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#FilmYourHospital, la théorie du complot qui veut faire croire que le Covid-19 n’existe pas

À gauche, un influenceur américain montre sur sa chaîne YouTube un tract sur lequel on peut lire : "le Covid-19 est un mensonge". À droite, une manifestation contre les mesures de confinement dans le Colorado, aux États-Unis.
À gauche, un influenceur américain montre sur sa chaîne YouTube un tract sur lequel on peut lire : "le Covid-19 est un mensonge". À droite, une manifestation contre les mesures de confinement dans le Colorado, aux États-Unis.

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Ces dernières semaines, des vidéos partagées via le hashtag #FilmYourHospital ont recueilli des centaines de milliers de vues à travers le monde. Elles montrent les halls d’accueil d’hôpitaux aux États-Unis, au Canada, en Allemagne ou en France et tentent de prouver le bien-fondé d’une théorie du complot : le Covid-19 ne serait pas aussi grave qu’on le croit, voire n’existerait pas.

La pandémie de Covid-19 serait-elle largement exagérée par les médias, ou aurait-elle été inventée de toutes pièces comme l’affirment de nombreux internautes qui ont filmé ces dernières semaines des vidéos de parkings et d’accueils d’hôpitaux vides ?

Pour plusieurs soignants interrogés par notre rédaction et exerçant dans les unités de soins pour patients atteints du virus, la réponse est non. Si les entrées des centres hospitaliers sont effectivement vides, puisque les visites et opérations non-urgentes ont été interdites et annulées, les services de réanimation tournent à plein régime.

Voir ci-dessous notre décryptage de cette théorie du complot en vidéo :

 

"Les gens ont envie de se dire que ce n’est 'pas grand-chose' alors que le risque est bien réel"

Voici le témoignage de Bastien H. (pseudonyme), brancardier dans la ville de Caen, au nord-ouest de la France. Il a souhaité rester anonyme par peur de répercussions sur son emploi.

 

Il est "vrai" que les établissements de santé tournent un peu au ralenti sauf dans les "unités Covid" qui sont bien chargées, avec des variantes selon les régions et leurs capacités d'accueil. Si les hôpitaux paraissent vides, c'est dû au fait qu'il n'y a plus de chirurgie sauf urgences, qu'il n'y a plus de visiteurs, et qu’une bonne partie du personnel est soit en arrêt ou bien en vacances forcées. Alors même qu'il manque du personnel dans certaines unités Covid, ce qui n’est pas très logique... La situation est bien souvent épuisante…

L'hôpital public ne tourne pas à plein régime parce que l'Agence régionale de santé a fermé les services ambulatoires et demandé de faire du vide. Actuellement les gens ont peur aussi d'aller dans les hôpitaux car les personnes symptomatiques se disent qu’elles ne sont pas malades et attendent le dernier moment pour aller consulter, et parfois il est même trop tard...

Mais clairement on ne chôme pas. Quand je travaille dans l’unité Covid, je fais 7h30 de travail intense, ça ne s’arrête pas ! Je pense que ces théories ont du succès en ce moment parce qu’il y a un relâchement qui a remplacé la panique qu’on a pu observer au début de la pandémie. Les gens ont envie de se dire que ce n’est "pas grand-chose" alors que le risque est bien réel. Et puis avec le retour des beaux jours, le confinement prolongé, les gens n’ont qu'une envie, c'est de sortir de cette histoire... 

 

Aux États-Unis, une théorie poussée par certains membres du parti républicain

La théorie du complot qui gravite autour du hashtag #FilmYourHospital est née dans les milieux conservateurs américains et a notamment été propulsée par une ancienne candidate républicaine au Congrès.

L’idée a depuis encouragé des centaines de personnes à descendre dans les rues pour manifester contre le confinement et les mesures de distanciation sociales décrétées par les États.  

Le nombre de morts continue pourtant d’augmenter aux États-Unis, avec près de 47 000 morts au 23 avril. Avec un bilan quotidien qui a doublé entre le 22 et le 23 avril, c’est le pays le plus touché au monde par la pandémie de Covid-19. Cette dernière est responsable de plus de 175 000 décès à l’échelle mondiale.

Article écrit par Liselotte Mas (@liselottemas)