Le 24 avril, des images montrant des éléments de la police nationale en train de piller des biens appartenant à l’ancien député congolais Zacharie Badiengila ont choqué les internautes. L’homme politique, qui se fait appeler Ne Muanda Nsemi, et est à la tête du mouvement politico-religieux controversé Bundu Dia Mayala, venait d’être arrêté après un assaut sanglant des forces de l’ordre contre sa résidence. Les actes de pillage ont été confirmés par la police nationale, qui a procédé le 5 mai à la restitution des biens volés à la famille de l’ancien député.

“Il y a une imprimante, il y a quelques chaises et tables, un congélateur, une moto, un groupe électrogène…” Devant un parterre de journalistes et de hauts gradés , un officier de police égrène une série de biens appartenant à l’ancien député Zacharie Badiengila alias Ne Muanda Nsemi, comme le montre une vidéo relayée sur Twitter.


Les affaires avaient été volées, le 24 avril, par des membres de la police lors de l’arrestation sanglante de l’homme politique pour “rébellion”, “atteinte à la sûreté de l’État ” et “incitation à la haine tribale”. Son mouvement politique, qui connait des dérives sectaires, est accusé de troubles et de violences dans la province du Kongo Central.

“Ils ont volé tout ce qui s’y trouvait”

Christine Tshibuyi, journaliste pour le site actualite.cd, était sur place lors de l’assaut contre la résidence de Zacharie Badiengila qui a fait selon un bilan officiel huit morts et 35 blessés. Elle confirme les scènes de pillage. 
 
L’assaut avait été donné à 11h après des négociations infructueuses qui avaient duré 48h. ll y a eu un face à face avec les adeptes du mouvement. Mais après l’arrestation de l’ancien député, les policiers ont pillé la maison. Ils ont volé tout ce qui s’y trouvait. 


Des images et vidéos de ces actes de pillage montrant des forces de l’ordre emporter avec eux des postes de télévision, des meubles, des bassines, des matelas et même des sacs de cossettes de manioc avaient massivement circulé.

Dans un communiqué le même jour, le général Sylvano Kasongole, à la tête du commissariat provincial de police de Kinshasa avait très vite condamné “ces actes inacceptables”. “Dans l’euphorie, certains policiers ont volé et pillé chez Ne Muanda Nsemi. Nous sommes au courant. Je condamne ces actes. Ils seront punis. Nous avons des preuves. Nous avons des vidéos. Nous avons des photos et nous allons les rechercher. Ils seront arrêtés et présentés à la presse”, avait-il affirmé à Actualite.cd.

"S’ils étaient bien payés, ils n’iraient pas extorquer la population, piller ou voler"

Rachel Kitsita est la directrice du site internet Actu30. Elle a suivi la restitution des biens pillés par la police. Pour elle, ces actes reflètent la précarité dans laquelle se trouve les forces de l’ordre. 
 
La séance de restitution s’est fait devant la résidence de l’ancien député en présence de plusieurs officiers, des membres de la famille et aussi des policiers pilleurs qu’on voit accroupis dans la vidéo. 

Les scènes de pillage ont vraiment choqué. Ce sont les populations qui ont filmé. Comment faire confiance à la police après de tels actes ? On ne peut pas en être fier. Les autorités doivent punir les fautifs pour l’exemplarité. 

Qu’est-ce-qu’un policier trouve d’honorant à voler une télévision de 250 dollars ou des sacs de manioc ? Cela montre que la situation des militaires ou des policiers n’est pas reluisante. S’ils étaient bien payés, ils n’iraient pas extorquer la population, piller ou voler.

Les policiers vivent dans la précarité. Ils n’ont pas d’autres choix que de racketter les paisibles citoyens pour bien vivre.

En République démocratique du Congo, le salaire de base d'un policier est de 75 dollars. Mais le gouvernement avait proposé en novembre 2019 de le rehausser à 235 dollars en 2020 pour améliorer les conditions de travail des forces de l'ordre. La rédaction des Observateurs de France 24 a sollicité à plusieurs reprises des responsables de la police congolaise, sans réponse.

Article écrit par Hermann Boko