Le lundi 20 janvier, la Chine a annoncé qu’un nouveau type de coronavirus apparu sur son sol se transmettait d’homme à homme, suscitant un mouvement de panique dans le pays et l’inquiétude des pays voisins. Sur les réseaux sociaux, les internautes chinois partagent de nombreuses vidéos montrant des médecins dans des combinaisons protectrices. Dans ce climat de peur, nos Observateurs en Chine racontent les mesures qu’ils ont prises pour se protéger.

Ce mercredi, au moins 17 personnes étaient mortes des suites d’une sorte de pneumonie causée par ce virus en Chine et plus de 500 cas avaient été répertoriés dans le pays. Le virus a également traversé des frontières avec des malades recensés en Thaïlande, au Japon, en Corée du Sud, à Macao, à Taïwan, à Hong Kong et aux États-Unis.

Les vidéos des personnels médicaux vêtus de combinaison de protection qui circulent sur les réseaux sociaux suscitent des commentaires teintés d’angoisse, comparant les images à celles de films de science-fiction sur la fin du monde ou l’extinction de l’espèce humaine. La plupart d’entre elles sont partagées sans indication de date ou de lieu. Notre rédaction a cependant pu vérifier deux d’entre elles.

"Coronavirus à Huizhou, Guangdong ! Tout ne fait que commencer !", écrit cet internaute sur Twitter en légende d'une vidéo montrant un transport médical sécurisé. 

On peut lire sur le toit de l’ambulance le mot 惠州 (Huizhou) suivi du numéro 120, ce qui indique qu’il s’agit d’une ambulance de la ville de Huizhou, située à proximité de Hong Kong, au sud du pays. En faisant une recherche d’image inversée, aucune occurrence de la vidéo n’apparaît avant la déclaration de l’épidémie fin décembre 2019. On peut donc supposer que les images sont récentes et montrent le type de système de confinement utilisé pour transporter les potentiels porteurs du virus.
 
Wuhan, la mégapole berceau du virus

Le virus est apparu fin décembre à Wuhan, septième ville chinoise, située au centre du pays. Ce "cousin" du Sras, le Syndrome respiratoire aigu sévère, qui avait fait plus de 800 morts en 2002-2003, principalement en Chine, trouverait son origine dans un marché couvert. Les autorités ont fermé ce site qui vendait des fruits de mer et des animaux vivants début janvier pour nettoyage et désinfection.

Pour prévenir toute propagation du virus, les autorités locales ont également interdit les rassemblements publics pendant le Nouvel An lunaire, période de congés débutant ce vendredi 24 janvier pendant laquelle la majorité des habitants du pays voyagent pour se retrouver en famille. La Commission nationale pour la santé a déclaré que les voyageurs devaient éviter la ville et que ses habitants ne devaient pas la quitter. Les voyageurs venant de cette localité sont par ailleurs systématiquement examinés à leur arrivée dans les principaux aéroports du monde.

"Des passagers sont dépistés pour les symptômes du coronavirus dans un vol domestique en provenance de Wuhan", écrit le journaliste David Paulk sur Twitter.  

La vidéo ci-dessus, massivement partagée, n’a pas pu être indépendamment vérifiée par notre rédaction. Cependant, il existe une autre vidéo montrant exactement le même type de procédure et d’équipement que le média chinois We Video, branche du quotidien The Beijing News, affilié au Parti communiste chinois, dit avoir vérifiée. Il a pu s’entretenir avec Mme Cheng, autrice de la vidéo, qui se trouvait à bord d’un vol Wuhan-Macao le 12 janvier dernier et qui a assisté à ce contrôle de santé à bord réalisé après l’atterrissage. Selon ses dires, le contrôle a duré une dizaine de minutes.
 

"Au début, personne n’était au courant de la gravité de l’épidémie"

Notre Observateur Lu Haitao travaille à Pékin mais est originaire d’une ville située à une cinquantaine de kilomètres de Wuhan, où sa famille réside toujours.
 
