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Depuis le 16 décembre, plus d’un millier de demandeurs d’asile tiennent un sit-in devant le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à Agadez, dans le nord du Niger. Ils exigent l’accélération du traitement de leurs dossiers, et dénoncent les conditions de vie dans lesquelles ils sont maintenus en attendant.

Lundi 16 décembre, une grande partie des occupants du camp de l’ONU pour les demandeurs d’asile d’Agadez, au nord du Niger, ont parcouru les 15 km qui les séparent de la ville pour dénoncer leurs conditions de vie et demander l’accélération du traitement de leurs dossiers.

Ils sont près de 1600 demandeurs d’asile qui attendent toujours d’obtenir un statut de réfugiés. La plupart d’entre eux, soit plus de 1400, sont soudanais. Les autres viennent de Centrafrique, du Tchad ou encore du Pakistan. Ils reprochent aux autorités nigériennes et au HCR les conditions “extrêmement difficiles” dans lesquelles ils vivent depuis leur arrivée en 2017, en attendant que leurs dossiers soient étudiés et traités.


Le départ des demandeurs d'asile d'Agadez pour le sit-in devant le siège du HCR. Vidéo filmée par notre Observateur Mohamed Ali (pseudonyme).

Le camp d’Agadez est un site de cinq hectares géré par le HCR et l’Organisation Internationale pour les migrations (OIM) composé de 225 habitations, et situé en dehors de la ville.

Photo du camp d'Agadez envoyée par notre Observateur Mohamed Ali (pseudonyme).

"L’été, la chaleur y est insupportable, et l’hiver, le froid est tout aussi dur"

Salim Ahmad Hashim, 30 ans, est un demandeur d’asile soudanais. Il est arrivé au Niger après avoir fui la Libye :

Nous ne pouvons plus rester dans ce camp. L’environnement [naturel] est hostile, nous sommes en plein désert : les maisons sont en taule n’arrivent pas à nous protéger du sable et des moustiques. L’été, la chaleur y est insupportable, et l’hiver, comme en ce moment, le froid est tout aussi dur. Il y a aussi beaucoup de malades, des femmes qui ont fait des fausses couches et des personnes âgées qui ont besoin d’un suivi médical continu.

Mohamed Ali (pseudonyme), un autre manifestant soudanais de 22 ans, ajoute :

Ici, il y a des enfants, des mineurs, des personnes handicapées... Certes, des personnes vulnérables ont été emmenées soit à l’hôpital en ville soit vers des pays européens, mais ce n’est pas assez ! [54 personnes très vulnérables ont été évacuées en Italie en 2018 et 2019, Ndlr]



Les demandeurs d'asile en sit-in devant le siège du HCR. Photos envoyées par notre Observateur Mohamed Ali (pseudonyme)..

Au sit-in, les manifestants déplorent notamment l’absence de soutien de la part de l’agence onuisienne, notamment l’absence de nourriture ou de soins :"Depuis le début du sit-in, nous puisons dans nos propres provisions", se plaint Murtada.

Le matin du vendredi 20 décembre, l’eau que les manifestants utilisaient pour boire, manger et se laver a été coupée. Contactée par la rédaction des Observateurs, Laurence Bron du bureau HCR Niger confirme la non-réaction du HCR : 
"Le sit-in est illégal car il se trouve sur le territoire du Niger [en dehors du camp, ndlr]. Nous ne pouvons donc pas soutenir la présence de ces personnes dans la rue, au risque de conduire à des altercations avec la population locale. Il y a d’autres moyens de protester contre leur situation, comme par exemple faire un plaidoyer auprès du gouverneur."

"À présent, nous voulons simplement partir du Niger"

Ce n’est pas la première fois que les demandeurs d’asile manifestent à Agadez depuis leur arrivée en 2017. Le printemps et l’été derniers, ils ont manifesté devant le même bâtiment, avec les mêmes demandes, sans succès.

Mohamed Ali (pseudonyme) déplore les limbes dans lesquelles les demandeurs d’asile demeurent coincés, sans avoir de perspective sur l’avenir proche :

Notre statut n’est toujours pas précisé, nous avançons dans l’opacité totale. Nous n’obtenons toujours pas le statut de réfugié malgré ce que nous avons traversé. Pour ma part, j’ai été vendu à des milices libyennes, près de Sabha [sud de la Libye, ndlr], qui m’ont séquestré et forcé à travailler sans paie pendant cinq mois, avant que je n’arrive à m’échapper avec des camarades de cellule fin 2016, pour atterrir ici.

La Libye a laissé chez beaucoup d’entre nous des séquelles psychologiques, trois personnes ont tenté de ne se suicider rien qu’en cette année.

Nous ne comprenons pas pourquoi nous sommes encore au Niger, et n’avons aucune information sur l’évolution de notre dossier depuis deux ans. De plus, l’État nigérien a déjà expulsé nombre d’entre nous vers le Soudan ou la Libye, malgré le risque qui y règne, en contradiction totale avec les lois internationales ! [En mai 2018, l’Etat nigérien a en effet reconduit 145 Soudanais aux frontières libyennes, ndlr]

Beaucoup d’entre nous ont fui la guerre au Darfour et nous voulons juste une vie meilleure, ici ou ailleurs. Certains sont même repartis de plein gré en Libye, malgré l’enfer qu’ils ont vécu là-bas, probablement pour retenter leur chance vers l’Europe. Je ne sais pas ce qui leur est arrivé.

Ce qui est sûr, c’est que la plupart d’entre nous ne veulent même rester au Niger. Nous avons été patients face aux promesses de régularisation, mais nous n’y croyons plus. À présent, nous voulons simplement partir vers un pays sûr qui nous acceptera en tant que réfugiés.


Côté HCR Niger, Laurence Bron explique la lenteur des procédures par le manque de moyens techniques :"Les moyens sont rudimentaires, il n’y par exemple pas de traitement électronique des dossiers.

Le président nigérien Mahamadou Issoufou avait promis, en mars dernier, que le Niger continuerait à accueillir des demandeurs d'asile mais souhaite qu'ils "ne restent pas longtemps" dans son pays.