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Depuis une quarantaine d’années, la ville gambienne de Sankandi est touchée par une importante sécheresse, qui met en danger l’environnement et plus particulièrement les mangroves des environs. Leur disparition a eu de graves conséquences économiques sur la population, dont elle était la ressource principale. Notre Observateur essaye de faire renaître ces forêts et d’aider la communauté locale.

Ansumana Darboe a cofondé l’association de développemement Sankandi Youth en 2005 pour promouvoir le développement durable et valoriser les communautés rurales dans la région. Depuis 2014, l’organisation se concentre sur la réhabilitation des zones humides autour du fleuve Gambie, autrefois luxuriantes. Ce faisant, Ansumana Darboe espère stimuler l’écosystème et repeupler le fleuve de poissons utiles aux habitants, la présence de mangroves encourageant les poissons à se reproduire.

La mangrove est un écosystème menacé, qui se développe dans des eaux salées et saumâtres, là où très peu de plantes peuvent pousser. Présente dans toute l’Afrique de l’Ouest, elle est aujourd’hui en déclin face à la déforestation, aux barrages, aux systèmes d’irrigation et au réchauffement climatique. En Gambie, plusieurs mangroves ont été largement détruites à cause d’une sécheresse persistante.

"Quand les mangroves meurent, les hommes partent"

Ansumana Darboe a détaillé à notre rédaction les effets de cette sécheresse sur sa région.

À Sankandi, environ cinq communautés sont touchées par la sécheresse. La zone est aujourd’hui vaste et clairsemée alors qu’elle est normalement pleine d’activités. Quand les mangroves meurent, les hommes partent et les activités disparaissent.

Quand les mangroves étaient encore là, les poissons étaient présents en abondance. Beaucoup de gens vivaient au bord du fleuve et faisaient toujours de bonnes prises. Mais quand les mangroves sont mortes, tous les poissons ont disparu.

Le professeur Mark Huxham, chercheur en biologie environnementale à l’université Napier d’Edimbourg, a travaillé avec Ansumana Darboe sur les problématiques rencontrées par la population de Sankandi. Il estime que la mangrove a disparu à la suite d'une saison sèche particulièrement dure et à cause de l’intervention humaine.

Il y a une vingtaine d’année, les plantes ont dépéri en masse le long du fleuve. Je suppose que ce phénomène est lié aux barrages qui ont été construits sur le fleuve Gambie dans les années 1960-70 et qui auraient modifié l’écoulement de l’eau. La plupart des espèces de mangrove poussent dans de l’eau de mer, mais se développent bien mieux en présence d’eau douce. Elles ne peuvent pousser dans de l’eau de mer pure.

L’endroit où travaille le groupe de Sankandi est assez loin de l’embouchure du fleuve, on y trouve une eau peu salée. En changeant l’écoulement du fleuve avec des barrages, on a pu augmenter la salinité de l’eau et donc engendrer un dépérissement de la flore. Une saison sèche peut aussi augmenter la salinité de l’eau, et il faudrait seulement un mois ou deux de sécheresse pour tuer un grand nombre d’arbres.

La mort des mangroves touche d'abord les plus pauvres

Mark Huxham détaille que la mangrove n’encourage pas uniquement les poissons à proliférer, elle a également une utilité fondamentale pour les populations.

Plus de 90 % de la population gambienne a besoin du bois de chauffe pour cuisiner, ce qui signifie qu’une forte pression est exercée sur les ressources forestières ici. Les gens pourraient aussi utiliser le bois des mangroves pour construire leurs maisons.

Ça ne m’étonne pas que les gens soient partis. Cela arrive souvent dans ces communautés, parce que les produits et les services liés à la mangrove sont particulièrement importants pour les couches les plus pauvres de la société, celles qui dépendent des biens non-marchands au jour le jour, comme le bois de chauffe.

À sa création en 2005, l’organisation de développement Sankandi Youth se concentrait sur le développement de la communauté et la valorisation des jeunes femmes et des jeunes filles. Le projet de plantation de mangrove a débuté en 2014 et a obtenu une subvention en 2018 de l’organisation américaine Earthwatch.

"La zone est si grande qu’il faudrait des millions d’arbres !"

Le projet de plantation a été bien reçu dans la communauté et de nombreux habitants se sont portés volontaires pour planter les jeunes arbrisseaux. Ansumana Darboe espère recueillir davantage de soutiens externes pour son organisation.

Les gens aiment ce projet et nous soutiennent beaucoup. Dès que nous lançons une session de plantation, tout le monde se rassemble au bord du fleuve pour y assister. Nous avons déjà planté 150 000 jeunes arbres mais la zone est si grande qu’il en faudrait des millions !

Notre premier challenge, c’est le financement. Nous voulons faire plus de recherches sur la plantation de mangroves et ses résultats. Nous voulons aussi collecter des données sur notre travail et évaluer son impact. Nous voulons éduquer les gens sur le développement durable, communiquer sur le sujet et permettre à la population de s’en emparer.

Nous devons acheter de jeunes arbres pour les planter, nourrir les volontaires qui viennent nous aider gratuitement. À chaque fois que nous plantons, plus de 200 personnes participent. C’est-à-dire toute la communauté

Depuis sa création, l’organisation a lancé d’autres initiatives comme des sessions de formation à l’apiculture, à l’installation de ruches et au lancement d’activités commerciales autour du miel.

Article écrit par Catherine Bennett (cfbennett2).