Au Mali, en vue des élections législatives du 29 mars, de jeunes activistes mènent dans les rues de Bamako une "campagne de sensibilisation" contre l’achat de votes.

ACTUALISATION:  Le chef de l'opposition Soumaïla Cissé a été enlevé le 25 mars alors qu'il faisait campagne pour les législatives. Cet article a été rédigé avant que ces faits ne soient connus.

Avec trois ans de retard, en raison du contexte sécuritaire, les Maliens sont appelés aux urnes pour élire 147 députés le dimanche 29 mars. Lors de l’élection présidentielle de 2018, de graves irrégularités avaient pu être constatées et notamment des achats de votes, dénoncés par l’opposition.

Comme l’expose le chercheur Boubacar Haidara, pour voter au Mali, un électeur doit apposer son empreinte digitale sur un bulletin de vote, sur la photo du candidat choisi ainsi que sur sa carte d’électeur, puis glisser le bulletin dans l’urne. Mais en 2018, des "acheteurs de votes" avaient pu fournir à des électeurs des bulletins sur lesquels des empreintes étaient déjà apposées, contre la promesse de quelques milliers de francs CFA [1 500 francs CFA équivalent environ à 1 euro]. Utiliser discrètement ce bulletin pour voter tout en ayant récupéré celui, vierge, remis par les assesseurs fournissait une preuve suffisante permettant d’être rétribué pour cette fraude.

Avec plusieurs autres jeunes de la commune 11 de Bamako, notre Observateur Ousmane Cherif a lancé début mars une campagne de sensibilisation contre cette forme de corruption. Chaque soir, une dizaine de volontaires organise un porte-à-porte pour tenter de convaincre les habitants de la nécessité de refuser les cadeaux que des candidats pourraient leur offrir en échange de leur vote.

Légende : Les volontaires vont à la rencontre des habitants – Crédits : Ousmane Chérif

Ces volontaires visent en priorité les quartiers périphériques, "là où les gens qui sont dans des situations les plus précaires sont la cible de ces pratiques néfastes", explique Ousmane Chérif dans une entretien vidéo avec notre rédaction (voir ci-dessous).


Parfois les cadeaux offerts en récompenses d’un vote ne sont pas de l’argent mais des ustensiles de cuisines, comme la marmite que montre cette femme rencontrée au cours de leurs déambulations.

Crédits : Ousmane Chérif.

Le Mali est classé au 130e rang, sur 180 pays, dans le classement de la perception de la corruption établi par l’ONG Transparency International.