Le Nigeria compte désormais 46 cas de coronavirus et un décès. Le gouvernement a suspendu les vols internationaux, fermé les écoles et interdit les rassemblements de plus de cinquante personnes. Mais dans le pays le plus peuplé d’Afrique, le vrai défi reste l’accès à l’eau, au savon et à l’éducation autour de l’hygiène.

Joshua Chukwu est professeur de primaire dans une communauté pauvre d'Ibiade, (dans l'Etat d'Ogun, au sud-ouest du Nigeria). La semaine dernière, avant que son école ne ferme, il a organisé avec ses élèves un atelier pour leur apprendre à se laver les mains correctement.

"On se lave les mains pour rester en bonne santé." Dans une vidéo samedi dernier sur son compte Twitter, Joseph Chukwu fait répéter plusieurs fois ce slogan à ses élèves. Il leur montre ensuite comment se laver les mains "Vous touchez votre savon, puis vous frottez vos mains. Ensuite vous les rincez avec de l’eau et vous les frottez jusqu’à ce que vos mains soient propres."

“Mes élèves et moi avons participé à une activité de lavage de main pour rester en bonne santé tout le temps, Covid-19 ou pas. Je leur ai dit qu’ils devraient s’entraîner régulièrement car cela aide à éviter les maladies," écrit Joshua Chukwu sur son Twitter.

"Ils étaient excités et sentaient perpétuellement leurs mains pour percevoir le doux parfum du savon."
 

"Je leur ai fait comprendre qu’il est important de se laver les mains et qu’il faut le faire régulièrement, car cela nous aide à rester en bonne santé"

Dans la communauté dans laquelle enseigne Joshua Chukwu, beaucoup d’enfants n’ont pas accès à du savon et n’ont pas appris à se laver les mains régulièrement. Un geste pourtant décisif dans la prévention des maladies, selon les médecins.
 
 Je leur ai expliqué l’épidémie de Covid-19, et les mesures préventives qu’ils peuvent prendre pour ne pas être infectés : éviter de se toucher le visage ou de mettre ses mains dans la bouche, tousser dans son coude, etc. Je leur ai fait comprendre qu’il est important de se laver les mains et qu’il faut le faire régulièrement car cela nous aide à rester en bonne santé.

Dans l’école où j’enseigne, les élèves manquent de commodités. Ils ratent souvent des cours car ils sont malades à cause de la mauvaise hygiène dans notre communauté et dans nos écoles. Les conditions d’enseignements ne sont pas optimales et les enfants n’apprennent pas à se laver les mains. Donc en tant que professeur, j’ai dû improviser pour leur montrer ce qu’ils peuvent faire en ce moment.

Avec ses élèves, Joseph Chukwu a également fabriqué des affiches rappelant les principales mesures de prévention contre le coronavirus : se laver les mains souvent, utiliser des masques, prendre sa température, éviter les rassemblements, ne pas se toucher le visage avec les mains sales.

Chase Proper, co-fondateur de l’ONG nigériane Water with Development Initiative (WaterWide), qui vient en aide aux populations des zones rurales, organise  également des cours de lavage des mains, comme dans cet orphelinat du Plateau de Jos, dans le centre du pays : "en zone rurale, une grande partie de la population n’a pas accès au savon et à l’eau courante, et n’est pas forcément sensibilisée à l’importance de se laver les mains.Il y a énormément de maladies dues à l’absence d’hygiène. Le coronavirus, c’est juste la cerise sur le gâteau. A Abuja (la capitale), il y a des distributeurs de gel hydroalcoolique à l’entrée de quelques bureaux, mais c’est tout. Le gouvernement demande à la population de se laver les mains avec du savon mais comment font les gens qui n’ont pas même pas d’eau propre ? C’est un privilège ici.”

Photos fournies par Chase Proper, co-fondateur de l’organisation non gouvernementale nigériane WaterWide. Cours de lavage des mains à l’orphelinat du Plateau de Jos, dans le centre du pays. 


Au Nigeria, près d’une personne sur trois n’avait pas accès à de l’eau propre en 2019
Dans certains lieux de travail et publics, des citoyens ont donc placé des seaux d’eau afin de permettre aux passants de se laver les mains.

À l’entrée d’un parc à Jos, Nigeria.

 

"Avec l’attention autour du Covid-19 qui grandit ici, les citoyens ont pris eux-mêmes des mesures"

Le docteur N.C travaille dans un hôpital gouvernemental (il a préféré ne pas révéler son nom, ni l'hôpital dans lequel il travaille). Il a fourni à la rédaction des Observateurs plusieurs photos de ces "robinets de rues", dont celle-ci, prise devant une pharmacie locale.



Avec l’attention autour du Covid-19 qui grandit ici, les citoyens ont pris eux-mêmes des mesures. Certains ont fourni ce système de lavage avec un seau pour leurs clients, d’autres offrent du gel hydroalcoolique aux clients avant qu’ils ne fassent leurs achats.
 

 Dans l’hôpital dans lequel il travaille et dans sa résidence, des personnes ont également installé ce système. Pour le docteur N.C, ce n’est pas vraiment efficace : "Il n’y a pas vraiment de tuyaux d’eau fiables, donc nous sommes obligés d’utiliser des seaux d’eau." 

Ces photos ont été prises par le docteur N.C à son lieu de travail et dans son lieu de résidence. Il s’agit d’un simple seau d’eau muni d’un robinet qui permet de se laver les mains.


L'eau courante ne fonctionnant pas toujours, les habitants se lavent les mains avec des tasses d'eau, qu'ils prélèvent dans un seau remplit manuellement. 

"C’est ça se laver les mains, pour les Nigérians. Ouvrir le robinet avec des mains contaminées, se rincer, puis fermer le robinet. Lavage des mains en effet." , écrit le docteur C.N, ironique, dans un tweet.


Vidéos fournies par Chase Proper. Devant plusieurs pharmacies, les clients doivent désormais se laver les mains avant d'entrer. 


Article écrit par Marie Genries