La pandémie de coronavirus a impacté la vie quotidienne de millions de personnes, jusque dans leur foi. Partout dans le monde, les lieux de cultes ont fermé pour éviter les risques de contamination. Certains rouvrent peu à peu, mais les religieux ont dû adapter leurs services. Tour du monde des trois grandes religions monothéistes. 

Des messes façon "drive-in" 

Aux États-Unis, les églises sont soumises aux mêmes lois de confinement que les autres lieux de rassemblement. Mais certains États autorisent les "messes en voiture", sur le modèle des cinémas en plein air, comme dans cette vidéo tournée le 3 mai dans la ville de Chanhassen, dans le Minnesota. 

Dans cette vidéo tournée à Chanhassen (Minnesota), un prêtre célèbre une messe sur un parking. On le voit au début de la vidéo, à gauche. Les fidèles suivent la célébration dans leur voiture. 

Certains vont même plus loin, comme ce prêtre de Détroit (Michigan) qui , à l'occasion de la fête de Pâques le 12 avril, a aspergé ses paroissiens d’eau bénite à l’aide...d’un pistolet à eau. Le pretre a meme béni les paniers de Paques,dans lesquels les enfants mettent leurs oeufs en chocolat. "Nous cherchions à donner aux enfants et aux familles un moyen de fêter un peu Pâques, même sans célébration", a expliqué la paroisse à la rédaction des Observateurs, "la réponse à cette initiative a été extrêmement positive". Ces photos, publiées sur la page Facebook de la paroisse St Ambrose, sont devenues virales sur les réseaux sociaux.

 
Dans certains États, les services religieux en extérieur sont autorisés. À Miami (Floride), ces fidèles de l'église évangélique protestante "Fellowship church" ont assisté le 17 mai à une célébration religieuse organisée dehors. 


Afin de respecter les gestes barrières devenus obligatoires et vitaux, les églises ont adapté leurs traditions. En Pologne, cette église a remplacé le bénitier (dans lequel les fidèles trempent habituellement leurs doigts pour se signer en entrant dans l’église) par un distributeur de gel hydroalcoolique. 


Un "Bénitier sans contact" à l’église Our Lady of the Scapular, à Zubrzyca Dolna (au sud de la Pologne, à la frontière avec la Slovaquie) 

En Italie, où la population est majoritairement catholique, les églises sont de nouveau ouvertes depuis le 18 mai, alors que les chrétiens fêtent l'Ascension ce jeudi 21 mai. Pour pousser ses fidèles à respecter les règles de distanciation sociale, la paroisse de Saint Bartolomeo, à Naples a publié le 18 mai une vidéo intitulée "comment se comporter à la messe", dans laquelle des paroissiens se filment en train de rentrer dans l’église, de choisir leur place, de recevoir la communion….tout en respectant un mètre de distance avec les autres et en portant des masques - et des gants pour le prêtre. Tout cela sur fond de musique entraînante.



Dans les mosquées, du scotch pour faire respecter la distanciation sociale  

Alors que le ramadan a commencé le 23 avril, les mosquées sont également soumises à des restrictions dans la plupart des pays du monde. Au Sénégal, les mosquées ont de nouveau le droit d’accueillir des fidèles depuis le 11 mai. Cheikh Tijane Gueye va y prier régulièrement. Il a 33 ans et habite dans la commune de Keur Massar, dans la ville de Pikine (près de Dakar). Avec d'autres jeunes de son quartier, il a pris l'initiative d’intervenir dans plusieurs mosquées pour faire respecter les gestes barrières. Ils ont notamment placé du scotch sur plusieurs emplacements de prière, afin de faire respecter une distance entre les fidèles.

Dans cette vidéo publiée sur Twitter le 14 mai, Cheikh Tijane Gueye explique qu'il a décidé de ne "pas attendre l'État" pour prendre des mesures de distanciation sociale lui-même. 

Cheikh Tijane Gueye et d'autres jeunes de son quartier installent du scotch sur certains emplacements de prière pour maintenir une distance entre les fidèles. 

Les masques, le gel, le désinfectant....ce n'est pas gratuit. On les paie avec nos propre fonds.

Avec les jeunes du quartier, on s’est dit que c’était à nous de faire respecter les gestes barrières dans les mosquées. Nous sensibilisons les gens, en leur expliquant que la maladie peut être mortelle pour les personnes âgées. Car la plupart de ceux qui respectent la prière à la mosquée sont des personnes âgées. 

