Dimanche soir, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a annoncé que les Français expatriés à Wuhan qui souhaitent rentrer en France seraient rapatriés en milieu de semaine. Wuhan et trois autres villes ont été mises en quarantaine par le gouvernement chinois, qui espère endiguer l’épidémie de coronavirus. Amélie Chapalain étudie à Wuhan, épicentre du virus. Elle ne sait pas encore si elle va rentrer en France.

Amélie Chapalain étudie les relations internationales à l’université Wuhan depuis quatre ans. Sur le réseau social Instagram, elle partage son quotidien dans une ville mise en quarantaine.

Sur son compte Instagram, Amélie Chapalain partage son quotidien dans une ville en quarantaine.

"Même en quarantaine, on s'entretient !" Amélie garde son masque avec ses amis.

Quasiment tous les magasins de la ville sont fermés.

Comme trois autres villes, Wuhan a été fermée après l’épidémie de coronavirus qui a fait plus de 100 morts et contaminé 4 500 personnes en Chine.

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La ministre de la Santé Agnès Buzyn a annoncé dimanche que les Français habitant à Wuhan et qui souhaitent rentrer seraient rapatriés dans la semaine. À leur arrivée en France, ils devront demeurer dans un lieu d’accueil pendant 14 jours - période estimée d’incubation du virus.
 

“J’essaie de relativiser : je suis en bonne santé, je suis chez moi et j’ai encore à manger”

Mais Amélie Chapalain n’a pas encore décidé si elle va s’inscrire sur les listes de rapatriement :
 
On n’a pas encore assez d’informations. On sera obligés de rester deux semaines en quarantaine mais on ne sait pas encore où. On ne sait pas non plus si c’est à nos frais. Et si ça se trouve, dans deux semaines tout sera revenu à la normale et on sera rentrés pour rien.

Des pénuries de nourriture et d’eau

Le quotidien des habitants coincés à Wuhan n’est pas facile. Dans ses vidéos, Amélie partage les images des rues vides, des rayons des magasins envahis par les habitants inquiets de la pénurie de nourriture. La plupart des supermarchés ont fermé et ceux qui restent ouverts sont souvent vides. 

Les supermarchés de Wuhan ont été pris d'assaut lors du déclenchement de la mise en quarantaine de la ville.

Amélie Chapalain a pris cette photo quelques jours après la mise en quarantaine de la ville.
Les rayons des supermarchés sont désormais presque toujours vides.

 
Le gouvernement réapprovisionne les supermarchés mais tout part très vite. Ce matin ils ont remis des légumes en rayon. J’y suis allée cet après-midi, il n’y avait plus rien. La viande a disparu. On a peur de ne plus avoir à manger. Pour l’eau aussi, c’est compliqué. L’eau du robinet n’est pas potable en Chine, alors on la fait bouillir pour pouvoir la boire.

Mon université a reporté la rentrée à fin février, mais eux-mêmes ne savent pas vraiment quand ils pourront rouvrir. En attendant ils aident les étudiants. Demain, ils commenceront à distribuer des plateaux-repas à ceux qui ne peuvent plus acheter à manger.

L’université de Wuhan distribue aussi des masques, en rupture de stock, et des médicaments contre la grippe.
 
"Les symptômes de la grippe sont proches de ceux du coronavirus et certains vont à l’hôpital en pensant qu’ils l’ont attrapé, alors qu’ils ont la grippe. Et à l'hôpital, ils attrapent le virus."

Trouver de la nourriture devient difficile. Amélie fait des provisions dès elle peut. 
 
"Quand je vois mes amis, on garde nos masques"

Amélie Chapalain devait partir aujourd’hui en vacances mais elle a dû annuler son billet d’avion. Elle raconte que tout s’est passé très vite.
        
Fin décembre, le marché de Wuhan a été fermé. On savait que quelqu’un était tombé malade mais on ne savait pas encore que c’était un virus. Ça fait environ 10 jours qu’on sait vraiment ce qu’il se passe. L’université a commencé à nous envoyer des mails pour nous conseiller de porter un masque et de rester chez nous.

Et puis tout s’est passé très vite. La semaine dernière, des rumeurs disaient que le gouvernement allait fermer la ville. Le lendemain, toutes les gares et les aéroports étaient bloqués.
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L’étudiante française est en contact régulier avec sa famille, restée en France. Elle refuse de céder à la panique.
 
Des gens disent qu’il y aurait plus de 200 000 morts, mais je n’y crois pas trop. On est bien informés, on a un groupe Whatsapp avec le Consulat français. Il y a beaucoup d’énervement de la part de certains Français qui habitent ici. On attend tous que ça passe.

Le plus difficile, c’est l’ennui. Je passe mes journées à regarder des films. On devient un peu paranos. Je vois peu mes amis et quand on se voit, on garde nos masques. On ne sait pas ce que chacun fait, qui ils ont côtoyé avant. On se lave les mains dès qu’on rentre. Vu l’ampleur que ça prend, on préfère faire attention.

Article écrit par Marie Genries