Le nombre de nouveaux cas quotidiens est en baisse mais l’épidémie de coronavirus continue de se développer en Chine. Les autorités renforcent les contrôles et les mesures de prévention, ce qui donne libre cours aux fantasmes des internautes. Sur les réseaux sociaux, une vidéo montrant la police en train d’arrêter violemment un homme, au motif qu’il refuserait de coopérer alors que sa température était anormale, est relayée depuis plusieurs jours…sauf qu’il s’agit d’un exercice effectué le 21 février.  

Cette vidéo a été vue près de 100 000 fois sur Twitter et publiée à de nombreuses reprises avec des légendes portant à croire qu’il s’agit d’une véritable arrestation.

"Ça va se terminer comme ça en France avec les contrôles pour le coronavirus" ; "Les chinois ne plaisantent pas avec quelqu’un suspecté d’avoir le coronavirus !", s’exclament par exemple ces internautes.



La scène se déroule sur une autoroute chinoise, après un péage. On y voit la police arrêter une voiture. Un homme s’approche pour prendre la température du conducteur et signale qu’elle est anormale. Des hommes en tenue complète de protection demandent alors au chauffeur de s’arrêter afin de faire une inspection médicale et vérifier que cet homme n’est pas infecté par le coronavirus. Le chauffeur refuse de s’arrêter et redémarre. Il est rapidement bloqué par une camionnette de police et une herse au sol, qui l’empêchent d’avancer sans crever ses pneus.

S’ensuit une scène surprenante. Le chauffeur sort de sa voiture, est happé par l’un des policiers grâce à un filet de pêche et emmené hors du champ de la caméra. La voiture et les policiers sont alors aspergés un par un de liquide, probablement désinfectant, afin d’éviter toute contagion.

La vidéo a également été relayée en version courte, comme dans cette publication. 

Un exercice de police

Pourtant, dans sa version longue, un détail de la vidéo doit alerter. À environ 1 :55, un panneau apparaît. On peut y lire "exercices "en anglais et au-dessus "exercice antiterroriste "écrit en chinois. Cette scène serait donc un exercice pratiqué par des membres de la SWAT (sigle indiqué sur le gilet des policiers), une force de police chinoise spéciale, chargée des situations extraordinaires.

Afin de trouver où la vidéo se déroule, on peut s’intéresser à la plaque d’immatriculation de la voiture. On la voit clairement à deux reprises.

Le préfixe 豫R correspond à la ville de Nanyang, dans le Henan.

On peut alors rechercher les termes "exercice "et "épidémies "en chinois dans Weibo, l’équivalent de Twitter en Chine. On tombe alors sur plusieurs publications relayant cette vidéo. En rajoutant le mot "prévention" en chinois, une des premières publications qui apparaît est celle du bureau de gestion du trafic du ministère de la Sécurité publique chinois. Le 23 février, il publie un extrait de la vidéo et explique que cet exercice a été organisé deux jours auparavant, le 21 février, par la police de la ville de Tongbai, dans la province du Henan (à 500 kilomètres du Hubei, épicentre de l’épidémie).

"Exercice extrême de la police du Tongbai. Le 21 février, la police du Tongbai a pris part à une simulation de prévention et de contrôle de l’épidémie…Pendant l’épidémie, veuillez coopérer avec les autorités d’inspection et de prévention des épidémies." Publication Weibo du ministère de la Sécurité publique chinois

Cette vidéo a été relayée par d’autres comptes de police de plusieurs villes chinoises avec la même légende à partir du 23 février.

On retrouve la vidéo initiale sur le compte du bureau de la sécurité publique de Tongbai. Elle a été publiée le 22 février, le lendemain de l’exercice.

"Gagnez la bataille contre l’épidémie ! Exercice de sécurité publique de la police du Tongbai."Publication initiale du compte du bureau de la sécurité publique de Tongbai, Henan. 

Publication Weibo de la police de la ville de Changyi (Shangdong)

Publication Weibo de la police de Tianjin (Hebei)

Conclusion : il s’agit donc bien d’un entraînement et non d’une véritable arrestation. Les membres du SWAT s'entraînent à arrêter de personnes refusant de se laisser examiner, dans le cadre de l’épidémie de coronavirus.

Cependant, la température des passagers des voitures en Chine sont bien contrôlés. Dans certaines régions, les routiers doivent désormais répondre à un questionnaire de santé et se voir attribuer un code QR, qui permet aux policiers de savoir si les voitures peuvent passer ou non aux péages.

Article écrit par Marie Genries