Vendredi 13 mars, le Premier ministre tunisien Elyes Fakhfakh a annoncé des mesures restrictives pour faire face à la propagation de coronavirus dans le pays, où 29 cas ont été enregistrés au 18 mars. Toutes les mosquées ont été fermées, les prières collectives suspendues, et les cafés bars ainsi que les restaurants doivent chaque jour fermer leurs portes à 16h. L'espace aérien est également réservé aux seuls vols rapatriant des Tunisiens de l'étranger. Mais les mesures de distanciation sociale et d'isolement préconisées ne sont pas encore vraiment respectées. 

Sur les réseaux sociaux, des centaines d’internautes ont appelé à l’utilisation des haut-parleurs des mosquées fermées, afin de réciter le coran tout au long de la journée. En réponse, des imams ont profité des appels à la prière - maintenus bien que les mosquées soient fermées - pour faire des invocations et appeler les citoyens à la prudence.

Dans cette vidéo de la mosquée du quartier d'Ibn Khaldoun à Tunis (voir ci-dessous), on peut ainsi entendre l'imam dire : "Ô Dieu, nous vous prions de nous éloigner de cette épidémie partout dans le monde".


Toujours dans le but de sensibiliser la population, des imams d’autres mosquées ont récité des Dhikr, des répétitions rythmiques du nom de Dieu et de ses vertus.


Les supermarchés pris d'assaut 

Ce climat a poussé de nombreux Tunisiens angoissés à se ruer vers les grandes surfaces. Plusieurs internautes ont partagé des photos montrant des foules devant et à l’intérieur des supermarchés. D’autres ont relayé des vidéos et des photos de rayons complètement vides. 

Face à cette situation, certains supermarchés ont essayé de s’organiser pour limiter l'accès des clients. 

Devant ce supermarché de la Marsa dans la banlieue nord de Tunis, les clients attendent leur tour pour accéder au magasin. 
 

"Des vendeurs ont même désinfecté les pièces de monnaie par précaution"

Sami, 38 ans, un habitant de la ville côtière Mahdia, met l’accent sur l’état de panique dans la ville.
 
Hier (le 16 mars), les rayons alimentaires des magasins se sont vidés en une journée. Il y a eu des pénuries de produits de nettoyage et de produits populaires tels que les pâtes ou la farine. Mais au moins, les agents de sécurité des supermarchés nous accueillent avec les gels désinfectants et tous les personnels portent des gants. Dans certaines épiceries, des vendeurs ont même désinfecté les pièces de monnaie par précaution.

"Les gels désinfectants sont vendus au marché noir"

Mohamed Ali Chtioui, 35 ans, habitant de la capitale, se plaint de la cupidité de certains commerçants dans cette période de crise :
 
Les commerçants ont exploité l’absence de contrôle des autorités pour augmenter leur profit pendant cette période critique que traverse le pays : plusieurs supermarchés sont en pénurie totale de semoule, de farine, d'huile végétale. Des consommateurs s'insultent, j'ai assisté à des scènes de bagarres notamment devant les boulangeries. Quant aux gels désinfectants, ils sont vendus au marché noir à des prix extrêmement élevés. Sans quoi, il faut connaître quelqu’un qui travaille dans une pharmacie pour en avoir un. 
Les distances sociales pas vraiment respectées 

Le ministère de la Santé publique a incité les citoyens à respecter la distance de sécurité pour éviter une éventuelle contamination de coronavirus. Mais beaucoup d'internautes signalent que la règle n'est pas toujours respectée. 

Le dix-septième jour de chaque mois, l'État verse les pensions de retraite et les allocations mensuelles aux personnes âgées, les plus vulnérables face au coronavirus. Elles ne peuvent les retirer qu'au bureau de poste, ce qui provoque systématiquement des files d'attente. Et comme ce fut le cas le 17 mars à Jendouba, au nord-ouest de la Tunisie, les mesures de distanciation ne sont parfois pas du tout respectées. 

Une foule - composée majoritairement de personnes âgées - rassemblée devant un bureau de poste de la ville de Jendouba, sans aucun respect des mesures de distanciation.

Dans la ville de Rgueb (centre), pour éviter cette situation, de jeunes volontaires ont ramené des chaises et des produits désinfectants pour aider les personnes âgées à retirer leur argent dans des conditions qui respectent les règles fixées par les autorités.

Dans la ville de Rgueb, des jeunes ont essayé d’organiser les files d'attente devant le bureau de poste pour veiller au respect de consignes de prévention.

Sur les 29 cas dépistés positifs au coronavirus au 18 mars en Tunisie, 17 ont séjourné à l’étranger, et 12 ont été contaminés localement après avoir été en lien direct des personnes atteintes de coronavirus venant de l’étranger. 

Pour faire face à la propagation de l’épidémie, le Premier ministre Elyes Fakhfakh a annoncé le 16 mars qu'il envisageait le recours à la force publique pour imposer les règles de la quarantaine aux ressortissants venant de l’étranger. Plusieurs d'entre eux n'ont en effet pas respecté les consignes d'auto-isolement. Dans la soirée de 17 mars, le Président de la République Kais Saied a décrété, à son tour, un couvre-feu de 18h à 6h pour limiter la propagation du coronavirus.

Dans son point de presse quotidien le 16 mars, le ministre de la Santé publique Abdellatif El Mekki a indiqué que 5 957 personnes avaient été placées en auto-isolement et 2 698 en sont sorties. 

Article écrit par Omar Tiss