ARABIE SAOUDITE

Sorties nocturnes et pique-nique : quand des Saoudiens défient le confinement

Depuis l'annonce du couvre feu en Arabie saoudite, les influenceurs bravent volontiers les mesures de confinement et se mettent en scène sur internet. Captures d'écran de vidéos Snapchat.
Depuis l'annonce du couvre feu en Arabie saoudite, les influenceurs bravent volontiers les mesures de confinement et se mettent en scène sur internet. Captures d'écran de vidéos Snapchat.

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Depuis le 26 mars, le confinement total est de rigueur en Arabie saoudite pour lutter contre la propagation du coronavirus Covid-19. Mais plusieurs internautes saoudiens ou résidants en Arabie saoudite ont pourtant défié les mesures annoncées et ont posté leurs balades en ville, souvent nocturnes, sur les réseaux sociaux.

L’Arabie saoudite compte au 10 avril plus de 2 700 cas de Covid-19, faisant d’elle le pays le plus touché par le virus dans la région du Golfe persique. Le 23 mars, le Royaume a annoncé un couvre-feu de 19h à 6h pour au moins 21 jours dans les trois villes principales : Riyadh, la Mecque et la Médina, afin de lutter contre la propagation, toujours en hausse, du coronavirus.

Pour assurer le respect de ce décret, l’Arabie saoudite avait immédiatement annoncé la couleur : la veille du début du confinement, le 24 mars, une internaute connue des réseaux saoudiens avait déjà été arrêtée pour "incitation à enfreindre le couvre-feu".

Dans sa vidéo postée sur Snapchat le 23  mars, Omm Yazid Chamri s’adresse aux autorités : "(...) Nous aimerions bien rester chez nous. Mais vous ne pouvez pas nous empêcher de sortir et d’apprécier les fleurs, les oiseaux, le printemps... Même avec un million de riyals d’amende, nous sortirons."

Cet internaute se réjouit de l'arrestation de Omm Yazid, après une seconde vidéo dans laquelle "elle persiste sur sa position".

 

Jusqu’à 5 ans de prison et 3 millions de riyals d’amende

Sa vidéo a suscité l’indignation de certains internautes saoudiens, qui appelaient à faire respecter les ordres des autorités et à "arrêter ces influenceurs" qui "aiguillent la société avec des conseils erronés". L’auteure a été très rapidement identifiée et a été arrêtée le lendemain de sa publication, qui a été supprimée de son compte depuis.

Le procureur général saoudien a ensuite annoncé que la "publication de tout contenu numérique enfreignant le couvre-feu" serait considérée comme un crime, punissable d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 5 ans de prison et d’une amende de 3 millions de riyals (728 134€) maximum.

Des arrestations quasi-quotidiennes

Pourtant, cette mesure et cette arrestation n’ont pas empêché des internautes saoudiens de braver le couvre-feu et de filmer leurs balades en ville avant de les poster sur les réseaux sociaux.

Selon le journal Sabq, ces internautes ont été arrêtés à Wadi ad-Dawasir (sud) le 1er avril.

 

La plupart des vidéos illustrent simplement une sortie en voiture, de nuit. Les auteurs sont accompagnés de quelques amis et profitent des rues désertes, musique à fond.

L’auteur de cette vidéo se cache dans le coffre de la voiture afin d’échapper au contrôle de police durant le trajet. Selon la police de Riadh, ils ont été arrêtés le 8 avril.

 

D’autres ont enfreint les mesures de distanciation sociale en s’offrant les services de barbiers chez eux :

 

Mansour Raguibeh (un conférencier connu des plateaux télévisés) s’est offert les services d’un coiffeur à domicile, après la fermeture obligatoire des salons. Selon la police d’Al Qasim (centre), il a été identifié et arrêté le 31 mars.

 

L’influenceur Bandar Ben Soltan a eu la même idée que Mansour Raguibeh. Dans cette vidéo postée sur Snapchat, on voit que le coiffeur porte des gants et un masque de protection.

 

Fata Chokra, un jeune influenceur aux 40 000 abonnés sur Instagram, a organisé un pique-nique dans les oasis de Al Aflaj, aux alentours de la Riyadh. Il a aussi été arrêté le 29 mars, ainsi que ses compagnons.

"Sortir et risquer de contaminer les autres peut mériter la peine de mort"

 

De son côté, la Direction générale de la sécurité publique communique autant que possible sur le sujet. Dans cette vidéo publiée le 1er avril, elle expose les dernières arrestations repérées sur les réseaux sociaux. Des contenus similaires sont publiés tous les trois jours environ.

 

Le non-respect du confinement divise en Arabie Saoudite, notamment au niveau des rangs les plus conservateurs : le 22 mars, un député du Conseil des oulémas saoudien avait déclaré au journal Okaz que "sortir et risquer de contaminer les autres" mériterait une peine de mort "pour renforcer" le respect des directives.