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La police indienne saccage deux mosquées après des manifestations dans une université islamique

Ces photos ont été relayées sur Twitter. On y voit l'une des mosquées de l'université saccagées par la police.
Ces photos ont été relayées sur Twitter. On y voit l'une des mosquées de l'université saccagées par la police.

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Deux mosquées de l’université Jamia Millia Islamia à New Delhi ont été vandalisées par la police, dimanche 15 décembre, lors d’une intervention violente sur le campus, qui a fait 125 blessés. Les étudiants de l’université manifestent depuis une semaine contre un projet de loi sur la citoyenneté indienne qui exclut les musulmans.

Les manifestations, dimanche, ont fait 125 blessés sur le campus de l’université Jamia Millia Islamia, dans la capitale indienne. Dans le pays, six personnes ont trouvé la mort depuis la semaine dernière lors de manifestations contre la réforme du gouvernement sur la citoyenneté.

Celle-ci prévoit d’accorder la nationalité indienne aux ressortissants qui ont fui l’Afghanistan, le Pakistan et le Bangladesh, sur des critères religieux. Les hindous, sikh, bouddhistes et autres minorités religieuses pourront donc devenir indiens. Mais la réforme ne concerne pas les musulmans. Pour les manifestants, cet amendement vise à marginaliser les musulmans et s’inscrit dans la politique ultranationaliste du Premier ministre Narendra Modi.

Dimanche, en marge des manifestations contre cette loi, la police s’est introduite sur le campus de l’université Jamia Millia Islamia, dans le sud de New Delhi, un établissement qui accueille majoritairement des étudiants musulmans, mais également d’autres confessions. Les forces de l’ordre sont entrées dans l’enceinte de deux des quatre mosquées du campus. Dans l’une d’entre elles, les policiers ont détruit les portes, frappé les étudiants qui priaient et blessé l’imam.

Vidéo tournée dimanche 15 décembre. On y voit des vitres cassées, du sang à terre et des tapis déchirés après le passage de la police dans l'une des quatre mosquées de l'université.  

Ces photos sont relayées sur les réseaux sociaux depuis dimanche. Elles montrent les dégâts dans l'une des quatre mosquées de l'université Jamia Milliah Islamia.

"Traiter les étudiants comme des criminels n’est pas justifiable"

Les policiers ont également pénétré dans la cour d’une autre mosquée, la plus grande du campus. Zafar Iqbal, ex-étudiant de l’université était sur place :

“La police a essayé d’entrer dans la mosquée. Ils pensaient qu’on leur avait jeté des pierres depuis le bâtiment. Mais c’était faux. À l’intérieur, il y avait surtout des étudiants blessés qui avaient fui la librairie attenante, où la police les avait attaqués. Il y avait environ 15 étudiants dans l’enceinte.

Traiter les étudiants comme des criminels n’est pas justifiable, le droit aux manifestations pacifiques est inscrit dans notre Constitution.”

Sur une vidéo postée sur Twitter, on voit l’imam demander aux policiers de ne pas tirer de gaz lacrymogène à l’intérieur de l’enceinte de la mosquée et demander aux étudiants de rentrer chez eux.

 

"Ça fait 40 ans que je suis imam ici et c’est la pire chose que j’ai jamais vue."

L’imam Qari Mohmmad Suleman Qasmi est finalement parvenu à convaincre les policiers de ne pas entrer dans la principale mosquée du campus. Mais plusieurs étudiants ont été blessés et Qari Mohmaad Sulema Qasmi lui-même a été touché à l’épaule.

“J’étais obligé de laisser entrer les policiers dans l’enceinte, sinon ils auraient cassé les portes. Ils ont bloqué les deux entrées de l’enceinte de la mosquée. J’ai essayé de discuter avec eux. Ils frappaient les étudiants avec des bâtons. Ça fait 40 ans que je suis imam ici et c’est la pire chose que j’aie jamais vue.”

Dans cette vidéo publiée sur Twitter aujourd’hui, un agent de sécurité de la grande mosquée raconte l’intervention des policiers. Il dit avoir essayé de les empêcher de frapper les étudiants et l’imam, mais il se fait lui-même traîner en dehors. Il est alors frappé à la jambe.

L’imam Qari Mohmaad Suleman Qasmi s’oppose au projet d’amendement sur la citoyenneté. Le gouvernement indien assure qu’il vise à protéger les minorités religieuses des pays voisins, mais pour la communauté musulmane, il s’agit surtout d’un texte qui marginalise les quelque 200 millions de musulmans en Inde.

Narendra Modi et son parti BJP (Bharatiya Janata Party) mènent en effet une politique ultranationaliste. Au pouvoir depuis 2014, le Premier ministre tente d’ériger la religion hindoue en politique d’État. L’amendement arrive dans un contexte tendu. En août, près de 2 millions de citoyens musulmans indiens de l’État d’Assam (Nord-Est du pays) se sont vus retirer leur citoyenneté pour ne pas avoir su prouver que leurs ancêtres étaient indiens.

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Dans l'Assam, des activistes luttent pour que des musulmans indiens conservent leur nationalité

Qari Mohmaad Suleman Qasmi s’inquiète pour l’avenir

"Le gouvernement essaie de polariser le peuple. Il ne laisse personne s’opposer à cette loi. Les étudiants devraient pouvoir manifester et le gouvernement devrait entendre leur voix.

Cet amendement n’est pas seulement contre les musulmans, il est contre l’harmonie du pays. Le gouvernement essaie de polariser le peuple. Il nous discrimine. Il a tort. Il faut traiter tous les citoyens de la même façon.”

Lundi 16 décembre, les étudiants de l’université Jamia Milliah ont défilé silencieusement dans les rues pour protester contre les évènements de ce week-end. L’imam Qari Mohmaad Suleman Qasmi leur a dit de rentrer avant le coucher du soleil, de peur de nouvelles violences.

Article écrit par Marie Genries (@Mariegnrs)