Les Philippines ne sont pas épargnées par l’épidémie de coronavirus Covid-19. Avec plus de 200 cas identifiés, les îles de l’archipel ferment et les liaisons aériennes intérieures sont suspendues. Un cauchemar pour les Français qui ne peuvent plus rentrer chez eux comme Quentin Mercier, coincé depuis trois jours à l’aéroport de Cebu.

Quentin Mercier était venu aux Philippines en vacances, avec sa petite amie. Mais son séjour s’est transformé en cauchemar lorsque les îles ont commencé à fermer les unes après les autres.

Lundi 16 mars, Quentin Mercier est arrivé à l’aéroport de Cebu, dans le centre de l’archipel. Pour prendre son vol vers l’Europe, il devait se rendre à Manille. Mais en raison de la progression du coronavirus, toutes les liaisons aériennes vers la capitale ont été suspendues. Il s’est donc retrouvé coincé à l’aéroport. 

“Voilà ce qui est affiché à l’aéroport : prochain vol le 15 avril. Donc on est bloqués et on attend le retour de l’ambassade et on espère le retour par avion militaire.”  Vidéo tournée lundi 16 mars à l’aéroport de Cebu par Quentin Mercier. 

“ Voilà où on va dormir. Tout le monde se répartit un peu partout pour pouvoir passer la nuit. On nous fait tourner en rond.”Vidéo tournée lundi 16 mars à l’aéroport de Cebu par Quentin Mercier
 

“On nous dit de fuir par nos propres moyens”


Mardi 17 et mercredi 18 mars, Quentin Mercier était toujours à l’aéroport de Cebu avec une centaine d’autres Français. Tous leurs vols vers Manille ont été annulés. Il a raconté à la rédaction des Observateurs de France 24 :

​​On n’a aucun retour de l’ambassade. On remplit formulaire sur formulaire. On est coincés à l’aéroport la nuit car il y a un couvre-feu de 20 heures à 5 heures du matin. D’ailleurs, on n’ose même plus sortir parce que si on prend un hôtel, on a peur de rater les dernières informations.

On ne fait que payer de nouveaux billets d’avion, sans être forcément remboursés. On a des informations contradictoires, les personnes référentes à Cebu nous disent de fuir par nos propres moyens. C’est le chaos.

“Il est 4 heures du matin, toujours bloqués à l’aéroport. Les personnes dorment de manière éparpillée. On n’a aucune nouvelle de l’ambassade. Ce n’est plus qu’une question d’heure pour rentrer vers Manille et prendre nos vols retour, mais on est toujours bloqués à Cebu et on ne sait pas si des vols vont opérer.  Des gens semblent être aussi bloqués à Manille donc c’est inquiétant. On va voir ce qu’il se passe.” Vidéo tournée mardi 17 mars à l’aéroport de Cebu par Quentin Mercier.

 

 Coincés à l’aéroport, les voyageurs occidentaux dorment comme ils peuvent sur les bancs des terminaux. Vidéo tournée mardi 17 mars à l’aéroport de Cebu par Quentin Mercier. 

A Manille et dans d’autres îles du pays, les Français ont des difficultés à accéder aux aéroports Sur le groupe Facebook “Français bloqués aux Philippines”, ils sont plus de 500 à partager photos et nouvelles de leur situation.

Capture d’écran fournie par Quentin Mercier

Mercredi 18 mars, l’ambassade de France aux Philippines a publié sur son site un communiqué à destination des Français coincés dans le pays. Elle annonce que le gouvernement a levé le délai de 72 heures pour quitter le pays et que les étrangers pourront donc quitter le territoire pendant toute la durée du confinement.
 

A l’aéroport de Cebu, Quentin Mercier raconte que la direction a mis en place deux vols pour Manille le soir même.

Mais il y a des conditions pour le prendre : pas de fièvre et un billet d'avion retour sous les 24h. Tout le monde s’est affolé à changer ou acheter encore et encore de nouveaux billets depuis la capitale Manille vers d’autres pays. Des prix exorbitants, entre 800 à 1500€ le billet. On se ruine, tout ça pour qu’on ait un ticket afin d’acheter chacun notre tour un vol, lui aussi à un prix exorbitant pour le pays : 200€ par passager.

Le personnel de l’aéroport de Cebu annonce aux voyageurs les conditions pour embarquer sur les vols en direction de Manille . Vidéo tournée mercredi 18 mars par Quentin Mercier.

Mais au bout de quelques heures, les deux vols "Cebu-Manille "pourtant mis en place spécialement sont annulés car le gouvernement local de Manille refuse leur atterrissage. Les Français de Cebu sont désabusés. Quentin écrit à la rédaction des Observateurs de France 24 : 

“Voilà on s’est tous ruinés encore à acheter de nouveaux vols suite à leurs conditions…. on est foutu, c’est fini pour nous. L’ambassade parle vaguement des avions de l’armée mais toujours rien de prévu.

De ce fait, on va dormir encore par terre cette nuit, je pense qu’on s’y fait, et on attend de savoir si, oui ou non, Manille finit par accepter les avions.

Deuxième nuit à l’aéroport pour les Français. La direction a installé une fontaine d’eau.

Sur leur groupe Facebook, les Français s’impatientent du manque d’organisation, alors que les voyageurs allemands ont été rapatriés à Manille et seront rapatriés ce soir en Allemagne. D’autres, comme les Russes, sont aussi coincés à l’aéroport “ Ils crient toutes les trente minutes : on veut un vol !”, raconte Quentin.

 

Comme les Français, les Russes coincés à l’aéroport de Cebu attendent des vols pour rentrer à Manille.

 

Distribution d’eau, de pain et de fromage pour les voyageurs bloqués à l’aéroport.

“On dépense des fortunes. On dort à l’aéroport. Les gens nous disent qu’on a de la chance de rester ici, mais en fait on aimerait juste être chez nous.”

"On a harcelé les hôtesses"

Jeudi 19 mars, plusieurs Français ont pu rejoindre Manille voire même rentrer directement à Paris depuis Cebu, d’autres sont toujours à l’aéroport. Nous n’avons pas eu de nouvelle de Quentin mais un autre Français, Thomas Cantin, nous a raconté son départ depuis Cebu :

“On a voulu quitter cet endroit le plus rapidement possible, alors on a harcelé les hôtesses au comptoir Korean Air pour pouvoir être placés sur le vol du 18 mars à minuit. C’est à 23h30 qu’elles nous ont annoncé qu’il restait des places car des passagers ne s’étaient pas présentés. Les billets d’avion pour deux nous ont coûté 1800€, en prenant le vol Korean Air jusqu’à Paris le 20 mars à minuit.

Pour réussir à partir il faut donc : beaucoup d’argent, ne pas être coincé ailleurs, faire du forcing auprès des compagnies. Pour ceux qui n’ont pas de billet le mieux est d’aller à l’heure des enregistrements des vols pour avoir les places... mais à prix fort.”



Article écrit par Marie Genries