Le personnel hospitalier est en première ligne face à la pandémie de coronavirus Covid-19. Aux États-Unis, pour éviter de contaminer leur entourage, des soignants ont délibérément décidé de quitter le domicile familial. Sur les réseaux sociaux, ces travailleurs et leurs partenaires racontent leur isolement dans des sous-sols, des étages séparés, des caravanes ou encore des résidences secondaires. 

Dans cette publication datée du 17 mars sur Twitter, une internaute américaine explique que son mari est “médecin au service des urgences” et s’occupe de patients atteints du coronavirus. “Nous venons de prendre la décision difficile pour lui de s’isoler et d'emménager dans notre garage”, témoigne-t-elle.



En réponse, une autre utilisatrice du réseau social a publié une photo montrant l’endroit où dort son mari, qui soigne également des malades du coronavirus. “Il est important que les gens sachent à quel point les professionnels de la santé s'investissent dans la prise en charge des patients et pour la sécurité de leur famille”, peut-on lire dans son tweet. 
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Stacy Smith vit avec sa famille à Saint-Louis, dans le Missouri, aux États-Unis. Son mari, le Dr Duncan Smith, est médecin urgentiste au Mercy Hospital South, le troisième plus grand centre médical de la région. Pour éviter tout risque de contamination, il a acheté une caravane, dans laquelle il va vivre pendant la durée de la pandémie. 

"Papa, combien de temps vas-tu partir ?"

Tout le monde est surpris de la rapidité avec laquelle les choses se sont passées. Nous devions partir pour les vacances de printemps jeudi dernier (le 12 mars) mais nous avons en fait annulé notre vol le jour-même et décidé de ne pas y aller. Mon mari s’est mis à faire de nombreuses conférences téléphoniques avec les urgences pour discuter des nouveaux protocoles, des procédures, des équipements de protection individuelle et pour planifier l'inévitable surcharge de notre système de santé. 
 

“Mon mari est médecin urgentiste à Saint-Louis. Il est isolé dans cette caravane, loin de moi et de nos trois garçons, pour une durée indéterminée, à cause du #coronavirus. (...) Nous lui avons fait cette affiche aujourd'hui pour sa caravane.” 

Il a également acheté une caravane pour y vivre quelque temps. Nous n’avions jamais envisagé d’acheter un camping-car avant cela. Actuellement, l’idée est de le garer chez sa mère, à environ 30 minutes de chez nous.

Honnêtement, nous n'avons aucune idée de combien de temps cela va durer. Tant que les gens ne prendront pas au sérieux les consignes et qu'ils continueront d’aller dans des lieux publics, il se pourrait qu’on en ait encore pour un moment. 

Photo envoyée à la rédaction des Observateurs de France 24 par Stacy Smith montrant la petite cuisine dans la caravane. 

Mon mari et moi sommes bien sûr bouleversés, mais nous estimons qu'il est de notre devoir moral et éthique de rester isolés pour le moment. Il est en première ligne : il y a donc une forte probabilité pour qu'il contracte le virus à un moment donné. Mon aîné a déjà eu des problèmes respiratoires par le passé. Je ne peux pas tomber malade parce que je suis la seule personne qui s'occupe de lui en ce moment les écoles étant fermées. Nous avons donc décidé que mon mari devait s’isoler jusqu'à ce que les choses se calment.

Je dois souligner que même si c'est frustrant et peu pratique, c'est la bonne chose à faire. Si tout le monde restait simplement à la maison pendant quelques semaines, nous pourrions arrêter la propagation et empêcher que d'autres personnes meurent.

La famille a approvisionné la remorque en denrées alimentaires de base. Photo envoyée à la rédaction des Observateurs de France 24 par notre Observatrice.

“J’essaie d’être honnête sur la situation avec nos enfants, sans les contrarier”


Nous allons faire des "FaceTime" avec mon mari tous les jours et faire comme s'il était en voyage prolongé. Nos enfants ont 6, 5 et 3 ans. Ils ne comprennent pas bien comment la vie est sur le point de changer en ce moment. Je ne suis pas sûre qu'aucun d'entre nous le comprenne. J'essaie d'être ouverte et honnête avec eux sur la situation, sans les contrarier. 

En ce moment, ils savent qu'il y a beaucoup de gens vraiment malades dans le monde et que papa doit aller à l'hôpital pour les aider. Hier, mon fils de 5 ans a demandé à mon mari : "Papa, combien de temps vas-tu partir ?" Cela nous a fait pleurer tous les deux.

“Ces médecins anonymes méritent d’être reconnus”

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, Duncan Smith a tenu a saluer les efforts de ses collègues à travers le monde pour lutter contre le Covid-19. 

"Il y a des médecins dans le monde entier qui sont déjà actifs", a-t-il déclaré. "Nous, nous nous préparons en ce moment, mais il y a d'innombrables autres médecins qui ont déjà fait ce sacrifice, qui restent anonymes, mais qui méritent d'être reconnus".

Mercredi 18 mars, l'État du Missouri comptait 13 cas confirmés de ce nouveau coronavirus, et aucun décès.

"Mon mari a été mis en quarantaine au sous-sol"

Notre rédaction s'est également entretenue avec Stefanie Iwashyna, dont le mari Jack Iwashyna est médecin à l'hôpital des anciens combattants d'Ann Arbor, dans le Michigan. Il dirige l'unité de soins intensifs ainsi qu'une unité d'isolement et d'évaluation pour Covid-19. Pour protéger sa famille, il s'est lui-même mis en quarantaine dans le sous-sol de leur maison. Sa femme explique :

J'ai fait un lit avec des matelas au sol. Je lui ai laissé des vitamines, du shampoing, du savon et des produits de rasage pour qu'il n'ait pas à entrer dans la partie principale de la maison.


Notre Observatrice nous a envoyé cette photo de quelques produits de toilette qu'elle a préparé pour son mari, qui s'occupe de patients atteints de COVID-19.

Nous vivons complètement à l'écart. Jack a deux ensembles de blouses, de chaussettes et de sous-vêtements. Il met les vêtements sales dans un sac qu'il laisse en haut de l'escalier du sous-sol, je les lave et je ramène en haut de l'escalier les vêtements propres et secs pour le lendemain.

Jack Iwashyna laisse sa blouse dans ce sac en haut de l'escalier. Sa femme la lave et lui rend, également dans un sac. Ils ont décidé de ne pas se toucher du tout pendant qu'il travaille sur les cas Covid-19.


Nous sommes habitués à ce que Jack soit totalement absorbé par son travail. Il fait généralement des blocs de deux semaines aux soins intensifs, pendant lesquels il travaille toute la journée. D'une certaine manière, la grande différence est que nous ne pouvons pas le toucher physiquement et que nous n'avons pas beaucoup d'interaction avec lui, à part quelques conversations rapides en haut des escaliers ou par SMS.

Pour le moment, je me sens bien et capable de gérer seule sur le plan familial. J'ai de la chance, car mes trois enfants sont grands et indépendants. Nous avons aussi la chance d'avoir un espace séparé dans notre maison qui rend cet isolement possible.

Je crois que si j'arrive à m’y faire pour le moment, c'est parce que j'estime que ça ne durera pas plus de deux semaines. Mais s'il s'avère qu'il doit travailler plus longtemps sur les cas de coronavirus, plusieurs semaines ou plusieurs mois, je ne sais pas si nous le supporterons. 

Pour le moment, 65 cas de Covid-19 ont été confirmés dans le Michigan. Dans l'ensemble des États-Unis, près de 7 000 personnes sont contaminées et 115 personnes sont décédées.
 

Article écrit par Catherine Bennett.