Des milliers de personnes se sont à nouveau rassemblées jeudi 19 décembre à New Delhi, la capitale de l’Inde, pour manifester contre la nouvelle loi sur la citoyenneté indienne qui exclut les musulmans. Bien que neuf personnes aient trouvé la mort depuis le début de la mobilisation, certains manifestants ont choisi, symboliquement, de tendre des roses à la police.

En Inde, la contestation contre la réforme du gouvernement sur la citoyenneté se poursuit. Bravant les interdictions de rassemblement décrétées dans une grande partie du pays, des dizaines de milliers d’Indiens ont de nouveau manifesté, dans plusieurs villes, jeudi 19 décembre.

Des heurts ont été enregistrés dans plusieurs États et trois personnes ont été tuées dans des affrontements avec la police. Ces décès portent à neuf au moins le nombre des victimes depuis le début des manifestations la semaine dernière.

Dans la capitale New Delhi, quelques jours seulement après la violente intervention policière sur le campus de l’université Jamia Millia Islamia qui a fait 125 blessés, la police a arrêté des centaines de manifestants afin d’empêcher les ralliements. À la surprise des agents, plusieurs protestataires ont alors réagi en tendant des roses. Sur les réseaux sociaux, plusieurs images de cette initiative sont devenues virales.




Une des manifestantes, dont la photo a été largement relayée en ligne, a indiqué à la presse locale avoir offert des roses aux policiers pour leur dire que les "étudiants ne sont pas violents". 



Shantanu, un étudiant venu manifester a également expliqué à l’Agence France-Presse (AFP), en amont du rassemblement, ce geste : "Lorsque nous serons arrêtés, nous comptons donner [ces roses] à la police car ce n’est pas un combat contre la police. C’est un combat contre ce gouvernement, un gouvernement presque fasciste".

"Ils peuvent nous charger autant qu'ils le souhaitent, nous leur offrirons toujours des roses. L'amour en retour de la haine. Nous sommes prêts à affronter leurs gaz lacrymogènes et leurs canons à eau", a confié un autre manifestant à l’agence Press Trust of India (PTI).

De son côté, la police de New Delhi a également communiqué sa volonté d’apaisement en publiant sur son compte Twitter des photos d'agents en train "d'interagir avec les manifestants", leur offrant même "du thé, des biscuits, de l'eau".


Des photos publiées par l'agence de presse ANI montrent également des policiers proposer des collations aux manifestants détenus dans des stades pour avoir enfreint les interdictions d’attroupements.


La mobilisation contre la nouvelle loi sur la citoyenneté proposée par le pouvoir nationaliste hindou constitue l'un des plus grands défis du Premier ministre Narendra Modi.

Votée la semaine dernière, elle permet d’accorder la nationalité indienne aux ressortissants qui ont fui l’Afghanistan, le Pakistan et le Bangladesh, sur des critères religieux. Les hindous, sikhs, bouddhistes et autres minorités religieuses pourront donc devenir Indiens. Mais la réforme n’inclut pas les musulmans. Pour les manifestants, cet amendement vise à les marginaliser et s’inscrit dans la politique ultranationaliste du Premier ministre

Ce vendredi 20 décembre au matin, des heurts se sont à nouveau produits à Lucknow, capitale du grand État d'Uttar Pradesh (nord). Par ailleurs, des interdictions de rassemblements et des coupures d'internet mobile touchent encore une grande partie du pays. Des dispositifs sécuritaires ont également été déployés aux abords de nombreuses mosquées, par crainte des troubles à la sortie de la grande prière musulmane du vendredi.

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