CHINE

"Pourquoi je reste à Wuhan malgré le coronavirus" : un Libanais documente en arabe son quotidien

Captures d'écran de diverses vidéos de Adham Al Sayed.
Captures d'écran de diverses vidéos de Adham Al Sayed.
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À travers ses vidéos et publications sur Facebook, le libanais Adham Al Sayed est devenu en quelques semaines les yeux de l’internet arabophone à Wuhan, ville chinoise berceau de l’épidémie du coronavirus Covid-19. Depuis la mise en quarantaine de la capitale du Hubei le 23 janvier, cet étudiant filme ses balades dans une ville "fantôme" et décrit son quotidien en arabe.

Adham Al Sayed a quitté il y a 5 ans son village natal de Barja, à une trentaine de km au sud de Beyrouth, pour étudier à l’Université des sciences et technologies de Chine, à Wuhan. Dès sa première publication le 24 janvier, au lendemain de la mise en quarantaine de la ville où il étudie, ses publications ont trouvé un écho sur les réseaux sociaux arabophones.

Dénonçant au départ l’absence de réaction du gouvernement libanais pour venir en aide à ses ressortissants coincés à Wuhan, il publie au 5e jour de la quarantaine un long témoignage dans lequel il précise qu’il n’a pas l’intention de quitter sa ville d’adoption. 

 

“Pour moi, Wuhan mène ‘une guerre’”

La rédaction des Observateurs a contacté l’étudiant de 36 ans, qui était intervenu une semaine auparavant sur les ondes de Radio Monte Carlo Doualiya (MCD). Il raconte :

 

Lorsque l’État chinois a mis la ville en quarantaine, j’ai estimé il n’y avait aucune raison de quitter Wuhan : l’OMS dit depuis le premier jour de quarantaine que ce n’était pas nécessaire de rapatrier tout le monde. Je leur fais confiance. De plus, beaucoup de pays [comme le Liban] n’ont pas les moyens de gérer cette épidémie si elle se propage de la même envergure en dehors de la Chine. Ça ne servait à rien pour moi de partir.

Pour moi, Wuhan mène une guerre : toutes les provisions disparaissent des magasins, il n’y a plus que des fantômes dans les rues… J’ai connu la guerre au Liban ou en Syrie, où les conséquences sont directement visibles. Ce n’est pas le cas avec le coronavirus Covid-19 : "l'ennemi" est invisible, il est partout.

Le monde se représente un "conflit" entre l’État chinois et le virus, mais la vérité est qu’on se bat en huis clos contre le virus pour préserver les humains.

Première vidéo de Adham dans les rues de Wuhan.

 

Wuhan expliqué aux arabophones 

Adham refuse de quitter la ville qui lui a "beaucoup donné", voulant donner quelque chose en retour à ses habitants "en ces temps durs." 

Il a remarqué, d’un autre côté, qu’il y avait plusieurs informations circulant sur les réseaux et les médias arabophones qui, selon lui, ne reflètent pas forcément la réalité de la quarantaine à Wuhan.

Alors il a dégainé son téléphone pour filmer ses sorties, masque sur le visage :

Comme j’ai réalisé que je ne mettais pas ma vie en danger, j’ai fait le choix d’informer dans le contexte d’une ville en quarantaine sans embellir ni aggraver la réalité. J’ai simplement filmé en live sur Facebook pour montrer, sans aucun montage, à la fois Wuhan vidée de ses habitants et de ses commerces, mais aussi qu’il n’y a pas de gens qui tombent dans la rue et meurent à cause du virus.

Vidéo en direct de Adham à la recherche d'un produit dans les quelques magasins ouverts de Wuhan.

"Cela fait 4 jours que je n’ai pas quitté mon logement"

 

Étudiant en économie quantitative, Ahdam crée et publie aussi régulièrement des graphiques expliquant les données et l’actualité en chiffres de l’épidémie, sous forme de graphiques précis et en arabe auprès de ses 2 005 abonnés. Pour cela, il utilise les données autour du coronavirus fournies par l’OMS et par la Commission nationale chinoise pour la Santé.

 

Même s’il tente de rassurer son public sur le sort de Wuhan à travers ses vidéos du quotidien, l’étudiant libanais ne cache pas que l’atmosphère dans la ville est encore tendue :

 

J’essaie de sortir pour documenter le quotidien, souvent autour de 16 h avec le couvre-feu. Généralement vers 17 h, les commerces sont déjà fermés. A présent, cela fait 4 jours que je n’ai pas franchi le seuil de mon logement.

Les procédures se sont endurcies à partir du 14e jour sous quarantaine. Le 16e jour, il nous a été imposé de quitter notre domicile seulement une fois tous les trois jours. Et encore, les étudiants vivant sur le campus [dans la cité universitaire] ne sortent pas du tout de leurs chambres. Ils fournissent une liste de leurs besoins en produits et l’administration les leur apporte chez eux. Il est aussi formellement interdit de sortir sans masque de protection.

 

Pour suivre les informations publiées par Adham, vous pouvez vous rendre sur sa page Facebook.

Article écrit par Fatma Ben Hamad.