Une rixe entre plusieurs députés congolais a été filmée en direct à la télévision nationale le 25 mai, lors d’une séance à l’Assemblée nationale. Des parlementaires, dont certains de l’UDPS, le parti du chef de l’État Félix Tshisekedi, mais minoritaire au sein de la coalition avec le FCC de Joseph Kabila, s’opposaient au vote de destitution du premier vice-président Jean-Marc Kabund.

Scène surréaliste, à l’assemblée nationale congolaise, lundi 25 mai. Lors d’une séance retransmise en direct à la RTNC, la télévision nationale, une vingtaine de députés en sont venus aux mains pour empêcher l’examen d’une pétition demandant la destitution de Jean-Marc Kabund, président par intérim de l’UDPS, le parti du président Félix Tshisekedi et premier vice-président du Parlement dominé par le Front Commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila.  


Des vidéos amateur de la bagarre ont également été publiées sur Facebook et Twitter et ont été vues plusieurs milliers de fois. “C’est triste pour la République. La RDC avec des parlementaires de cet acabit, va continuer d'avancer à reculons,” a commenté un internaute. “Bagarre sans distanciation et non respect des gestes barrières”, s’est par ailleurs inquiété un autre, dans un pays qui a enregistré 2 546 cas de contamination au coronavirus, dont 68 décès au 27 mai.


Destitué pour des allégations sur le coût faramineux d’un Congrès

Mais pourquoi Jean-Marc Kabund était-il visé par une procédure de destitution ? Ce dernier s’était opposé ouvertement à Jean-Jacques Mamba, un député du Mouvement de libération du Congo (MLC), sur le coût de l’organisation d’un Congrès exceptionnel - réunissant l’Assemblée nationale et le Sénat - qui devait entériner l’état d’urgence sanitaire décrété le 24 mars par Félix Tshisekedi.

Jean-Marc Kabund avait alors affirmé que l’organisation d’un tel événement nécessitait la mobilisation d’au moins 7 millions de dollars. Son opposant politique a alors exigé de son collègue les preuves de ses allégations et a lancé une pétition qui, si elle recueillait assez de signatures, devait permettre de mettre à l’ordre du jour la destitution de Jean-Marc Kabund.

"Il a catégoriquement refusé de nous expliquer la base fondamentale de ses allégations. Et donc, sur la base de son comportement, nous avons décidé d'initier une pétition [pour sa destitution, qui a recueilli une soixantaine de signatures, NDLR]. Il avait la possibilité de venir s'expliquer ou de s’excuser. Mais malheureusement il n'est pas venu. Et on doit respecter cela. C'est la démocratie", a affirmé à la radio allemande Deutsche Welle, Jean-Jacques Mamba, lui-même en résidence surveillée depuis le 23 mai pour faux et usage de faux. "Sans surprise" pour le vice-président destitué. Il est accusé de son côté d’avoir falsifié la signature de trois députés sur cette pétition, dont l’une a porté plainte.

"Sans surprise" pour le vice-président destitué

Depuis son élection en décembre 2018, Félix Tshisekedi partage le pouvoir avec son prédécesseur au sein de la coalition FCC-CACH, de plus en plus divisée par des tensions internes.


"C'est sans surprise pour moi", a réagi le 26 mai sur Twitter Jean-Marc Kabund après sa destitution. ajoutant qu’il était “fier d'avoir défendu notre idéal de combat, notre pouvoir et le président de la République" en "vrai Tshisekediste".

En novembre 2019, une bagarre similaire avait éclaté à l’Assemblée nationale entre les deux ailes d’un même regroupement politique, l'AFDC-A (Alliance des forces démocratiques du Congo et Alliés), qui se disputaient le leadership.

Article écrit par Hermann Boko