Sur les réseaux sociaux et dans divers médias en France, ces images se multiplient : celles d'internautes soufflant à travers différents types de masques de protection sur une flamme. L’objectif de la manœuvre : "tester" la fiabilité de ces équipements. Si la flamme s'éteint, le masque ne protègerait pas ; si elle continue de brûler, c’est qu’il est suffisamment efficace. Mais ces tests n’ont aucune valeur scientifique.

Cet article a été écrit en collaboration avec Mathilde Sourd, Floréane Marinier et Nelly Pailleux de la rédaction collaborative de "Journalistes Solidaires" sous la supervision d'Ershad Alijani, journaliste aux Observateurs de France 24

Certaines vidéos tentent de prouver que les masques FFP2, N95 ou encore les masques chirurgicaux ne laissent pas passer l'air tandis que la plupart des masques "faits maison", oui. Par exemple, dans cette vidéo relayée le 27 avril dernier, un masque chirurgical semble passer le test, ce qui n'est pas le cas du masque artisanal :


Les internautes, comme ici en Iran, s'acharnent parfois à souffler très fort sur la flamme, alors que celle-ci ne vacille pas.

 
Cet internaute iranien indique en persan : "Le test de la flamme fonctionne bien avec ce masque", indiquant un lien vers le média AparatTV montrant notamment un pharmacien procéder à ce même test.
 
Cette autre vidéo, prise au Nigeria, se veut promotionnelle. Elle présente des masques disponibles à la vente qui réussissent le test de la flamme :


Comment les masques sont-ils testés ?

En France, cette procédure est menée par la Direction générale de l’armement (DGA). Elle est en effet chargée de tester la conformité des équipements de protection contre le Covid-19, dont les masques.

Dans cette vidéo, le centre d'expertise et d'essais DGA Maîtrise NRBC (Maîtrise radiologique, biologique et chimique) explique comment il évalue l’efficacité des masques de protection "grand public".


La DGA procède ainsi à deux types de tests : d’abord, des tests sur matériaux : perméabilité à l’air, efficacité de protection en fonction de la taille des particules présentes dans l'air ; puis, des tests pour mesurer le niveau global de protection du masque et de ses fonctions d’utilisation.
 
Un "test de la bougie" sans validité technique

Pour s’assurer de la non-fiabilité des tests à la flamme, la rédaction des Journalistes solidaires a interrogé Guy Bertrand, chargé de relations médias de la DGA, dont le Centre d’expertise et d’essais a lui aussi tenté l’expérience. 

Leur conclusion : le "test de la bougie" n’a aucune validité technique :
 
Nous avons observé que des masques non valables du point de vue de la protection contre le Covid-19 empêchent d'éteindre la bougie et à l’inverse, que des masques tout à fait valables (masques grand public de catégories 1 et 2, masques chirurgicaux certifiés EN 14683) permettent d'éteindre la bougie.

Plus précisément, la DGA rappelle qu’un masque de protection contre le coronavirus "doit permettre la respiration de son porteur à travers le matériau qui le constitue". Ce matériau doit lui-même être doté d’une capacité de filtration des particules. Toujours selon le représentant presse de la DGA, "un masque bien 'respirant' [qui permet de respirer, NDLR] éteint la bougie car l'air passe au travers".

À l’inverse, "si un masque n'éteint pas la bougie, c'est peut être qu'il n’est pas assez "respirant". Cela veut dire qu’il ne laisse pas passer suffisamment l'air, qui s’échappe alors, sans être filtré, par des interstices entre le visage et le masque.

Même conclusion du côté de l'Afnor (Association française de normalisation), qui a publié un patron pour coudre soi-même des masques en tissu conformes aux normes de sécurité. Son responsable de la communication, Olivier Gibert, indique :
 
Le test de la flamme sur laquelle on souffle à travers le masque ne donne aucune indication sur l’efficacité de filtration du masque. Il permet de donner une idée de son étanchéité et donc de la "respirabilité". [...] Si vous avez du mal à supporter un masque en étant au calme, celui-ci sera certainement inadapté lors d’une marche soutenue ou d’une discussion par exemple. Vous vous exposez alors au risque de devoir l’enlever de manière précipitée, sans être en mesure de pouvoir vous laver les mains immédiatement après.

L'AFNOR a notamment détaillé ces éléments sur son site internet.
 
En résumé

Le test de la flamme pour vérifier l'efficacité d'un masque, effectué par plusieurs internautes et diffusé par des rédactions à travers le monde, n'est pas fiable. 

La DGA et l'Afnor affirment que ce test n'a pas de validité technique. En revanche, si un masque le passe avec succès, cela signifie qu'il n'est pas assez "respirant", et donc inconfortable pour son porteur.

Techniquement, un masque est jugé fiable s'il filtre suffisamment les particules, tout en permettant à l'utilisateur de respirer. 

Article rédigé par Mathilde Sourd et Floréane Marinier, sous la coordination de Nelly Pailleux et avec Ershad Alijani pour Journalistes Solidaires