De manière générale, les gens respectent les gestes barrières. Mais c’est difficile : les masques, le gel, le désinfectant….ce n’est pas gratuit. Et on les paie avec nos propres fonds. 

Au Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, les fidèles s’efforcent également de maintenir la distanciation sociale comme dans cette mosquée de Maiduguri, au nord-est du pays.

"Les musulmans maintiennent une distance sociale en offrant la prière de Taraweeh à la populaire mosquée Indimi à Maiduguri," se réjouit cet internaute le 15 mai. Les prières Taraweeh sont les prières quotidiennes du soir pendant le ramadan. 

Distanciation sociale pendant la prière à la mosquée Indimi de Maiduguri. 

Shabbat au balcon

En Israël ce sont les synagogues qui ont rouvert mercredi 20 mai, une semaine avant la fête de Chavouot, la Pentecôte juive, qui a lieu le 28 mai. 

"De retour à la synagogue. Halleluyah !", se réjouit dans ce tweet Yehudah Glick, rabbin et homme politique israélien. 

Au Canada, faute de pouvoir se rassembler, les fidèles juifs ont fêté shabbat (le jour de repos qui dure du vendredi soir au samedi soir dans la religion juive)... depuis leurs terrasses.
 

Le 4 avril 2020, des juifs chantent depuis leurs terrasses pour fêter le shabbat.

Pour continuer à assurer les services religieux, les rabbins se sont tournés également vers les réseaux sociaux et les applications d’appels vidéos.

"shabbat au temps du coronavirus. À la maison, en ligne avec la synagogue de Hoboken (New Jersey)." Sur cette photo, on aperçoit le pain "hallah" partagé le vendredi soir par les juifs et les bougies allumées pour marquer le début du shabbat. 

"Merci Monsieur le Rabbin de nous guider dans la prière du shabbat ce matin. Bon Shabbat à tous !", s'exclame cet internaute. 

En France, les lieux de cultes sont fermés depuis mi-mars. À Marseille, le consistoire israélite (chargé d’organiser les cérémonies religieuses juives dans la région) diffuse des célébrations et des cours via sa page Facebook.

Le lien spirituel a été maintenu grâce aux réseaux sociaux

Lundi, le Conseil d’État a demandé au gouvernement français de lever les interdictions sur les lieux de cultes. M.Ruben Ohana, Grand Rabbin de Marseille et de la région Alpes-Provence explique comment les synagogues de Marseille préparent cette réouverture :
 
Cela nous réjouit, car cela signifie que l’État prend enfin en compte le culture religieux. Pour autant, on reste très vigilant. On va interdire l’entrée aux personnes âgées, aux enfants, aux personnes vulnérables. Pour ceux qui viendront, il faudra respecter les règles de distanciation sociale. Le port du masque sera obligatoire dans les synagogues, les accolades et les embrassades seront interdites. Les collations qu’on sert habituellement à la fin des cérémonies seront supprimées. L’objectif est d’éviter au maximum le danger d’une contamination.

Pour autant, le consistoire ne va pas abandonner les diffusions en ligne. Pour M.Ruben Ohana, les réseaux sociaux ont permis d’attirer un plus grand nombre de fidèles : 
 
Je donne des cours hebdomadaires sur Youtube. Avant, j’avais 200 vues. Depuis le début du confinement, j’en ai 3000. Le lien spirituel a été maintenu grâce aux réseaux sociaux. Les gens ont découvert une nouvelle façon d’être ensemble.

Le samedi, les juifs ne prennent pas leur voiture. Ceux qui habitent loin de Marseille et sont éloignés des lieux de cultes ne peuvent pas se rendre dans une synagogue pour prier. Aujourd’hui, on a les moyens de penser à eux, mais aussi aux  handicapés, aux personnes âgées qui ne pourront pas revenir à la synagogue. Les réseaux sociaux vont permettre de les maintenir en communauté et de garder cette nouvelle forme de lien avec eux.

Pour préparer la réouverture des synagogues, le consistoire de Marseille a publié le 12 mai sur sa page Facebook une liste de règles à respecter. Parmi elles : port du masque obligatoire, pas d'embrassades et interdiction du kiddouch, une bénédiction pendant laquelle les fidèles boivent dans un même verre de vin.



 Article écrit par Marie Genries