Avec plus de 5 000 cas identifiés, la Corée du Sud est désormais le deuxième pays qui compte le plus de cas de coronavirus dans le monde. Le gouvernement a lancé une campagne agressive de dépistage du virus : selon le site Worldometer, près de 110 000 personnes ont été testées, dans un pays qui compte 51 millions d'habitants. La rédaction des Observateurs a recueilli les témoignages de deux personnes qui vivent en Corée.

Dans sa publication sur Reddit datée du 28 février, Joseph Kim partage des photos de la boîte qu'il a reçue le jour même du comité local de son quartier, Gangdong-gu, dans l'est de Séoul. À l'intérieur : de la nourriture, de l'eau, des masques, des brosses à dents, un thermomètre, du gel hydro-alcoolique, un sac pour mettre ses mouchoirs et même un manuel d'introduction à "l'autoquarantaine" et des instructions pour toucher l'aide d'urgence de l'État. Cette aide financière est fournie aux personnes en quarantaine qui ne peuvent pas travailler. En somme, la boîte est censée contenir tout le nécessaire pour vivre en quarantaine chez soi pendant deux semaines.


Dans un message fourni avec la boîte, le centre de santé publique du quartier de Gangdong-gu remercie Joseph Kim : "Merci de votre coopération pour aider à éviter la propagation du coronavirus. Voici quelques fournitures pour vous aider pendant votre quarantaine. Veillez à pratiquer les règles d'hygiène (se laver les mains pendant 30 secondes avec du savon, porter un masque)".

Pour donner les fournitures à Joseph, les agents du comité local de son quartier ont déposé la boîte devant chez lui. Il a reçu l'instruction d'attendre qu'ils soient partis avant de la récupérer. (Photos fournies par Joseph Kim)

Joseph Kim est Américain d'origine coréenne. Il est venu à Séoul pour le travail. La semaine dernière, il a croisé une connaissance dans le couloir de son lieu de travail. Cet ami a ensuite été diagnostiqué du coronavirus. Joseph Kim a été appelé par les autorités, a fait un test – négatif. Les médecins lui ont tout de même demandé de se mettre en quarantaine pendant deux semaines, la période supposée d'incubation du virus.

Le bureau local a identifié tous les gens que ma connaissance avait vus et les a fait tester. Ils ont aussi trouvé tous les endroits où il était allé, ils en ont fermé certains et ont tout stérilisé. Le bureau local m’appelle deux fois par jour. Ils me demandent de prendre ma température et de faire attention aux symptômes. La façon dont l’épidémie est gérée est très rassurante. Je préfère voir beaucoup de gens être testés pour trouver tous les cas et recevoir un traitement, plutôt que laisser les gens non testés.

La connaissance de Joseph Kim a finalement guéri.

La Corée du Sud a lancé une campagne de dépistage du coronavirus dans tout le pays. Les magasins, salles de sport et autres lieux fermés sont désinfectés. L’armée a même été mise à contribution.

Vidéo de désinfection dans les rues. Publiée sur Twitter le 3 mars.

Désinfection d’une salle de sport à Incheon, dans le nord-ouest du pays. Ces deux vidéos ont été publiées sur Twitter le 26 février.

Afin de limiter l’épidémie, le gouvernement multiplie les campagnes de test. Le président Moon Jae-in a déclaré ce mardi 3 mars que son pays entrait "en guerre "contre le Covid-19. Le gouvernement a installé des "drives" dans certains endroits : au volant de leur voiture, les Coréens peuvent se faire dépister un à un.

"À l'entrée de certains magasins, notre passeport est vérifié, au cas où l'on viendrait de Chine"

Le centre de l'épidémie se trouve à Daegu, à 300 kilomètres au sud-est de Séoul. Alice est française et étudiante à l'université de Daegu. Elle était en vacances à Séoul. Sa rentrée ayant été décalée à cause du virus, elle a décidé de rester dans la capitale pour "éviter le confinement".

Il y a des affiches partout et des messages sont diffusés dans le métro pour nous rappeler les gestes d'hygiène. Pour entrer dans certains magasins/restaurants/bars, nos passeports sont vérifiés au cas où l'on viendrait de Chine. On prend notre température et on nous désinfecte les mains. C'était un peu bizarre au départ, mais ça rassure !

On porte tous des masques (en hiver, c'est très répandu ici), il y a moins de monde dans les rues... mais la vie continue. Les supermarchés sont toujours aussi pleins et les quartiers jeunes toujours aussi animés – moins la semaine, mais le week-end, on oublierait presque qu'on est en pleine épidémie.

Entrée d'un centre commercial de Séoul. Il faut se laver les mains avant d'emprunter l'escalator qui mène à la galerie.

Entrée d'un musée. Ici aussi, il est obligatoire de se laver les mains. À l'entrée de certains lieux, des machines qui détectent la température des passants ont également été installées.

En plus des messages de prévention affichés un peu partout dans la ville, Alice reçoit quotidiennement des SMS de la mairie de Séoul.

"Pour éviter la propagation du virus, veuillez éviter ces lieux", est-il écrit dans ce message datant du 1er mars. S'ensuit une liste de lieux à éviter dans la ville.

"Pas de nouveau cas déclaré aujourd'hui. Si vous avez des symptômes tels que de la fièvre, de la toux ou des difficultés respiratoires, contactez un centre de santé. Veuillez éviter les rassemblements et respectez les règles d'hygiène (lavage de mains, port du masque)", recommande ce second message, reçu le 2 mars.

Le président Moon Jae-in a dû s'excuser, mardi 3 mars, après une pénurie de masques dans tout le pays, mais Alice et Joseph Kim assurent que, pour eux, l'épidémie est bien gérée en Corée.

Sur Twitter, Alice donne des nouvelles à ses abonnés de la situation sur place : "La Corée a de quoi tester 10 000 personnes par jour, c'est énorme !"

Article écrit par Marie Genries