Des conducteurs qui remplissent leur réservoir d’essence puis prennent la fuite sans payer… et des employés de stations-services qui répliquent par des jets de pierre sur les véhicules. Ces scènes, enregistrées par des caméras de vidéo-surveillance et diffusées sur les réseaux sociaux, se multiplient en Iran depuis fin décembre. Selon notre Observateur, ce phénomène est l’une des conséquences de l’augmentation du prix de l’essence.

En novembre dernier, le gouvernement iranien a subitement augmenté les prix de l’essence. Cette décision avait entraîné de nombreuses manifestations, réprimées dans une extrême violence. Au total, plus de 1 500 personnes auraient été tuées lors de ce mouvement populaire qui a secoué les banlieues populaires de Téhéran et plusieurs villes de l’intérieur du pays.

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Depuis, remplir un réservoir d’essence de 40 litres peut coûter jusqu’à 120 000 tomans [environ 9 euros]. Un luxe selon nos Observateurs, dans un pays où de nombreux habitants gagnent tout juste le salaire minimum, soit 1 500 000 tomans [104 euros].

Un mois après l’annonce de cette hausse subite et massive, fin décembre, des vidéos ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux, illustrant l’une des conséquences de cette décision. Filmées par des caméras de vidéosurveillance, elles montrent des conducteurs faire leur plein d’essence et prendre la fuite.

Vidéo prise à Qom à 140 km au sud de Téhéran.

Vidéo prise à Chouchtar, dans le sud-ouest de l'Iran.

Parfois, les employés de ces stations-services peuvent également être aperçus en train de répliquer par des jets de pierre en direction des fenêtres des voitures. Une revanche qui peut coûter cher aux fugitifs : selon les devis de réparateurs automobile consultés par notre rédaction, ces dégâts peuvent entraîner des frais allant de 220 000 à 450 000 tomans [15 à 31 euros].

Vidéo prise à Andimechk au sud-ouest de l'Iran.

"Si de l’argent manque, l’employé doit le rembourser de sa poche"

Notre Observateur Hossein [pseudonyme], gère une station essence dans une ville à 150 kilomètres de Téhéran. Pour lui, il s’agit bien d’un phénomène nouveau depuis l’augmentation des prix du carburant :

Les gérants de stations-services ne sont pas couverts pour ces vols. C’est de la responsabilité des employés. À la fin de la journée, il faut que l’employé ait encaissé le montant exact de ce qu’il a vendu. S’il manque de l’argent, il doit le rembourser de sa poche.

Alors imaginez que dans un mois, il y a un vol par semaine. Pour un employé dont le salaire oscille entre 1 500 000 et 1 800 000 tomans par mois [103 à 124 euros], c’est une perte de près d’un quart de ses revenus !

Jeter des pierres sur les vitres arrière des voitures en fuite peut sembler être une réaction de représailles violente, mais elle suit une simple logique : les employés le font pour empêcher que ces vols ne se reproduisent – et éviter donc qu’ils ne perdent encore une partie de leurs salaires. S’ils ne le faisaient pas, il est certain que des voleurs reviendraient à la charge encore et encore.

Ces voleurs sont pour beaucoup des jeunes hommes entre 20 et 30 ans qui roulent dans des voitures typiques de la classe moyenne – ce ne sont ni des épaves ni des modèles dernier cri. Ce sont par exemple des Peugeot 206 ou des Samand, ces véhicules que l’on voit beaucoup en Iran.

Je ne peux pas vraiment dire combien de fois cela s’est produit. Certaines semaines, il n’y a pas de vol… Et puis d’autres semaines, il va y en avoir trois. On pourrait croire que ce sont des incidents mineurs, mais ils affectent réellement nos employés.

Ce que je peux dire avec certitude, c’est que ce phénomène est devenu vraiment important depuis la hausse des prix de l’essence décidée par le gouvernement. Avant, cela pouvait avoir lieu de temps en temps, mais c’était très rare.

Selon la presse iranienne, le taux d’inflation a atteint les 41% par mois depuis l’augmentation du prix du carburant. Avant même cette hausse, plus de 55% des Iraniens vivaient déjà sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 3 400 000 tomans [235 euros] par mois.