Depuis début février, une vidéo amateur montrant une centaine de personnes à terre dans la cour d’un bâtiment circule sur les réseaux sociaux. Pour les internautes qui la partagent, il s’agirait de malades du coronavirus, en Chine. En réalité, ces images ont été prises dans un tout autre contexte, en Afrique du Sud.

La vidéo de 9 secondes est relayée par plusieurs internautes sur Twitter et sur le réseau social chinois TikTok. On y voit de très nombreuses personnes à terre, serrées les unes contre les autres. Elles semblent être en train de trembler ou de convulser.

Sur Facebook, l’une des publications qui reprend ces images a été vue plus de 97 000 fois depuis le 2 février. "Voilà ce qui se cache…  Tou[t] le monde est contaminé en Chine e[t] c'est pas fini... C'est que 1% du virus.... ", indique la légende.

Vidéo publiée sur Facebook le 2 février. Voir la vidéo originale ici, et son archive là.

 

Pourquoi c’est faux

La vidéo originale a été publiée sur TikTok, comme en témoigne le logo du réseau social en haut à gauche de l’image. Le nom de son auteur, @damiangelsenhuys, est également visible.

En cherchant les occurrences de la vidéo sur Facebook, on remarque que certains internautes l’ont en effet partagée depuis un lien TikTok. Ce lien ne fonctionne plus car l’utilisateur a supprimé les images de son compte. En revanche, le visuel de la vidéo est associé à un mot-clé : "Bomskok" (voir la capture d’écran ci-dessous).

En afrikaans, la langue parlée en Afrique du Sud, "bomskok" signifie "choc post-traumatique".

Nous avons donc soumis cette vidéo à l’un de nos Observateurs parlant afrikaans. En l’écoutant attentivement, il a pu reconnaître quelques mots dans le brouhaha général : "Nou net sien" ("Maintenant, nous allons voir"). Il affirme par ailleurs que les uniformes visibles dans la vidéo sont bien ceux des élèves sud-africains. "En Afrique du Sud, les ‘anciens’ portent souvent une blouse blanche, pour les différencier des plus jeunes ", a-t-il précisé. Pour lui, il pourrait s’agir d’un "rituel initiatique" - l’équivalent d’un bizutage ou d’une cérémonie d’intégration durant l'année scolaire.

Toutes ces indices semblent donc indiquer que la vidéo a été filmée en Afrique du Sud.
 

Le père de l’auteur de la vidéo : "Cette vidéo n’a rien à voir avec la Chine ou le coronavirus "

Grâce à l’outil "Who Posted what" (voir ici comment l’utiliser), nous avons également cherché toutes les publications mentionnant "Damian Gelsenhuys" sur Facebook.

L’une d’entre elle nous a menés à Andrew et Chantal Geldenhuys, parents d’un jeune homme nommé Damian. Contacté par notre rédaction, Andrew Geldenhuys a confirmé être le père de l’auteur de la vidéo, un jeune homme de 15 ans :

Je réalise à peine à quel point cette vidéo a été relayée. C’est devenu totalement hors de contrôle. Cela n’a absolument rien à voir avec la Chine ou le coronavirus.

Il n’a pas souhaité en dire davantage, expliquant vouloir protéger son fils.

La rédaction d’AFP FactCheck en Afrique du Sud a elle aussi pu joindre le père du jeune homme grâce à des indications présentes sur le compte TikTok de son fils.


Grâce à une photo de Damian Geldenhuys publiée sur TikTok, AFP FactCheck a pu identifier un t-shirt avec le logo de l'entreprise de son père, et remonter jusqu'à lui. Lire leur article ici.

Andrew Geldenhuys a expliqué plus en détails à l’AFP que cette vidéo montrait un rituel initiatique baptisé "bomskok", dans lequel "les élèves prétendent être pris au piège d’une bombe prête à exploser et doivent tous se serrer en remuant". 

Elle a été, selon lui, filmée le 28 janvier dans un lycée de la région du Gauteng, dont la famille a demandé à ne pas transmettre le nom.

Conclusion : tous ces éléments permettent de confirmer que la scène ne se déroule pas en Chine mais en Afrique du Sud lors d’un "rituel initiatique" dans une école. Comme beaucoup d’autres vidéos prétendant illustrer les conséquences du coronavirus, ces images ont été sorties de leur contexte.


Article écrit par Alexandre Capron (@alexcapron)