Une nouvelle manifestation violente a secoué le centre-ville de Saint-Louis du Sénégal le 4 février sur fond de conflit entre la communauté de pêcheurs et la Mauritanie voisine, qui contrôle étroitement ses eaux poissonneuses. Notre Observateur a assisté aux échauffourées et décrit une population très inquiète pour ses moyens de subsistance.

Plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées dans le quartier de Guet Ndar pour exprimer leur colère suite à l’arraisonnage de deux pirogues de pêche sénégalaises par les garde-côtes mauritaniens. Saint-Louis se situe à quelques encablures de la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie, les pêcheurs sénégalais se voit donc octroyer des licences par les autorités mauritaniennes pour pouvoir pêcher dans les eaux territoriales du pays.




Selon la presse sénégalaise, 31 personnes ont été détenues et placées sous mandat de dépôt suite aux violences, parmi lesquelles quatre pêcheurs et 12 mineurs dont un élève en classe de 5e et des élèves d’écoles coraniques.

 

"Plusieurs bâtiments ont été saccagés"

Notre Observateur Petit Ndiaye, 30 ans, est blogueur et responsable de communication à Saint-Louis. Il a assisté à la manifestation.
 
J’étais là le matin et les choses ont vite dégénéré. Une foule s’est rassemblée et la police est arrivée pour la disperser. Toute la population de la langue de Barbarie [une étroite bande de terre sur laquelle vivent beaucoup des pêcheurs de Saint-Louis, NDLR] est alors sortie et il y a eu des jets de pierre contre les policiers, qui répliquaient avec des cartouches de gaz lacrymogène.

Deux pirogues ont été brûlées par les manifestants avec ces cartouches et plusieurs bâtiments ont été saccagés, comme les bureaux de la Senelec [Société nationale d'électricité du Sénégal] et ceux du centre de documentation de l’OMVS [Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal]. Des voitures de particuliers ont été brûlées. Les travaux de la place Faidherbe, le centre de Saint-Louis, ont également été saccagés.

Malheureusement ce type de violence est récurrent dès que les tensions sont ravivées entre les pêcheurs et l’État mauritanien. Cette fois n’a pas fait exception.



Fin janvier 2018, des affrontements similaires avaient éclaté après la mort d’un pêcheur sénégalais, tué par les garde-côtes mauritaniens.

LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Au Sénégal, la mort d'un pêcheur entraîne la destruction de boutiques mauritaniennes

Ces violences interviennent dans un contexte tendu pour les pêcheurs de Guet Ndar, qui ont l’impression que l’État sénégalais ne fait pas tout ce qui est en son pouvoir pour défendre leurs intérêts auprès du voisin mauritanien.
 
"Les pêcheurs ont l’impression d’avoir été arnaqués"
 
Cette année, l’État sénégalais a négocié avec la Mauritanie des licences de pêche d’un an, au lieu de deux ou trois mois auparavant, pour les pêcheurs de Saint-Louis. Au début, cette nouvelle a réjoui tout le monde. Mais après trois mois de pêche, la Mauritanie a fait savoir que les pêcheurs sénégalais n’avaient plus le droit de pêcher dans ses eaux, malgré la licence, car il fallait respecter les temps de reproduction des poissons et protéger certaines espèces.
Les pêcheurs ont eu l’impression d’avoir été arnaqués.

Ils ont payé beaucoup plus cher pour cette licence pour finalement pêcher aussi peu qu’auparavant. Leur colère a véritablement explosé quand deux pirogues de pêche ont été saisies par les garde-côtes.


Notre Observateur décrit un climat général tendu depuis plusieurs années.
 
Les problèmes et les obstacles s’accumulent pour les pêcheurs : le poisson se raréfie [notamment à cause de la surpêche des navires européens et chinois, NDLR], les garde-côtes mauritaniens les harcèlent en mer, n’hésitant parfois pas à les tuer ou à confisquer leur matériel et le problème de la brèche persiste. En 2004 une brèche a été creusée sur 2 km de large pour éviter un débordement du fleuve Sénégal dans Saint-Louis, sauf que la brèche s’est élargie, elle fait désormais 20 km de large et a généré de dangereux courants qui renversent régulièrement les embarcations.

Lors de notre reportage Ligne Directe avec nos Observateurs à Saint-Louis, nous étions revenus notamment avec Petit Ndiaye sur l’épineuse question des licences de pêche :