À Uvira, dans le Sud-Kivu en République démocratique du Congo, et dans la province de Bujumbura au Burundi, les rivières Mulongwe et Rusizi, principaux affluents du lac Tanganyika, frontière naturelle entre les deux pays, sont sorties de leurs lits respectifs après des pluies diluviennes. Les eaux ont inondé mortellement les quartiers qui se trouvent en bordure. Deux Observateurs, l’un côté congolais, l’autre côté burundais, font état de conséquences matérielles et humaines considérables.

Maisons détruites, voitures ensevelies dans la boue... Des images impressionnantes ont été transmises à la rédaction des Observateurs de France 24. Elles ont été prises après la montée des eaux de la rivière Mulongwe qui traverse la ville d’Uvira dans le Sud-Kivu dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), le 22 avril. 


À Mulongwe, maisons et véhicules ont été ensevelis dans la boue après une montée des eaux de la rivière.
Photos prises par David Bondé.

Les eaux ont charrié d’énormes quantités de boue et provoqué la mort d’une quarantaine de personnes dans les quartiers de Mulongwe et aussi de Kasenga, selon un décompte des autorités locales. Ce bilan pourrait s’alourdir, des corps étant probablement encore sous les décombres selon Radio Okapi.

À Mulongwe, en RDC, "le spectacle était désolant"

David Bondé, enseignant dans une école primaire, était venu en aide à sa soeur dont la maison avait été détruite par les eaux à Mulongwe.
 
Dans la nuit du 16 au 17 avril, il y a eu de fortes pluies. Vers 1h du matin, j’ai reçu un appel à l’aide de ma soeur et de certains habitants. J’habite Kakundu, une commune voisine à Mulongwe qui n’est pas trop près de la rivière.

Une fois sur place, le spectacle était désolant. L’eau est montée jusqu’à plus de deux mètres et a même recouvert les clôtures des maisons. Une cinquantaine de véhicules sont restés coincés dans la boue.

Nous avons réussi à secourir certaines personnes. Mais malheureusement, d’autres ont été emportées par les eaux. Certains habitants ont aussi été retrouvés morts.


Selon les informations de la mairie d’Uvira près de 3600 maisons ont été détruites. C’est une catastrophe pour les familles. Jusqu’à maintenant, les eaux ne sont pas retournées dans leur lit. Et il pleut encore.  
 
"Nous n’avions jamais vu des inondations d’une telle ampleur" 
 
Chaque année, en saison pluvieuse, il est récurrent que les eaux de la rivière débordent. Mais nous n’avions jamais vu des inondations d’une telle ampleur. Plusieurs habitations sont construites tout près des plaines inondables. Mais cette fois-ci, l’eau est rentrée dans les terres jusqu’à 600 mètres du lit de la rivière. 

Des milliers de personnes sont affectées. Mulongwe est le centre commercial de la ville. Dans le marché, les magasins sont détruits. Les commerçants ont perdu leurs marchandises. Ma soeur par exemple est couturière et avait son atelier dans sa maison. Elle a tout perdu. C’est très triste.

Les eaux ont envahi l'abbatoir de Mulongwe. Photo prise par David Bondé.

"Au Burundi, les marchés, les champs de culture, les écoles ont été détruits"

Du côté du Burundi, ce sont les eaux de la rivière Rusizi, l’un des affluents du lac Tanganyika qui ont débordé dimanche 19 avril. Les inondations ont affecté principalement les habitants de la commune de Gatumba dans la banlieue de Bujumbura faisant 27 000 sinistrés, selon des médias locaux. 

Ferdinand Mbonihankuyé, journaliste et blogueur, nous a contacté et a envoyé ses images.
 
Tout comme à Uvira, plusieurs milliers de personnes ont perdu leurs maisons à Gatumba. Les marchés, les champs de culture, les écoles ont été détruits par la montée des eaux de la rivière. Mais il n’y a pas de pertes en vies humaines.

Il est très difficile de se déplacer dans le centre-ville parce que les routes sont inondées. Une délégation du ministère de la Solidarité  a été dépêché sur les lieux pour évaluer les besoins des populations.

À Bujumbura au Burundi, les eaux du lac Tanganyika ont débordé et ont envahi une grande partie des plages de la capitale. Photos prises par Ferdinand Mbonihankuyé.

Des mesures de distanciation sociale plus complexes

Au Burundi, les inondations ont eu lieu alors que le pays n’a pas imposé de confinement à sa population pour lutter contre le Covid-19. Le pays ne compte officiellement que trois cas de coronavirus, et a simplement imposé un quarantaine de 14 jours pour les personnes entrant au Burundi en provenance des pays touchés. 

Cependant, à Uvira en RDC, David Bondé s’inquiète surtout du non-respect des mesures prises pour éviter la propagation du Covid-19.
 
Ces inondations fragilisent encore un peu plus les populations dans un contexte d’urgence sanitaire. Pour le moment, les sinistrés ont été relogés dans les écoles et les églises qui ne sont plus fréquentées en raison des mesures prises par le gouvernement pour lutter contre le coronavirus.

Mais les mesures de distanciation sociale ne sont plus respectées. Les habitants ne pensent plus au port de masques. Les transports sont bondés. Le plus urgent est de sauver des vies.

Sur RFI, Kifara Kapenda Kyky, le maire adjoint de la ville d’Uvira craint les conséquences sanitaire de ces inondations. "Il n’y a plus d’eau, le choléra, le coronavirus... Tout cela va amener beaucoup de catastrophes non seulement sanitaires mais aussi socio-économiques. Nous avons fait appel au gouvernement provincial. Et nous attendons l’aide du gouvernement central et du monde humanitaire. Parce que les besoins sont énormes".

La RDC compte à ce jour 359 cas de Covid-19 pour 25 décès

Article écrit  par Hermann Boko