des internautes ont mis en garde contre l’utilisation de cette image pour illustrer la réconciliation entre Afro-américains et policiers, appelant même à ne pas la partager.

Cet internaute explique "Ne partagez en aucune circonstance cette photo virale de 2014 d'un jeune garçon noir avec un chapeau qui fait un calin à un policier. Il a été confirmé que c'est une mise en scène contre la volonté du garçon dans la photo, qui est aujourd'hui décédé de la faute de sa mère blanche adoptive qui l'a jeté, ainsi que ses 5 frères noirs, d'une falaise quelques années après que cette photo ne soit prise".

Pourquoi cette image est problématique ?

La photo n’est pas récente : elle a été prise à Portland, dans l’Oregon, le 25 novembre 2014. Le jeune garçon, Devonte Hart, 12 ans, enlace un policier lors d’un rassemblement en hommage à Michael Brown Jr., un Américain noir tué le 9 août 2014 par un officier de police blanc. Devonte était accompagné de sa mère adoptive blanche, Jennifer Hart, et tenait une pancarte proposant des "Free hugs" ("câlins gratuits"). À l’époque, le cliché était devenu viral.

Or, elle fait écho à un fait divers sordide. Quatre ans après ce rassemblement dans l’Oregon, en mars 2018, la voiture de Jennifer Hart, de sa femme Sarah Hart - également blanche - et de leurs six enfants noirs avait été découverte en bas d’une falaise en Californie. Le corps de Devonte Hart n'a jamais été retrouvé, mais il serait également décédé.

Après leur mort, des antécédents de violences familiales ont été dévoilés. À plusieurs reprises, les autorités avaient été alertées par des voisins, des écoles et des amis de famille des mauvais traitements que les deux femmes infligeaient à leurs enfants, des coups à la privation de nourriture.

Les deux mères et les enfants avaient plusieurs fois déménagé avant le drame, éveillant progressivement l’intérêt des services de protection de l’enfance. Quelques jours à peine avant que la voiture, conduite par Jennifer Hart, ne soit retrouvée en bas de la falaise, un voisin avait appelé les services sociaux pour dénoncer les violences physiques subies par les enfants. L’une des sœurs de Devonte aurait elle-même demandé de l’aide au voisin, affirmant que ses mères étaient racistes.

Un débat général sur ces photos

Outre le cas problématique de cette photo, les images de réconciliation à la police font débat sur les réseaux sociaux.


Certains protestataires s’y opposent et affirment que les policiers représentent et appliquent un système marqué par les discriminations et les inégalités.


D’autres appellent au contraire à la bienveillance et à des interactions respectueuses entre policiers et manifestants.