Une vidéo publiée par un internaute nigérien prétend montrer des scènes de violences contre des musulmans en Inde, où les tensions entre ces derniers et les hindous sont vives. Publiée le 2 mars, la vidéo a été partagée plusieurs milliers de fois. Mais elle vient d’un tout autre contexte qui n’a rien à voir avec la situation actuelle en Inde.

“Assassinat des musulmans en Inde, maudit soit celui qui persécute les autres”, affirme la légende d’une vidéo de 2 minutes publiée le 2 mars et déjà partagée plus de 11 000 fois sur Facebook. On voit dans une première séquence des policiers battre violemment des individus à l’aide de leurs matraques. 

D’autres séquences de la vidéo montrent également des policiers avec des équipements antiémeute effectuer des tirs de sommation. On peut aussi voir des corps inertes au milieu des détritus.


Pourquoi c’est faux

Sauf que ces scènes de violence sont bien loin de l’actualité récente qu’a connue New Delhi, où des affrontements meurtriers ont éclaté fin février entre musulmans et hindous. Ces affrontements ont fait suite à l’adoption en décembre par le Parlement indien d’une loi controversée qui facilite l'obtention de la citoyenneté pour les réfugiés à l’exception des musulmans. 

Une recherche avec l’outil InVid (voir ici comment l’utiliser) permet de retrouver plusieurs occurrences de la vidéo. La plus ancienne remonte à mai 2013. Les scènes se déroulent à Dacca, capitale du Bangladesh, pays majoritairement musulman.

Les faits 

La vidéo documente en effet les exactions commises par les forces de l’ordre lors de la répression violente dans la nuit du 5 au 6 mai 2013 lors des manifestations du mouvement islamiste radical Hefazat-e-Islam. Ce mouvement réunit des leaders religieux musulmans et des étudiants d’écoles coraniques. 

Le 5 février 2013, un tribunal spécial bangladais condamnait à perpétuité Abdul Kader Mullah, principal leader du parti politique islamiste du pays, Bangladesh Jamaat-e-Islami, pour avoir soutenu l’armée pakistanaise lors de la guerre de sécession de 1971.

Mais la peine est jugée clémente par des milliers d’étudiants et de blogueurs qui exigent la peine capitale pour le leader islamiste lors d’une manifestation de grande ampleur sur la place Shahbag, l’une des plus importantes de Dacca. Les membres du mouvement islamiste radical y voient une insulte envers leur religion.

En avril 2013, lors d’une contre-manifestation des mouvements islamiques, ils réclament à travers une dizaine de revendications des lois plus sévères contre le blasphème envers le prophète Mahomet et l’islam, déjà puni de dix ans de prison dans le pays. Le gouvernement bangladais insiste sur le caractère laïc de l’État, sans pour autant satisfaire le mouvement islamiste.

Début mai 2013, les manifestations organisées par le Hefazat-e-Islam dégénèrent et sont violemment réprimées. Elles font une quarantaine de morts et des centaines de blessés. C’est lors d’une de ces manifestations que ces images ont été filmées.

Abdul Kader Mullah a finalement été condamné à mort en septembre 2013 puis exécuté par pendaison en décembre de la même année.

Article écrit par Hermann Boko