Observateurs


Plusieurs publications virales sur Facebook et WhatsApp affirment que l’ONU aurait livré du riz "empoisonné" à la population de la région du Nord-Kivu (dans l'est du pays), lequel aurait été détruit après "contrôle de médecins". Ces publications se basent sur des photos qui sont réelles, mais dont la légende est largement exagérée.

Les publications montrent des photos avec un camion chargé de sacs de riz et une autre avec une fosse où ce riz est jeté. Elles associent à ces photos cette légende :

"L'ONU a fait des dons de tonnes de riz à la population du Nord-Kivu, une zone très riche en ressources minières. Vu que nous sommes dans une période de méfiance, les médecins l'ont testé. Il s'avère que ce riz a été empoisonné. Alors une fosse commune a été creusée pour enterrer ce riz empoisonné. […] L'Occident ne finira pas de nous étonner, mais nous sommes vigilants face à la politique occidentale qui a pour projet d'éradiquer les Africains de leur sol."

Exemple de publication reprenant ces photos et affirmant qu'il s'agit de cargaisons de riz "empoisonné". Publication archivée ici.

D’où viennent ces images ?

Une recherche d’image inversée (voir ici comment faire) permet de retrouver cette photo dans plusieurs publications de médias congolais datant du samedi 25 avril, comme ici, où il est indiqué qu’il s’agit bien d’une destruction de riz à "Butembo, dans le Nord-Kivu".

On peut y lire que ces "250 tonnes de riz avarié étaient destinées à appuyer l’équipe de la riposte contre l’épidémie d’Ebola" et qu’il s’agissait d’une cargaison du Programme alimentaire mondial (PAM), un organisme de l’ONU qui distribue de l'assistance alimentaire dans les situations d'urgence.

La même photo utilisée dans un article du 25 avril sur le site congolais Ouragan FM.
 
Du riz avarié, mais pas empoisonné

Contacté par la rédaction de France 24, le maire de Butembo, Sylvain Mbusa Kanyamanda, détaille l’origine de ce riz :
 
Ces sacs de riz ont été importés par le biais du PAM dans le cadre de la riposte contre Ebola, et venaient de Goma [à 200 km de Butembo, NDLR]. Cet organisme nous aide depuis maintenant deux ans à nourrir la population et est d’une grande aide. Nous avons été alertés il y a quelques mois sur des stocks qui pouvaient être avariés. J’ai donc saisi le parquet qui a mandaté l’Office de contrôle congolais (OCC).

Le riz n’était pas "empoisonné", il était seulement non conforme à la consommation. Il n’y a eu aucun élément attestant de la présence de quelconque poison lors des contrôles… et vous imaginez : il y avait 5 922 sacs ! Mettre autant de poison dans une cargaison aussi importante relèverait de l’exploit ! Et c’est par ailleurs le PAM qui a financé cette opération de destruction.

Un de nos Observateurs à Butembo, John Etumba, était présent également lors de cette destruction, dont il nous a transmis des photos samedi 25 avril.

Il explique :
 
Les habitants de Butembo critiquaient le PAM pour avoir apporté ce riz qui est impropre à la consommation. Selon eux, c’était incompréhensible qu’un organisme des Nations unies n’ait pas testé en laboratoire ce riz pour vérifier s’il pouvait être distribué ! Cependant, aucune personne n’a jamais parlé de riz "empoisonné". Cette publication Facebook dramatise la situation.

Photos de la destruction des sacs de riz près de Butembo le 25 avril, envoyées par John Etumba.

Présence de bactéries de type Escherichia coli dans le riz

Même son de cloche du côté de l’Office de contrôle congolais, qui a pour objectif d'effectuer des contrôles de qualité, de quantité et de conformité de tout type de marchandises : Gauthier Mputu, coreprésentant de l’OCC à Butembo, a détaillé à notre rédaction les raisons de la destruction de cette cargaison :
 
Le laboratoire a soumis la cargaison aux essais microbiologiques et chimiques. Il s’est avéré que les essais chimiques ont montré qu’il y avait des germes présents dans le riz. Par mesure de sécurité, et pour éviter que des gens ne tombent malades, il a été détruit, car c’est le protocole. Mais il ne s’agit en aucun cas de poison ou d’un acte volontaire.

Les tests menés en mars par des laboratoires de Kinshasa avaient révélé une forte présence d’Escherichia coli, une bactérie pouvant entrainer notamment des gastroentérites, des infections urinaires ou des méningites dans les cas les plus graves. Aucune précision sur la raison de la présence de ces bactéries n’avait pu être identifiée. "Les causes peuvent être multiples, comme par exemple un problème lors du transport, comme une fuite d’essence", a notamment confié un autre responsable de l’OCC à Kinshasa.

La rédaction des Observateurs de France 24 a contacté les représentants du PAM-RDC pour avoir leur version, mais n’était pas parvenue à les joindre au vendredi 1er mai. Nous publierons leur réponse si celle-ci nous parvient.

 
En résumé
 
Ces photos montrent bien une destruction de sacs de riz offerts par une instance de l’ONU à Butembo, en RDC, mais ce riz a été jugé avarié, et ne présentait aucune trace de quelconque poison volontairement introduit.


Article rédigé par Alexandre Capron (@alexcapron)
 
Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone