Angola

Nouvelles vidéos d’un centre pour migrants en Angola : "L’eau que l’on boit est sale"

Dans le centre de rétention pour étrangers de Trinta, les migrants se plaignent du mauvais traitements infligés par les autorités angolaises. Photo prise par un détenu.
Dans le centre de rétention pour étrangers de Trinta, les migrants se plaignent du mauvais traitements infligés par les autorités angolaises. Photo prise par un détenu.

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De nouvelles vidéos témoignant des conditions de détention des étrangers dans le centre de rétention administrative de Trinta, en Angola, sont parvenues à notre rédaction. Un sans-papiers alerte sur les conditions catastrophiques dans lesquelles vivent des centaines de migrants africains.

Mardi 17 décembre, la rédaction des Observateurs de France 24 a reçu une nouvelle vidéo, filmée en novembre, à l’intérieur du centre de rétention de Trinta, situé à 30 km de Luanda, la capitale de l’Angola. Plusieurs migrants en situation irrégulière y dénoncent leurs conditions de détention.

Sur les premières images de la vidéo, l’homme qui filme le centre se plaint notamment de la qualité des repas servis quotidiennement. "Nous sommes ici dans la prison de Trinta. C’est la prison des migrants illégaux. Regardez l’eau qu’on boit ici. Elle est sale. C’est vraiment désolant. Regardez ce qu’on mange tous les jours. C’est du maïs et des haricots. Aidez-nous à quitter ici", peut-on l’entendre dire.

Nous présentons dans cet article des captures d’écran floutées de cette vidéo, pour préserver l’anonymat des personnes visibles.

Dans le centre de rétention de Trinta, les migrants boivent de l'eau non potable et n'ont qu'un repas par jour. Photo prise par un détenu. 

"On est plus de 300 personnes ici"

Contacté par notre rédaction, ce migrant issu d’un pays d’Afrique subsaharienne détaille les circonstances de son arrestation.

 

Cela fait trois mois que je suis à Trinta. Mais il y a beaucoup d’autres personnes qui sont détenues depuis plus d’un an, voire deux ans. Je vis en Angola depuis cinq ans. Je suis sans-papiers mais j’ai été arrêté pour la première fois le 24 septembre, dans ma boutique. Je vendais des vêtements. D’habitude, j’arrivais à me cacher quand les policiers descendaient pour arrêter les migrants. Mais cette fois, ils m’ont surpris.

C’est le gouvernement qui a décidé de lutter contre l’immigration clandestine. Avant c’était contre ceux qui travaillaient dans les mines. Mais, maintenant, tous les étrangers peuvent être arrêtés. Tu peux être dans un taxi, ils vont t’arrêter.

Après mon arrestation, j’ai été transféré dans le centre de Trinta. C’est très compliqué, on est plus de 300 personnes ici et nous sommes entreposés dans des pièces sans fenêtre ni aération, où il fait très chaud la nuit.

En journée, les migrants prennent l'air sur une terrasse fermée par des grilles.

 

Normalement, la rétention doit durer 15 jours, mais nous sommes là depuis des mois et on ne sait pas pourquoi. Les policiers refusent de nous libérer alors que nous devons subvenir aux besoins de nos familles. Moi, j’ai une femme et un enfant. Il faut qu’ils nous libèrent.

Plusieurs personnes sont malades et ne peuvent pas se soigner. Les agents du centre ne nous donnent que du paracétamol quel que soit le mal dont on souffre. C’est incroyable !

J’ai fait cette vidéo pour montrer au monde ce que nous vivons ici. Une première vidéo avait été diffusée il y a quelques mois sur France 24. Je n’étais pas encore détenu à Trinta. J’espère que cela aura un impact.

Un centre déjà dénoncé par ses détenus

Le centre de rétention de Trinta est géré par le Service des migrations et des étrangers, qui dépend du ministère angolais de l'intérieur. Dans ce centre sont parqués dans des conditions très difficiles des centaines d’étrangers, en attendant que leurs cas soient étudiés par un magistrat.

Ce n’est pas la première fois que les migrants en situation irrégulière en Angola alertent sur les mauvais traitements subis à l’intérieur du centre. En mai 2019, notre rédaction avait reçu une première vidéo filmée par Éric (pseudonyme), un réfugié rwandais qui dénonçait aussi les conditions de détention, et notamment l’état insalubre des toilettes.

Un migrant malade selon notre Observateur est allongé à même le sol.

"Après la première vidéo, il y avait eu des visites de plusieurs ambassadeurs mais, aujourd’hui, aucun dirigeant ne se soucie plus de nous"

Ce dernier affirmait avoir été arrêté en septembre 2018, malgré son statut de réfugié, dans le cadre de l’opération "Transparence" initiée par le gouvernement angolais pour lutter contre l’exploitation illégale des mines de diamant par des immigrés clandestins. Il confiait alors avoir déjà passé neuf mois à Trinta, où sont aussi emprisonnés des immigrés de plusieurs autres nationalités. Éric s'y trouve toujours et déplore le statu quo dans le centre depuis la diffusion de sa vidéo en mai.

 

Nous sommes vraiment fatigués. Après la première vidéo, il y avait eu des visites de plusieurs ambassadeurs du Sénégal, du Mali, de la Guinée, même du Rwanda. À peu près 70 personnes ont pu être rapatriées [notre rédaction n'a pas pu vérifier ces chiffres, NDLR]. Mais aujourd’hui, aucun dirigeant ne se soucie plus de nous.

Cela fait au moins deux mois qu’on ne nous donne plus de dentifrice et de brosses à dents. On ne nous donne de l’eau à boire qu’une fois par jour. Il n’y a plus de petit-déjeuner le matin.

Une durée de détention illimitée

Contactée par la rédaction des Observateurs de France 24, la représentante du Haut-commissariat pour les réfugiés en Angola de l’époque, Philippa Candler, avait confirmé des temps de détention anormalement longs pour les immigrés, qu’ils soient en situation régulière ou non.

L’ancien Rapporteur spécial sur les droits de l’Homme des migrants (ONU), François Crépeau indiquait dans un rapport publié en 2017 que cette durée de détention illimitée "se termine seulement après l’expulsion de la personne en situation irrégulière, la vérification de leurs papiers, qui est une procédure très longue, ou leur libération après le versement de pots-de-vin."

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> "C’est une prison" : le cri d’alarme d’un Rwandais dans un centre pour étrangers en Angola

Article écrit par Hermann Boko (@HermannBoko).