Ne pouvant compter sur une aide fédérale trop lente à arriver, les Indiens Navajos, plus touchés par l’épidémie de Covid-19 que le reste de la population américaine, s’organisent eux-mêmes pour y faire face. Une bénévole explique comment.

Nation amérindienne la plus peuplée des Etats-Unis - 156 000 personnes sur un territoire à cheval entre l’Utah, le Nevada et l’Arizona - la tribu Navajo est massivement touchée par l’épidémie de Covid-19. Le 10 mai, 3 122 Navajo étaient positifs au coronavirus sur environ 17 000 personnes testées et une centaine étaient morts.

Et il aura fallu attendre un mois pour que les fonds promis par le gouvernement fédéral – 600 millions de dollars - soient enfin reçus par les autorités Navajo. Myron Lizer, le vice-président Navajo a déclaré au Washington Post : "Nous aurions pu sauver plus de vies si nous avions eu l’argent plus tôt ". L’essentiel de l’aide pour faire face à la crise est donc venu de volontaires, notamment autour du groupe Facebook “Navajo & Hopi Families COVID-19 Relief” qui structure les actions menées grâce à la levée de fonds initiée par Ethel Branch, ancienne procureure générale de la nation Navajo, et qui a réuni plus de 3,5 millions de dollars de dons.

"Le confinement est très difficile pour les NavajoS"

Au sein de ce groupe, Vanessa Tullie, une Navajo qui gère une agence d’aide à la personne à Phoenix, est en charge des achats de nourriture. Les difficultés rencontrées dès le début de la période de confinement par son grand-père, vivant à l’intérieur de la réserve, l’ont amenée à se mobiliser : 
 
Je suis allée avec lui faire des courses dans l’épicerie la plus proche de chez lui et beaucoup de rayons étaient vides ! Pas de papier toilettes, pas de bouteilles d’eau, il ne restait que la viande la plus chère… C’est une des raisons pour laquelle le confinement est très dur pour les Navajos, ils ont du mal à faire des réserves. Surtout, du fait qu’il y ait très peu de magasins [13 épiceries dans les 70 000 km² de la réserve Navajo, NDLR], ils sont contraints à faire de nombreux voyages, augmentant ainsi les risques de contaminations.

C’est pourquoi la principale action menée par notre groupe, c’est de distribuer des provisions aux Navajos les plus vulnérables, les plus âgés, ceux qui sont seuls, ceux qui ne peuvent pas se déplacer… Il fallait vite faire en sorte que ces personnes aient le moins possible à sortir de chez eux. Il y avait un besoin urgent car les autorités fédérales et Navajo n’étaient pas capables d’y répondre rapidement.


"Le coronavirus est perçu comme une sorte de monstre ou de gros nuage de maladie"
 
En plus de ces problèmes d'approvisionnement, il y a de nombreuses raisons qui expliquent que les Navajos soient plus touchés. Il y a peut-être chez certains, comme mon grand-père, une mauvaise compréhension de ce qu’est le virus, d’autant plus quand il est expliqué en langage navajo : certains le perçoivent comme une sorte de monstre ou un gros nuage de maladie. 

Par ailleurs, dans beaucoup de foyers, plusieurs générations cohabitent, ce qui augmente encore les risques. Mais surtout, il y a le manque d’eau courante. En pleine épidémie, beaucoup de Navajo ne peuvent pas se laver les mains…

En raison du manque d’infrastructure et de la contamination de certaines sources par des anciennes mines d’uranium, plus d’un tiers des foyers navajos n’ont pas l’eau courante et peuvent donc être amenés à moins se laver les mains pour économiser l’eau potable.

Certaines initiatives se focalisent d’ailleurs sur ce problème en organisant le bricolage et la distribution de "station de lavage de mains d’urgence".


L’épidemie de Covid-19 a fait au 13 mai 83 664 décès pour 1,412 millions de personnes infectées aux États-Unis, pays le plus touché au monde par l’épidémie. L’Utah, le Nevada et l’Arizona, territoires qui concentrent la population de Navajos, comptaient à la même date près de 25 000 cas de personnes positives au Covid-19 contre 956 décès dans les trois États.