Je suis allé à Wuhan il y a deux semaines, quand le virus existait déjà mais que personne ou presque n’en parlait. Tout était normal, les gens ne portaient pas de masques et n’avaient pas connaissance d’une quelconque épidémie, ils pensaient qu’il y avait une simple recrudescence des pneumonies. Je me souviens même que le 1er janvier, la police a convoqué huit personnes pour avoir soi-disant répandu des rumeurs sur le virus.

C’est seulement le week-end du 18 janvier que les gens ont commencé à comprendre la gravité de la situation, quand le gouvernement a fait ses annonces. Avant cela, on entendait seulement parler de cas détectés à l’étranger, comme en Thaïlande ou au Japon. Du coup, beaucoup d’internautes s’amusaient à décrire le virus comme "un virus très patriotique", qui ne s’attaque pas aux Chinois mais uniquement aux étrangers.

Le gouvernement chinois accusé de dissimulation

Quand le Sras avait frappé la région en 2002-2003, la Chine avait minimisé la gravité de la situation et masqué les faits au grand public. Inquiets que les événements se reproduisent, plusieurs scientifiques ont dès lors exprimé leurs doutes.

L’ancien porte-parole de l’OMS à l’époque du virus Sras, Peter Cordingley, a accusé sur Facebook ce lundi 20 janvier le gouvernement chinois de "mentir sur la propagation du virus" et observer la "même attitude irresponsable aujourd’hui".

Cette fois, le gouvernement chinois a annoncé qu’il ne tolérerait aucune dissimulation ou retenue d’information importante sur l’épidémie. Comme le rapporte le South China Morning Post, les responsables du Parti communiste chinois ont reçu pour consigne de faire en sorte que les informations soient transmises en temps et en heure.

Néanmoins, notre Observateur Lu Haitao reste méfiant et prend des précautions pour éviter que lui ou ses proches soient contaminés.
 
"Ma famille vit près de Wuhan, je suis inquiet pour eux"
 
J’ai de la famille à environ 60 kilomètres de Wuhan et je suis très inquiet pour eux. Il y a très peu d’informations qui circulent sur les cas détectés dans la province. Heureusement, mes parents sortent peu de leur ville. Je leur ai demandé de prendre toutes les précautions et d’éviter les foules.

À cause du virus, ça pourrait aussi être très risqué pour moi de leur rendre visite à l’occasion des vacances du Nouvel An. Il y aura beaucoup de monde dans les gares et les chances de le contracter vont sensiblement augmenter. J’hésite encore mais je risque d’annuler mon voyage.

Ici à Pékin, il y a eu cinq cas et beaucoup de gens se sont mis à porter des masques. Dans certaines pharmacies, ils sont en rupture de stock. Ce dimanche, j’ai moi-même commencé à porter un masque dès que je sors.

"J’ai annulé nos projets de voyage pour les vacances du Nouvel An"

Sur Twitter, Shuwen Zhang, un internaute chinois de 38 ans surnommé Hazel Bront a publié une photo du quai de la gare de Wuhan, vide, avec le commentaire suivant :

J’ai reçu un appel de mon entreprise aujourd’hui, tous ceux qui ne sont pas déjà en vacances ont fait du télétravail. Sur Taobao [un site de e-commerce chinois, NDLR], les masques sont en rupture de stock. Aujourd’hui, en passant en train par Wuhan, je suis un peu inquiet.

Contacté par notre rédaction, cet internaute habitant à Hangzhou, ville située à plus de 700 km à l’est de Wuhan, précise qu’il n’est pas descendu à quai ce jour-là.
 
Nous avions prévu de voyager en famille pendant les vacances du Nouvel An lunaire, mais nous avons annulé et allons rester en famille à Chengdu, ma ville d’origine [située à plus de 1 200 km à l’ouest de Wuhan, NDLR]. J’ai pris la photo sur la route et par précaution, j’ai demandé à mes parents de ne pas venir nous chercher à la gare et de porter un masque quand ils sortent. Ma mère est atteinte d’un cancer et j’ai vraiment peur qu’elle attrape le virus. Pendant les fêtes, nous allons aussi éviter toute sorte de lieu bondé.

Article écrit par Liselotte Mas.