Les photos des cinq lions extrêmement maigres et très affaiblis, prises par notre Observateur le 18 janvier dans un parc zoologique de la capitale soudanaise, ont suscité une vive mobilisation sur les réseaux sociaux et incité les autorités à agir.

Les images de ces cinq fauves - quatre lionnes et un lion - avaient choqué de nombreux internautes depuis que notre Observateur Osman Salih, ingénieur informaticien de Khartoum a lancé, avec ces photos, le hashtag #Sudananimalrescue.

Malade et affamée, une des lionnes du parc zoologique d’Al-Qureshi est morte lundi 20 janvier comme l’annonçait Osman Salih sur Facebook :

Dès la première fois où je l’ai vue, je pouvais déjà dire qu’elle était en très mauvaise santé. Elle a été transférée dans une clinique lundi matin mais ils n’ont pas pu la sauver, elle était trop malade.


Les autres femelles commencent à aller mieux grâce aux médicaments. Le mâle va plutôt bien, il était affamé mais n’était pas aussi malade que les femelles.



Ce sont ses images, partagées sur Facebook et Twitter le 18 janvier, qui ont permis une réaction des autorités :

Samedi après-midi, j’amenais pour la première fois mon fils jouer dans ce parc et j’ai été très surpris de voir qu’il y avait des animaux. Quand j’ai vu les lions dans un coin de ce petit zoo, j’ai été extrêmement choqué : les cages étaient sales, ça sentait très mauvais il n’y avait aucune nourriture et même l’eau était sale. Les lions n’étaient plus que des squelettes, ils pouvaient à peine bouger.


J’ai demandé à un gardien pourquoi ces animaux n’étaient pas nourris, il m’a répondu qu’ils n’avaient pas de moyen pour leur acheter à manger, qu’ils n’avaient même plus de véhicule pour transporter la nourriture. Quand j’ai insisté pour aider, indiquant que j’avais du temps et de l’argent, il m’a dit que ce n’était pas aussi simple que cela, qu’il fallait des autorisations, etc.

J’étais très en colère, alors j’ai directement partagé les images sur les réseaux sociaux. Dès la fin de la journée, c’était devenu viral.

Le lendemain matin, j’ai pu rencontrer des responsables du parc et des représentants des autorités en charge de la protection de la faune. Je leur ai fait part de la mobilisation sur les réseaux sociaux, des nombreuses personnes qui se disaient prêtes à aider. Une centaine de personnes sont d’ailleurs venues au zoo dans la journée après avoir vu mes photos.

Très rapidement une équipe médicale est intervenue et a commencé à s’occuper des lions, ils ont donné une liste de médicaments à acheter d’urgence. Grâce aux dons de nombreux volontaires et aux soutiens d’abattoirs, nous avons pu assurer l’approvisionnement en nourriture.

En ce moment au Soudan, à cause de l’inflation [autour de 60% selon les derniers chiffres officiels] les gens peinent pour acheter à manger, encore plus pour de la viande.

Osman Salih se rend chaque jour au zoo pour constater l’évolution des soins prodigués aux fauves et espère que cette mobilisation débouche sur des mesures concrètes en faveur de la protection des animaux sauvages au Soudan :

Nous avons besoin d’aide de la part d’experts, je suis en contact avec des ONG étrangères spécialisées dans ce genre de situations d’urgence. J’espère que cette campagne puisse permettre la création d’un zoo public au Soudan disposant de moyens suffisant pour prendre soin des animaux.

"Les civils doivent désormais reprendre le contrôle des services de protection de la faune"

Pour Khalid Osman Hiwytalla, directeur de l’institut de recherche Sudan Wildlife Research Center, c’est tout le système de protection des espèces sauvages qui est en cause :

Le problème c’est que la faune est gérée par la police, le ministère de l’Intérieur pour qui ce n’est absolument pas une priorité.

Il y avait un grand zoo public à Khartoum, un des plus importants d’Afrique, mais il a été fermé et un hôtel de luxe a été construit à son emplacement. Les civils doivent désormais reprendre le contrôle des services de protection de la faune.

Article écrit par Pierre Hamdi (@PierreHamdi)