Une partie de la corniche qui surplombe le fleuve Congo dans le centre-ville de Brazzaville s'est effondrée dans la matinée du jeudi 9 janvier après des pluies diluviennes la veille. Construite en janvier 2016, elle avait été présentée comme l'un des joyaux de la capitale. Devant les nombreuses images de la corniche défoncée, des Congolais remettent en cause la qualité de l'infrastructure.

Les habitants de Brazzaville ne peuvent plus admirer le fleuve Congo depuis la corniche et le pont à haubans du centre-ville. Une partie de l'infrastructure s'est effondrée sur 500 mètres jeudi tôt dans la matinée après les fortes pluies de la veille.


Inauguré à grand renfort médiatique en février 2016, juste avant la réélection à un troisième mandat du président Denis Sassou-Nguesso au pouvoir depuis 1997, la corniche construite par l'entreprise chinoise China Road and Bridge Corporation (CRCB) était présentée comme une des réalisations contemporaines majeures de Brazzaville. Avec le pont à haubans du 15-Juin, elle était l'une des composantes d'un ouvrage beaucoup plus grand : la route de la Corniche, longue de 2,5  km et dont le coût a été évalué à 72 milliards de francs CFA (environ 110 millions d'euros) .

"Une pacotille construite précipitamment à des fins électorales"

L'effondrement n'a fait aucune victime. Mais les habitants sont sous le choc et dénoncent la mauvaise qualité de l'infrastructure, à l'instar de Christ Dongui, activiste membre du mouvement citoyen Ras-le-bol.

En tant que citoyen, je fais un constat amer. Cette corniche était l'un des rares lieux où les Congolais venaient se détendre le week-end et voir le fleuve Congo. Tous les dimanches, la corniche grouillait de monde. Les parents y emmenaient leurs enfants. Les autorités ont dit que c'était un bijou. Mais finalement, c'est une pacotille qui a été construite précipitamment à des fins de campagne électorale.

L'infrastructure s'est effondrée après seulement trois ans. Les études ont été mal faites par l'entreprise chinoise et les travaux ont été bâclés. C'est assez déplorable au vu de la somme qui a été investie. C'est de l'argent jeté. Cette somme aurait pu servir à créer des emplois pour les jeunes. Heureusement que la corniche s'est effondrée un jour de travail. Si c'était un dimanche, cela aurait été un terrible drame.

Nous demandons une expertise neutre pour situer les responsabilités. Il faut que les entreprises qui ont travaillé sur l'ouvrage, le maître d'ouvrage, le maître d'œuvre et aussi ceux qui ont octroyé le marché soient poursuivis. Parce que ce sont des fonds publics qui ont été dépensés pour rien.

Juste après l'effondrement, Jean-Jacques Bouya, le ministre congolais en charge des Grands Travaux, s'est empressé de se rendre sur les lieux. Il y a quatre ans, c'était lui qui avait réceptionné l'infrastructure. Sur la chaîne congolaise Vox TV, il a enjoint l'entreprise chinoise à faire "expertiser toutes les berges" pour établir les causes de l'effondrement et conforter de nouveau la chaussée.

Article écrit par Hermann Boko