Observateurs

Au Maroc, le confinement total est en vigueur depuis le 20 mars. Dans des régions de l’ouest, des bergers nomades profitent de cette mesure pour mener leurs troupeaux de moutons pâturer dans des terres agricoles appartenant à des villageois. Depuis le 26 mars, plusieurs villages du sud-ouest et du centre-ouest du pays ont rapporté la présence massive de troupeaux, rasant les terres agricoles sur leur passage. 

C’est une conséquence plutôt inattendue de la pandémie de Covid-19 au Maroc : dans des vidéos publiées sur Facebook et dans des groupes WhatsApp des habitants de Chtouka (sud-ouest) et de Toudma (centre-ouest), on voit des troupeaux de moutons se balader dans des villages ou des terres agricoles. Les auteurs des vidéos, des habitants des villages "envahis" par ces troupeaux, commentent la scène : les bergers nomades profitent de l’absence des paysans pour emmener pâturer leurs animaux sur des terres privées.


Des troupeaux de moutons envahissent les villages de Lekssebte et Ait iften

"Les bergers ne respectent pas les mesures de confinement"

Mahfoud Fariss Amnay est originaire de Toudma, dans la région de Souss-Massa (sud). Il est militant de la Coordination Akal, Terre en tamazight, qui défend le droit des habitants autochtones Amazighs à la terre et à la richesse depuis plusieurs années. Mahfoud dénonce depuis le début du confinement des opérations de surpâturage massif, menées par des bergers nomades dans les villages de sa région.
 
Le phénomène du surpâturage n’est pas nouveau. Dans les régions de Souss (sud-ouest) et des territoires des Ihahanes, une tribu berbère habitant le centre-ouest, nous connaissons des vagues de surpâturage depuis des années. Mais, une semaine après le début du confinement, les terres agricoles des villages ont été envahies par des troupeaux de moutons et de dromadaires en toute impunité. Vu que les villageois sont obligés de respecter le confinement, cela laisse le champs libre à ces bergers, qui, eux, ne respectent pas ces mesures.

Selon notre Observateur, les moutons ne seraient pas les seuls assaillants de ces pâturages : il affirme, ainsi que des médias locaux, que des dromadaires participent également à la destruction des champs. 

Selon notre Observateur, les assaillants viennent du sud du pays et ne sont pas des nomades de la région. Les moutons laissent sur leur passage des champs entiers qui se retrouvent inexploitables : les amandiers sont cassés ; la terre sens dessus dessous.

"Les bergers n’hésitent pas à intimider avec des armes blanches"
 
Mahfoud Fariss regrette que les autorités ne réagissent pas ou peu aux nombreux appels de détresse lancés par la coordination Akal :
 
Les terres des Achtouken [ensemble de tribus berbères de la région de Souss, NDLR] ont été de nouveau attaquées récemment. Mais les autorités n’interviennent que pour rappeler les mesures de confinement et de couvre-feu aux villageois. L’année dernière, à Arbaa Sahel, près de Tiznit (région de Souss, sud-ouest), les villageois ont déjà affronté eux-mêmes les groupes nomades qui mènent leurs troupeaux dans les terres agricoles privées. Ils ont été menacés et insultés.
 
Un berger nomade insulte des villageois à Tagzen Iguissel (centre-ouest) comme le rapporte cette publication d'une page d'actualité locale.
 
Malheureusement, les groupes de bergers manient bien les lances-pierres et les armes blanches et n’hésitent pas à y recourir pour intimider les villageois [le 12 avril, un habitant du village Douar Akmadh dans la région de Sidi Ifni - 74 km au sud de Tiznit - a été attaqué et gravement blessé par ces mêmes bergers et emmené à l’hôpital à Tiznit, rapporte le média local Tighirtnews, NDLR]. Ces "attaques" de moutons sur nos terres agricoles ne feront qu’empirer le peu de ressources dont disposent déjà les villageois.

À quoi bon respecter les mesures de confinement si d’autres ne les respectent pas et en profitent également pour piller et détruire nos récoltes en toute impunité ?
 
Au 21 avril 2020, le Maroc compte 3 046 cas de personnes infectées par le Covid-19. Le Royaume a annoncé, le 20 avril, le prolongement de la durée du confinement total jusqu’au 20 mai.

Article écrit par Fatma Ben Hamad.