FRANCE

"C’est pour nos héros" : brancardiers et rappeurs, ils donnent de la voix pour le personnel soignant en France

Dans leur clip "20H", le trio G7N rend hommage aux soignants mobilisés. Capture d'écran / YouTube "G7Nofficial".
Dans leur clip "20H", le trio G7N rend hommage aux soignants mobilisés. Capture d'écran / YouTube "G7Nofficial".
Publicité

À Grenoble, le trio de rappeurs G7N a décidé mi-mars de rendre hommage au personnel soignant dans un clip, "20h". Avec cette chanson, les membres du groupe, dont deux sont eux-mêmes brancardiers, voulaient "donner de la force" à leurs collègues dans les hôpitaux grenoblois. Le clip a finalement touché un public bien plus large, cumulant plus d’un 1,6 million de vues.

"20h". C’est le titre de la chanson composée par les frères Samir et Adel Baloul avec leur ami enfance Djamel Tahar. Une référence au rendez-vous qui réunit chaque jour les Français à leurs fenêtres pour applaudir le personnel soignant et toutes les personnes mobilisées pendant la pandémie de Covid-19. 

Samir et Djamel, eux-mêmes brancardiers dans des hôpitaux de Grenoble en Isère, dans le sud-est de la France, souhaitaient soutenir leurs collègues avec ce morceau. Ils y évoquent leurs propres expériences et saluent le travail du personnel mobilisé dans des conditions difficiles : "Doc, ASH, brancardiers et infirmières, vous êtes nos héros et la France en est fière. Sous-payés mais présents pour sauver le pays, ensemble on vaincra ce putain de Covid, nos héros sont en blanc."

"Il y a des collègues qui ont pleuré"

Sur les réseaux sociaux, le clip est sorti le 20 mars, trois jours après le début du confinement en France. Depuis, il a été vu plus d'1,6 million de fois. Pour Samir Baloul, qui s’est porté volontaire au sein du CHU de Grenoble pour transporter les patients de l'unité Covid-19, ce succès était totalement inattendu. Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24 jeudi 9 avril au matin, tout juste avant de partir pour l'hôpital, il raconte :

 

Je travaille depuis cinq ans à l’hôpital de La Tronche à Grenoble. J’ai un groupe, G7N ("j'ai cette haine"), à côté. La musique, c’est ma passion, ça me permet de me changer des choses pas faciles que je vois à l’hôpital. Ça me permet d’extérioriser.

J’ai eu l’idée de faire ce clip parce qu’un ami brancardier m’a invité dans un groupe Facebook. J’ai découvert qu’il y avait à peu près 3 000 soignants dedans : des médecins, brancardiers, infirmières… Ils avaient créé le groupe pour se donner de la force entre eux. Moi qui fait de la musique depuis longtemps, je me suis dit que si je ne faisais pas quelque chose à ce moment-là, ça ne servait à rien de faire de la musique !

Le soir-même, j’ai écrit un refrain. Mon frère a écrit les paroles et Djamel, brancardier à la clinique mutualiste de Grenoble, qui travaillait de nuit, a écrit le lendemain. On a vite enregistré, c’était le début du confinement.

 

"Quand j’ai rejoint une équipe Covid, j’ai été impressionné par leur courage"

On a décidé de faire un clip aussi. Mes collègues brancardiers, les infirmières, tout le monde a suivi. On a tourné partout dans le CHU, d’abord dans mon service, puis d’autres collègues ont voulu jouer le jeu aussi. C'est filmé aussi dans la clinique mutualiste (où Djamel travaille). On voulait montrer que le Covid-19 arrive, mais que nous, on est là. 

Quand j’ai rejoint une équipe Covid, j’ai été impressionné par leur courage. Ce n’est pas facile, j’ai vu des collègues avoir peur, c’est une décision difficile qu’on prend.

Je tenais à présenter le clip à mes collègues avant de le sortir. Ça restera gravé dans ma mémoire : il y a des collègues qui ont pleuré ! Moi aussi, en réécoutant le morceau, j’ai des larmes qui me viennent… Je visais juste mes collègues de travail du CHU de Grenoble [avec ce clip, NDLR]. On est surpris du succès : 1,5 million de vues, c’est magnifique ! Ce qu’on retient, c’est que les gens partagent, adhèrent. On n’a reçu que des messages positifs.

"Restez chez vous, accrochez vous, on va s’en sortir, on va y arriver"

Dans une vidéo partagée fin mars sur la page du groupe, Samir a tenu à remercier les personnes qui ont écouté le morceau et encourage tout le monde à continuer d'applaudir à 20h.

Pour lui, ce geste est devenu un vrai soutien moral :

 

La semaine dernière, je finissais pile à 20h. Quand je sors de mon travail et que je passe devant tous mes voisins qui applaudissent, ça fait chaud au cœur. Cette solidarité nous pousse, ça donne la force d’aller au travail, pour la bonne cause.

Plus de 12 000 personnes sont mortes du Covid-19 en France depuis le 1er mars, dont 8 044 en milieu hospitalier et 4 166 dans les Ehpad, a annoncé, jeudi 9 avril, le directeur général de la Santé Jérôme Salomon. Il soulignait également que, pour la première fois, le nombre de patients en réanimation a enregistré une baisse.

Pour l'heure, les appels à respecter le confinement se poursuivent. Et en attendant que la vie puisse reprendre son cours normal, Samir a un message :

 

Il y a des soignants qui se lèvent tous les jours, vont au travail. Restez chez vous, accrochez vous, on va s’en sortir, on va y arriver. On est solidaires, on sera forts tous ensemble.

Article écrit par Maëva Poulet