Dans un extrait vidéo diffusé sur Facebook depuis mi-mai, des acteurs d’une série datant de 2003 décrivent à s’y méprendre la situation que connaît le monde avec la pandémie de Covid-19. ll est notamment fait mention d'un virus, venu de Chine,  qu’on peut soigner avec la chloroquine. Certains internautes y ont vu la preuve que le "scénario" du Covid-19 était écrit d’avance, faisant écho par là à des théories complotistes. La rédaction des Observateurs de France 24 a parlé à l’auteure de l’intrigue de cet épisode de la série "Dead Zone "pour en savoir plus.

Dans l’extrait d’environ 2 minutes 30, les acteurs échangent sur un "virus venant de Chine" provoquant de "fortes fièvres et des complications respiratoires",  évoquant la nécessité d’une quarantaine prolongée pour les personnes qui en sont atteintes. S’en suit une séquence montrant le rêve d’un personnage, dans lequel son inconscient lui révèle que les malades pourraient être soignés par la chloroquine qui "élimine les enzymes". L’extrait se termine sur l’acteur principal qui apprend que sa vision était juste : les patients atteints de ce virus soigné à la chloroquine ont guéri.

Exemple d'extrait relayé sur Facebook par des internautes prétendant montrer une prévision de la pandémie de Covid-19 dans la série "Dead Zone" en 2003.

La vidéo a été vue plus de 500 000 fois dans au moins trois publications différentes mettant en avant la ressemblance troublante avec la pandémie de Covid-19, et les actuelles controverses autour de la chloroquine. Un internaute a par exemple affirmé que "La CIA utilise Le Cinéma pour faire passer les messages aux initiés, annonçant leurs projets futurs et autres".

Un extrait authentique, mais des enfants principalement touchés dans la série

Les séquences présentes dans la vidéo viennent de l’épisode 14 de la saison 2 de la série américaine "Dead Zone". L’acteur principal, Anthony Michael Hall, est un homme qui, suite à un accident de la route qui l’a plongé dans le coma et duquel il se réveille six plus tard, parvient à deviner l’avenir à travers des visions.

Pourtant, en regardant de plus près l’épisode, baptisé "Plague" ("Epidémie", en français), on peut déjà constater quelques différences avec la réalité : l'homme devenu médium a une vision dans laquelle des enfants d'un école tombent malades après avoir été infectés par un virus. Il demande alors la mise en quarantaine de l’école au sheriff de la ville, avant de pouvoir trouver la solution à ce virus et guérir ces enfants. L’épidémie actuelle de Covid-19 a montré que très peu d’enfants (entre 1 à 5% de la population mondiale) avaient été touchés par le virus.

Or, dans la vidéo qui circule, la plupart des séquences montrant les enfants et l’école être mise en quarantaine ont été éditées pour davantage ressembler à la situation actuelle. Ci-dessous, voici un extrait de l’ensemble de l’épisode incluant également les passages avec les enfants malades.



"Ce scénario est basé sur un cas isolé datant d’il y a 17 ans"

La rédaction des Observateurs de France 24 a pu identifier et contacter l’auteure du scénario de cet épisode de la série "Dead Zone". Elle s’appelle Jill Ellen Blotevogel, et elle se souvient avoir mené de longues recherches avant de trouver le scénario :

Je cherchais une intrigue autour d’une maladie dont le remède mettrait des mois, voire des années, à être trouvé à travers la recherche médicale classique, donc un cas très particulier. Dans mes recherches, j’ai trouvé un cas d’une personne souffrant de la malaria et en même temps d’un coronavirus, et qui avait été traité avec cette remède anti-malaria, lequel qui avait aussi tué ce virus. C’était un cas isolé qui m’a donné une solution intéressante pour mon scénario fictionnel.

Le scénario élaboré par l’auteure n’est pas si surprenant que cela , en le replaçant dans le contexte de l’époque : entre 2002 et 2004, un coronavirus baptisé Sars-Cov-1 (et alors souvent appelé simplement SRAS en français) est apparu dans la province du Guangdong, en Chine et a causé au moins 774 décès, essentiellement en Chine, à Hong Kong, et Taïwan, pour environ 8000 cas. Plusieurs notes de la littérature médicale disponibles en ligne comme ici évoquent des bonnes réactions de certains patients à la chloroquine, rappelant son efficacité face à la malaria.

Si l’auteure précise ne pas avoir gardé de traces de ces recherches "datant d’il y a 17 ans ", ni se souvenir dans quel pays ou dans quel contexte elle avait identifié ce cas "isolé ", Jill Ellen Blotevogel ajoute : 

Je cherchais un remède qui avait peu de chance de marcher. Je ne suggérais en rien que la chloroquine est un remède pour un coronavirus. Seulement que le virus fictif que j'ai inventé avait ce remède bizarre, et à côté de la plaque. 

En résumé 

L’extrait présenté dans la vidéo vient bien de l’épisode 14 de la saison 2 de la série américaine " Dead Zone " mais il a été édité pour éviter de préciser que des enfants sont les principaux malades dans l’épisode.

Le scénario est basé sur un cas isolé identifié par l’auteure du scénario lors du précédent coronavirus Sars-Cov-1 qui avait touché l’Asie du sud-est entre 2002 et 2004.


Article écrit par Alexandre Capron (@alexcapron)
 
Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone