Début mai, deux vidéo amateur ont été massivement partagées sur les réseaux sociaux en Inde. Tournées dans deux hôpitaux publics de Bombay, la plus grande ville indienne, elles montrent des patients atteints du Covid-19 soignés à côté de corps de personnes décédées.

Dans la première vidéo, on voit un hall dans lequel sont assises des dizaines de personnes et un docteur en combinaison qui s'adresse à quelqu'un. L'auteur de la vidéo entre ensuite dans une salle, où se trouvent des dizaines de lits de patients. On aperçoit sur certains lits des corps emballés dans des sacs mortuaires et, juste à côté, des patients en train d'être soignés. 

Cette vidéo a été postée sur Twitter le 6 mai par Nitesh Narayan Rane, un homme politique indien, membre de l'opposition. Elle a été vue plus de 150 000 fois. Elle a été tournée dans l'hôpital public Lokmanya Tilak, dans le quartier Sion de Bombay. Après avoir accusé les familles de ne pas venir chercher leurs proches décédés, le directeur de l'hôpital de Sion a été démis de ses fonctions.

"À l'hôpital Sion… les patients dorment à côté de corps de morts ! C'est extrême... Quelle est cette administration ?! C'est honteux !!", s'indigne cet homme politique membre du parti présidentiel BJP, membre de l'opposition à Bombay.

"Des patients dorment à côté des morts. Hôpital de Sion. Regardez s'il vous plaît. La pandémie est en train d'exploser”, affirme cet internaute en publiant une version plus courte de la même vidéo.

Le 9 mai, une autre vidéo, tournée cette fois dans l'hôpital KEM à Bombay, émerge sur les réseaux sociaux. Elle montre des images similaires à celles de l'hôpital de Sion. On y voit des patients entassés, certains allongés par terre, avec des masques plus ou moins protecteurs. À partir de 28 secondes, la personne qui filme entre dans une pièce où, de nouveau, on aperçoit sur certains des lits des sacs mortuaires qui recouvrent apparemment des personnes décédées. 

Cette vidéo a été tournée dans l'hopital KEM à Bombay. L'internaute ironise : "Le coronavirus a peur des hôpitaux à Bombay".

Selon la loi indienne, le corps d'un patient décédé du Covid-19 doit être retiré de la salle d'un service hospitalier en 30 minutes, et doit être sorti de l'hôpital en moins de deux heures. Ces vidéos ne permettent pas de savoir exactement combien de temps les corps sont restés dans les services mais, suite à leur publication, la ville de Bombay a lancé des poursuites contre le personnel de l'hôpital de Sion.

"Les familles refusent de récupérer les corps"

Les médecins indiens pointent le manque de moyens et la fatigue du personnel médical. Amar (prénom modifié) est docteur à l'hôpital KEM. Il a expliqué à la rédaction des Observateurs de France 24 que les familles ne viennent plus récupérer les corps de leurs morts, par peur d'être contaminées :
 
Ils nous demandent de livrer les corps directement aux crématoriums, ce qui ajoute au travail des ambulanciers. Or, nous avons un nombre limité d'ambulances et d'hommes. Avec la densité de population, la pandémie qui s'étend et les dépenses gouvernementales minimes dans les infrastructures médicales depuis plusieurs années, cela devait arriver ou tard.

Il y a beaucoup de confusion sur les équipements, la logistique et la main-d'œuvre… Parfois nous avons des aides-soignants et des infirmiers… D'autres jours, nous n'avons personne pour nous aider. Ici, les internes travaillent sans relâche depuis deux mois sans être payés… Imaginez leur détresse. Si dans les prochains jours, on ne nous donne pas le matériel de base, on pourrait arrêter de travailler et essayer de rentrer dans notre ville d'origine.

Un autre docteur de l'hôpital de Sion a également confirmé à la rédaction des Observateurs de France 24 que la procédure pour enlever les corps des services est longue et compliquée : 
 
Il faut que l'hôpital arrange des camions pour la famille et les soignants, qu'ils informent le crématorium et tout cela prend du temps. Nous ne sommes pas un hôpital dédié au Covid-19. Il faut qu'on gère les patients atteints du Covid-19 et les autres.

Pour pallier ce manque de personnel et de moyens, certains hôpitaux, comme l'hopital Nair de Bombay a lancé un appel aux volontaires pour emballer les corps de patients décédés du Covid-19, en échange de 500 roupies, soit environ 6 euros. 

La pandémie de Covid-19 a fait officiellement 2 564 décès pour un peu plus de 78 000 personnes infectées en Inde au 14 mai.


Article écrit par Marie Genries