À Agadir, Marrakech ou Casablanca, plus de dix mille ressortissants français attendent encore des vols en direction de la France. Nos Observateurs, qui ont été coincés dans l’aéroport de Marrakech, racontent leur périple.  

Depuis le 13 mars, gérer la situation des ressortissants bloqués au Maroc s’avère compliqué pour les autorités françaises. Vendredi dernier, le ministère des Affaires étrangères marocain a décidé de suspendre les vols vers l’Europe pour prévenir la propagation du coronavirus. Ils étaient alors 20 000 Français au Maroc selon le ministère des Affaires étrangères, et 12 000 encore lundi 16 mars. 

Le Maroc a finalement autorisé quelques vols retour depuis le 14 mars, notamment vers la France. Cette mesure n’est cependant pas suffisante pour gérer la situation, selon nos Observateurs. Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrent l’étendue des queues devant les guichets des compagnies aériennes, et les nuits passées dans les halls des aéroports blindés.

"Les cris, la fatigue, le stress nous font paniquer !"

Sonia Hassainia est Française, elle a passé plus de 48h bloquée à Marrakech, avant de parvenir à se procurer un billet retour pour Nice. 
 
À l'aéroport, personne ne nous calculait. Personne ne nous proposait de la nourriture ou de l’eau. Nous étions livrés à nous-mêmes. Je devais rentrer à Nice dimanche, mais mon vol a été annulé. Je n'ai eu aucune nouvelle de l’ambassade de France, chacun guette le site de la compagnie aérienne Transavia pour acheter les billets dès qu’ils sont disponibles.  


J’ai passé nuit et jour en file d’attente depuis dimanche matin. Lundi, j’étais déjà à l’aéroport dès 4h du matin, comme beaucoup d’autres personnes. À midi, le guichet n’avait pas encore ouvert. Aucune annonce de départs prochains n’était affichée dans le hall. 


Les billets de retour vers la France sont très durs à obtenir. En ligne, ils disparaissent dès qu’ils sont mis en vente sur le site de Transavia. De plus, plusieurs voyageurs rapportent avoir eu des problèmes avec la finalisation de leur achat : l’opération s’interrompt à la dernière phase et leur vol "n’est plus disponible à ce tarif" comme l’affiche le site. D’autres compagnies, comme Ryanair, ont vu leur prix monter, atteignant parfois le triple du prix initial. Des voyageurs se sont vu refuser tout remboursement des vols annulés ou de prise en charge du logement, car ils "n’étaient plus [leurs] clients". 

Sonia a fini par comprendre qu’il ne fallait plus quitter l’aéroport si elle voulait obtenir un billet retour :
 
Beaucoup de Français ont fini par dormir ici lundi soir. Il y a beaucoup de tension : des bagarres ont éclaté, entre les voyageurs ou entre le personnel et les voyageurs exaspérés. Il y a aussi des personnes âgées et des parents avec leurs bébés. Les cris, la fatigue, le stress nous font paniquer encore plus !

Sonia a finalement réussi à embarquer dans un avion mardi 17 mars dans l'après-midi, non sans difficulté.

"C’était la psychose de ne pas pouvoir rentrer"

C’est aussi le parcours de Jonathan Thomas, qui a pu embarquer lundi soir après plusieurs jours de galère. Il déplore une gestion quasi-inexistante de la part de l’État français : 
 
Je suis allé au consulat de Marrakech samedi matin, au lendemain de l’annonce de la suspension des vols. À ce moment-là, le personnel n'avait pas du tout d’information à nous procurer.


On ne savait pas si des solutions allaient être apportées, ou si nous allions être bloqués à Marrakech. Le Consulat n'a pas su nous dire sur quelle plateforme officielle avoir des informations. Nous avons simplement rempli des fiches avec nos coordonnées et notre date initiale de retour. Ensuite, j'ai reçu deux SMS du Consulat, dont le contenu ne reflète pas l'urgence que nous vivions sur place. 


Publication de l'ambassade de France au Maroc datant du 14 mars, au lendemain de l'annonce de la suspension des vols du Maroc vers l'Europe. La publication a depuis été supprimée par la page Facebook de l'Ambassade de France au Maroc.

L’ambassade de France a annoncé depuis dimanche la mise en place de partenariat avec les compagnies Transavia et Air France pour rapatrier les ressortissants français, aux frais de ces derniers. 
 
Sur Twitter, l’ambassadrice de France au Maroc Hélène Le Gal a invité les voyageurs bloqués à consulter régulièrement les sites des compagnies aériennes afin de trouver des billets vers la France. 
 
Jonathan poursuit :
Entre temps, nous avons dû trouver des informations par nous-mêmes sur les pages Facebook et Twitter de Transavia. L’État n’a pas réquisitionné des avions pour nous rapatrier comme nous le pensions. Mais c’était la psychose de ne pas pouvoir rentrer. Personnellement j’ai prolongé mon séjour à l’hôtel, mais les personnes démunies n'ont pas les moyens de rentrer ou de se payer un hôtel en attendant. Ils dorment à l’aéroport, où ils risquent la contamination. 



Contactée par notre rédaction, la compagnie Transavia assure que "38 vols de rapatriement ont été organisés entre le 14 mars et le 17 mars. D’autres vols sont prévus pour la journée du 18 mars". Ces vols ont permis de ramener "plus de 7 000 passagers en France (...) au départ de différentes villes au Maroc : Marrakech, Agadir, Casablanca, Tanger, Fès, Oujda et Rabat". Elle affirme par ailleurs : "Tous les clients dont les billets ont été annulés seront remboursés par notre service client." 

L’ambassade de France a mis un numéro d’urgence à disposition des Français voulant quitter le Maroc, mais les lignes sont saturées, selon la page Facebook de l’Ambassade.  
 
 

Des milliers de ressortissants français, encore bloqués pour l’heure au Maroc, craignent de ne pas pouvoir rentrer dans les jours à venir.

Au 17 mars, 38 cas et deux décès liés au coronavirus avaient été confirmés dans le Royaume.