SENEGAL

Au Sénégal, un réseau de bénévoles pour sensibiliser aux "gestes barrières" face au Covid-19

Un volontaire initie un enfant au lavage des mains à Dakar; un maître coranique reçoit des produits de nettoyage à Kaolack. Photos : "100 volontaires" / Mamadou Junior Diakhaté / Amath Kebe.
Un volontaire initie un enfant au lavage des mains à Dakar; un maître coranique reçoit des produits de nettoyage à Kaolack. Photos : "100 volontaires" / Mamadou Junior Diakhaté / Amath Kebe.

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Depuis la déclaration d’un premier cas positif au coronavirus le 2 mars au Sénégal, un groupe de Dakarois a lancé l’initiative "100 volontaires" pour diffuser des messages de sensibilisation au Covid-19 et distribuer des kits d’hygiène dans chaque quartier. Grâce aux réseaux sociaux et à une plateforme en ligne, l’action a été reprise dans plusieurs régions à travers le pays.

Le Sénégal compte 162 cas positifs au coronavirus Covid-19, selon un bilan du ministère de la Santé daté du 30 mars. Parmi ces malades, 28 ont guéri et 134 sont sous traitement, dont deux dans un état grave. Pour éviter une plus grande propagation de la maladie, le président Macky Sall a annoncé le 14 mars la fermeture des écoles et la suspension des rassemblements publics. Le 23 mars, le Sénégal a également décrété un état d’urgence et imposé un couvre-feu de 20h à 6h.

À Dakar, avant même les mesures prises par le gouvernement, un groupe d’habitants issus de la société civile a lancé l’opération "100 volontaires". Elle consiste à former des bénévoles dans chaque quartier pour diffuser des messages de prévention et inculquer les bons gestes.

"On va voir les personnes qui n'ont pas accès à Internet, la télévision ou la radio"

Mamadou Junior Diakhaté, un instituteur de 32 ans, est l’un des initiateurs de "100 volontaires" :

 

Cette action est partie du constat que le plus gros risque que notre pays court avec cette pandémie, c’est de laisser le "citoyen" en dehors du dispositif d'information. Avant même la déclaration d’un premier cas au Sénégal, nous avons commencé à expliquer dans les quartiers ce qu’était le Covid-19 en langues locales. Avec le 1er cas, nous sommes passés à la vitesse supérieure et avons mis en place une plateforme en ligne de volontaires de tous bords : des enseignants, des travailleurs sociaux, des médecins, etc. 

Nous avons élaboré une "fiche du volontaire" : celui-ci ne doit pas dépasser un rayon d'un kilomètre autour de chez lui, il reste dans son quartier. Il donne des mesures de prévention simples, initie au lavage des mains, il communique sur les numéros verts et il explique les symptômes de la maladie. On va voir les personnes qui n'ont pas accès à Internet, la télévision ou la radio. Nous relayons les communiqués du ministère de la Santé, pour que les habitants aient la bonne information. Le volontaire doit porter un masque, des gants et n’a pas le droit d’entrer dans les maisons.

"Nous nous sommes rendus dans des écoles coraniques"

Au début de ce projet, nous avons écrit au ministère de la Santé pour avoir ses recommandations. Mais nous n’avons pas reçu de matériel ou d’argent. Nous ne sommes pas non plus financés par des politiciens. Nous sensibilisons à partir de fonds propres ou avec des dons. Ces dons sont par exemple des "kits d’hygiène" composés d'un dispositif de lavage, d'eau de javel et de savon liquide.

 

Nous nous sommes notamment rendus dans des écoles coraniques qui n'avaient pas fermé leurs portes et nous avons fait en sorte que les maîtres coraniques arrêtent les cours et renvoient les enfants chez eux. Ces écoles sont fermées désormais.

Les Sénégalais commencent à comprendre le danger qui nous guette et prennent les mesures idoines. Nous avons réussi à éveiller les consciences et ça marche. Les deux premiers jours après le couvre-feu, les forces de l’ordre ont eu quelques difficultés à le faire respecter, maintenant le message est bien passé.

 

Sur les réseaux sociaux, les bénévoles de Dakar ont lancé un appel aux citoyens pour trouver "100 volontaires" dans chaque ville. Grâce à WhatsApp et au site Internet de l'opération, d’autres groupes se sont créés dans les quatorze régions du Sénégal. Selon Mamadou Diakhaté, ils sont actuellement 452 volontaires actifs.

"Les volontaires sont des habitants du quartier, cela empêche les réticences et aide à transmettre le message"

Amath Kebe, un entrepreneur de 31 ans, a pris connaissance de l’initiative sur WhatsApp. Il est maintenant le leader des volontaires de la région de Kaolack, dans le centre-ouest du pays, qui compte une cinquantaine de bénévoles :

 

Les équipes sur le terrain recensent les besoins des habitants dans les quartiers et l’inscrivent sur le site. Nous n’acceptons pas de dons en espèce, on va demander plutôt aux donateurs de répondre directement aux besoins que nous avons observé, en achetant des savons ou des aliments, comme du riz, pour les personnes qui voient leurs activités économiques ralenties.

 

Des kits distribués au poste de Santé de Keur Madiabel. Photo envoyée par Amath Kebe. 

 

On forme les volontaires en respectant les indications données par le ministère, comme porter un masque, privilégier les mouchoirs jetables ou éviter de se serrer la main.

 

Des masques distribués à des chauffeurs de taxis motos à Kaolack. Photo envoyée par Amath Kebe.

Au début, certains ne comprenaient pas vraiment. Et puis, ils ont vu que les volontaires étaient des habitants de leur quartier, des fils de la région, qu’ils étaient bénévoles, qu’ils n’avaient pas de véhicules…

 

Cela empêche les réticences et aide à transmettre le message. Je dis aux jeunes que je forme : si vous allez plus loin que votre quartier, et que vous n’êtes pas connus là-bas, alors formez quelqu’un d’autre sur place que la population connaît.

 

 

Formation de volontaires pour la sensibilisation à Kaolack. Photo envoyée par Amath Kebe.

 

Au Sénégal, de nombreuses actions sont menées par la société civile pour lutter contre le Covid-19. De jeunes ingénieurs de la capitale ont par exemple créé une application et un site internet permettant de donner des informations vérifiées sur la maladie et ainsi éviter les rumeurs. À Dakar, des artistes ont également peint des messages de sensibilisation sur les murs.

 

>> Lire sur les Observateurs : À Dakar, des graffitis interpellent les Sénégalais "qui n'ont pas encore tous saisi la gravité" du coronavirus

 

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