La clôture des camps de réfugiés Rohingya a débuté dans le district de Cox’s Bazar, au Bangladesh. Nos Observateurs ont constaté début décembre l’installation de pylônes destinés à faire tenir des barbelés autour des camps, les coupant de l’extérieur.

Ce processus de fermeture des camps a été annoncé le 24 novembre par le chef d’état-major de l’armée bangladaise, le général Aziz Ahmed, faisant suite à la recommandation émise en septembre par le parlement de mettre en place une “clôture de sécurité” afin que “personne ne puisse sortir des camps ni que personne ne puisse y entrer”.

En 2017, plus de 740 000 Rohingya ont fui la Birmanie pour le Bangladesh voisin. Cette minorité musulmane est persécutée par les autorités d’une Birmanie majoritairement bouddhiste. Depuis 2018, les Nations unies emploient le terme de “génocide” pour qualifier les exactions commises par le régime birman, qu’elles estiment responsable de la mort d’au moins 10 000 Rohingya.

Dans le district de Cox’s Bazar, situé dans l’étroite bande de terre coincée entre le golfe de Bengale et la Birmanie, l’immense camp de Kutupalong accueille 734 000 réfugiés, sur plus de 900 000 Rohingya aujourd’hui au Bangladesh. C'est le plus grand camp du monde.

"Ces clôtures font de nous des animaux"

Kutupalong est morcelé en 26 camps. Ro Sawyeddollah vit dans le camp 15. Depuis son arrivée au Bangladesh, ce réfugié Rohingya photographie le quotidien des camps de Kutupalong :

Un ami du camp 12 m’a prévenu que l’installation des clôtures avait démarré sur son camp. J’y suis tout de suite allé pour faire des photos. J’ai dû me cacher pour prendre des militaires au travail.

Clôturer les camps revient à les transformer en zoos, à faire de nous des animaux. Les restrictions d’accès au réseau, le manque d’éducation et maintenant l’enfermement, j'ai le sentiment que la dégradation de nos conditions de vie sur le camp, ces atteintes aux droits humains, sont faites pour nous pousser au départ, pour qu'on accepte d'être renvoyés en Birmanie.

Des militaires installent les clôtures – Crédits : Ro Sawyeddollah


L’ONG Human Rights Watch a dénoncé cette opération, rappelant que “l’enfermement des réfugiés dans ce qui sera fondamentalement des prisons à ciel ouvert (...) est contraire au droit international relatif aux droits humains” et soulignant que ces clôtures représentent un danger pour les réfugiés “s’ils doivent évacuer le camp en urgence ou pour obtenir toute aide médicale ou humanitaire”.

Fin août, le rapatriement de 3 450 Rohingya volontaires en Birmanie, proposé par les autorités birmanes, a échoué : aucun candidat au retour ne s’est manifesté.

La crainte de nouvelles violences, l’impossibilité de se réinstaller dans leurs villages d’origine et le fait que les autorités birmanes ne prévoient toujours pas de les considérer comme des citoyens à part entière expliquent ce refus.

“En nous enfermant, il sera plus facile de nous rapatrier de force”

La pose de barbelés autour des camps fait craindre à des réfugiés du camp 11, contactés par la rédaction des Observateurs et qui souhaitent demeurer anonymes, que cela ne soit un prélude à un retour forcé en Birmanie. L’un d’eux fait valoir :

Les militaires ne nous expliquent rien sur ces clôtures qu’ils sont en train de construire. Ils nous encerclent. Nous avons peur. En Birmanie, où nous étions maltraités, nous étions aussi enfermés de cette façon.


Dans le camp 11. Crédits : Nur Hossain

Notre plus grande crainte est qu’en nous enfermant, il soit plus facile de nous rapatrier de force.

En quoi cela pourrait-il être pour notre sécurité ? Si nous n’avons pas le droit de sortir, comment ferons-nous le jour où nous devrons aller à l’hôpital ? Et si nous ne pouvons pas aller au marché, comment ferons-nous pour nous nourrir dignement ?


Article écrit par Pierre Hamdi (@PierreHamdi)