Début décembre, une série de vidéos a fait surface sur les réseaux sociaux en Israël et dans les Territoires palestiniens montrant l’agression d’une femme transgenre et de deux autres personnes présentées comme membres de la communauté LGBTQ dans une rue de Ramallah, en Cisjordanie. Ces images ont suscité de nombreuses réactions indignées et mettent en lumière les difficultés des Palestiniens gays, lesbiennes, bisexuels et transgenres, qui sont nombreux à partir vivre en Israël.

Le 2 décembre dernier, plusieurs vidéos ont été publiées sur Facebook et Twitter. Elles montrent trois personnes brutalisées le même jour par un groupe d’au moins six hommes, dont au moins quatre en train de les frapper à coups de pied et de poing.

Selon le média israélien Ynet, la scène s’est déroulée dans le quartier de Kafr 'Aqab, à deux kilomètres de Ramallah, en Cisjordanie, et les assaillants seraient des hommes résidant dans le camp de réfugiés de Qalandia, situé dans ce quartier.


Un jeune homme est violemment frappé à coups de poing dans une première vidéo et l'on voit ensuite l'une des victimes, transgenre, agressée verbalement dans un magasin de vêtements. Dans une troisième séquence, on voit leur voiture fouillée et endommagée et, enfin, les trois victimes montant dans un van tout en prenant des coups de pied.

La scène s’est très probablement déroulée sur l’artère principale de ce quartier, Ramallah Street, dont on peut reconnaître un certain nombre d’infrastructures sur Google Street View : même terre-plein central en béton, même type de grands panneaux publicitaires situés au milieu de la rue. La rédaction des Observateurs n’a cependant pas pu vérifier la localisation exacte de la vidéo, l’application Street View ne couvrant pas le lieu exact des violences.



L’une des trois victimes serait, toujours selon Ynet, une personne transgenre originaire de la ville palestinienne d’Hébron, qui aurait trouvé refuge dans le quartier de Jaffa, à Tel Aviv, où elle serait suivie par le centre LGBT de la municipalité. Contacté par notre rédaction, le directeur du centre Avihu Mizan a confirmé cette information :
 
Elle va bien maintenant, elle a pu voir un docteur ici (en Israël) et vit à Jaffa. Elle était partie à Ramallah pour une opération du nez, puisque c’est moins cher là-bas. Lors de l’attaque, les assaillants ont cassé son nez mais elle n’avait pas de blessure plus grave. Nos travailleurs sociaux restent en contact avec elle comme avec les centaines de personnes dont nous nous occupons.

"Ils nous ont dit qu’ils allaient nous emmener pour nous tuer, nous exécuter"


Le lendemain de l’attaque, la victime transgenre a accordé une interview à la télévision publique israélienne Kan, où elle apparaît blessée au niveau du nez et est présentée sous le nom de Mira. Son ami Daniel, présent à ses côtés lors de l’attaque, raconte :
 
Ils nous ont dit qu’ils allaient nous emmener pour nous tuer, nous exécuter. Ils nous ont dit "Vous ne pourrez pas retourner chez-vous" et puis ils nous ont menacés avec leurs armes...


Sur son compte Tik Tok, Mira a publié ce même jour une vidéo aux côtés de Daniel et de la troisième victime, un jeune homme ayant également le nez brisé. Depuis cette date, Mira a publié de nombreuses vidéos dans lesquelles on peut voir que son nez a cicatrisé.

À gauche, Mira dans une vidéo publiée le 3 décembre et, à droite, le 12 décembre.

Les relations sexuelles avec des personnes de même sexe sont illégales dans la bande de Gaza mais pas en Cisjordanie, le plus grand territoire administré par l’Autorité palestinienne. Reste que la société est globalement très conservatrice sur cette question.

En 2013, un avocat israélien défenseur de la communauté LGBTQ avançait que plus de 2 000 Palestiniens LGBTQ sont réfugiés à Tel Aviv, une ville côtière israélienne connue pour sa communauté et sa culture gay très développées.

Cependant, la plupart d’entre eux auraient des difficultés à obtenir un statut légal en Israël et auraient surtout des réticences à demander l’asile officiellement en raison de leur orientation sexuelle. Comme le détaille un article de Vice publié en 2013, nombreux seraient ces Palestiniens à redouter que leur identité soit révélée lors du processus administratif ou qu’ils soient considérés comme des collaborateurs des autorités israéliennes, ce qui pourrait les exposer à des représailles voire à la mort.

Article écrit par Liselotte Mas.