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Des Masaï pour faire respecter le confinement au Kenya ? Non, un sketch pour sensibiliser au Covid-19

Capture d'écran montrant la vidéo du comédien kényan Mbuzi Seller détournée de son contexte original.
Capture d'écran montrant la vidéo du comédien kényan Mbuzi Seller détournée de son contexte original.

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Sur Facebook et Twitter, une vidéo montrant un homme vêtu d’une tenue traditionnelle en train de pourchasser des passants attroupés dans la rue a amusé ces dernières semaines. Des internautes ont prétendu qu’il s’agissait d’un milicien Masaï recruté par le gouvernement du Kenya pour faire respecter les consignes de distanciation sociale… Mais c’était en fait une mise en scène.

La vidéo montre un homme habillé d’une tenue traditionnelle masaï courant dans les rues armé d’un fouet. Il frappe plusieurs personnes faisant partie de groupes bavardant dans la rue. Il se met à les fouetter en criant "one meter", ou "un mètre" en référence aux mesures de distanciation sociale mises en place dans de nombreux pays pour faire face à la pandémie de coronavirus Covid-19.

 

Sur Facebook, un internaute écrit une légende en arabe pour cette vidéo : "Cet homme est un Masaï du Kenya, sa tribu est connue pour la chasse aux lions. Ils ont été emmenés en ville pour appliquer le confinement car la police n’en est pas capable. Si tu cries 'aïe !' il te frappe encore plus fort".

 

Sa publication a été vue plus d’1,5 million de fois. La même idée a été reprise dans plusieurs langues et sur plusieurs plateformes : "Respectons les distanciations sinon c'est la chicote à la manière Masaï du Kenya !", peut-on ainsi lire sur Facebook en français. "Puisque les gens ne prenaient pas la police au sérieux, le gouvernement kényan a commencé à utiliser le peuple Masaï pour le couvre-feu", lance en anglais un membre du forum américain Reddit tandis qu’un internaute s’inquiète sur Facebook de voir que "le coronavirus amène la violence en Afrique de l’Est".

 

Une performance artistique

Sauf que cette scène est en fait une mise en scène d’un artiste kényan pour sensibiliser la population aux mesures de distanciation sociale.

Un détail permet de s’en rendre compte. En haut à gauche de la vidéo est inscrit le mot "Mbuzi Seller". En tapant ces mots sur Facebook, on retrouve le profil Facebook de l’homme en tenue traditionnelle et on comprend rapidement au fil de ses publications qu’il s’agissait en fait d’une performance artistique.

Cet artiste kényan de 27 ans s’appelle Mbuzi Seller, de son vrai nom Nelson Saisi Lemiso, il est comédien et aussi directeur commercial à Nairobi.

Il a filmé cette vidéo le 2 avril dans les rues de Nairobi, plus précisément dans le quartier d’Embakasi. Il a expliqué à la rédaction des Observateurs de France 24 :

 

Je suis comédien humoriste et le costume qu’on voit dans les vidéos est celui que je porte toujours pour mes sketches. Ma vidéo a fait le tour du monde et certains ont cru y voir une atteinte aux droits de l’homme. Je tiens à préciser que le fouet que j’utilise pour frapper les gens est un faux, il fait un son très fort mais ne fait pas mal.

Mon idée est venue quand j’ai vu la situation dramatique en Italie. Je voyais mes compatriotes dans la rue, comme si de rien n’était. Je me disais qu’ils pensaient que ce virus est une blague et j’ai voulu à mon tour faire une blague, mais cette fois pour les faire réagir et leur faire comprendre que la situation est grave.

Je suis donc à nouveau entré dans la peau de mon personnage pour "terrifier" la population et inciter au respect du mètre de distance minimum à respecter entre chaque personne. J’ai aussi fait des vidéos sur les mesures d’hygiène et je prévois d’en faire d’autres sur comment respecter ces mesures dans les transports en commun par exemple.

Je ne suis pas non plus embauché ou mandaté par le gouvernement. C’est une initiative personnelle et je continue presque chaque jour à arpenter les rues de Nairobi pour sensibiliser la population. Ceci dit, j’aimerais bien que le gouvernement puisse soutenir des initiatives comme la mienne car j’ai l’impression que la population n’est pas suffisamment informée.