Observateurs

Alors que les systèmes de surveillance des populations à travers le monde se multiplient et se font de plus en plus sophistiqués, certains citoyens et activistes, inquiets pour leur vie privée, trouvent la parade : des maquillages, vêtements et accessoires permettant de brouiller les logiciels de reconnaissance faciale. En Russie, une artiste activiste adepte des performances antisystème a organisé une communauté virtuelle autour de ces techniques… avant d’être arrêtée.

Sur des photos publiées sur Facebook et Telegram, d’épaisses lignes noires et colorées quadrillent les visages de jeunes hommes et femmes russes. Ils ont rejoint la campagne "Sledui" (suivre en français), lancée début février par l’artiste et activiste Ekaterina Nenasheva, habituée des performances choc et critiques du gouvernement russe.


"Nous ne voulons pas être ciblés par les lentilles des caméras de vidéo-surveillance sans notre consentement. Nous ne voulons pas que les nouvelles technologies prennent le contrôle… Nous utilisons du maquillage pour nous protéger de la surveillance et de la reconnaissance faciale pendant quelques minutes et ce maquillage devient un symbole de désobéissance", développe l’artiste sur sa page Facebook.

Sur la chaîne Telegram du mouvement, suivie par plus de 850 personnes, de nombreuses photos de différents modèles de maquillage sont publiées. Le mouvement a également son propre chatbot, un outil de conversation automatique, qui délivre à ceux qui l’utilisent des instructions pour se maquiller, ainsi que des explications sur les différents types de motifs : ceux qui fonctionnent pour perturber le logiciel et ceux qui sont inutiles.

Collage de plusieurs photos partagées sur la chaîne Telegram, réalisé par notre rédaction. 

Le collectif russe n’est pas le premier dans son genre. Fin janvier, le mouvement britannique Dazzle Club organisait à Londres des promenades silencieuses et chorégraphiées autour de la thématique de la surveillance urbaine. Les participants arboraient des motifs de maquillage similaires à ceux créés par Sledui.

"On essaye d’assombrir les parties naturellement saillantes et sombres du visage. […] Les caméras vont faire de nous un ensemble de pixels. Ils vont s’attarder sur l’arête du nez, le front, les pommettes, la bouche et le menton. Il faut donc aplatir le visage et l’assombrir", détaille auprès de Vice Georgina Rowlands, l’une des artistes à l’origine du mouvement.

Pour se faire, le collectif britannique recommande de dessiner des lignes fortes en travers du visage, de la bouche et du nez, pour diviser la symétrie du visage et empêcher le logiciel de reconnaissance faciale de recomposer le profil de la personne.

Activistes arrêtés

Si le collectif britannique peut se réunir librement tous les week-ends dans le quartier londonien de Greenwich, ce n’est pas le cas du groupe qui gravite autour de l’artiste Ekaterina Nenasheva en Russie.

Le 9 février, la jeune femme a publié une nouvelle série de photos où on la voit porter le fameux maquillage, mais cette fois à l’arrière d’une voiture de police.



"Pour ce maquillage, ils nous ont arrêtés hier et maintenant ils nous accusent d’avoir participé à un événement non-autorisé, juste pour l’avoir porté [le maquillage]", s’indigne l’artiste sur sa page Facebook.

Grâce à leur avocat, elle et deux autres personnes maquillées ont été relâchées après quelques heures de détention dans un commissariat de Moscou.
 
Article écrit en collaboration avec
Liselotte Mas

Liselotte Mas