Alors qu’au moins quatre personnes ont été tuées dans le cadre de manifestations contre les autorités et la Mission de l’ONU en RDC (Monusco) à Beni, dans l’est de la République démocratique du Congo, plusieurs fausses images ont circulé sur les réseaux sociaux. Elles viennent alimenter une rumeur persistante : les Casques bleus seraient complices des miliciens qui mettent la région à feu et à sang depuis plusieurs décennies. Mais ces photos sont anciennes et sorties de leur contexte.

De nombreux habitants de Beni ont pris part ce lundi 25 novembre à des manifestations anti-Monusco, dénonçant l’inaction supposée des Casques bleus alors que les massacres se multiplient dans la région. La mairie de Beni a par ailleurs été incendiée par les manifestants.

Selon le Groupe d’Étude du Congo (CEG) de l’Université de New York, 77 civils ont été tués depuis le 5 novembre à Beni et ses environs.

Ce climat d’insécurité exaspère la population et met en danger les activités des équipes de la riposte contre le virus Ebola.

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Au moins quatre manifestants ont été tués dans ces émeutes anti-ONU lundi, selon l'auditeur (procureur) militaire, Kumbu Ngoma, et dix personnes, dont trois militaires FARDC, ont également été blessées.

Certains manifestants et habitants de la région diffusent une rumeur : si ces soldats postés dans plusieurs bases de la région n’agissent pas pour défendre la population, c’est qu’ils sont complices des miliciens qui massacrent les civils. Pour tenter d’étayer leurs propos, ils ont partagé sur les réseaux sociaux deux publications mensongères.

Des miliciens surpris dans les locaux de la Monusco ?



Depuis lundi, une publication reprise telle quelle une vingtaine de fois sur Facebook affirme que des miliciens des Forces démocratiques alliées (ADF), responsables présumés d’un certain nombre de massacres survenus dans la région, ont été démasqués dans une base de la Monusco à Beni. Ces derniers auraient été trouvés portant des uniformes de l’armée congolaise (FARDC) et de la police (PNC).

"CONFUSION À BENI : Pour la Population de ce Coin, le Masque vient de Tomber du Mariage MONUSCO-ADF. Ci-joints, les ADF surpris dans les installations de la Monusco avec les tenues FARDC et PNC "(sic), peut-on lire sur plusieurs publications Facebook, partagées plusieurs centaines de fois.

Captures d'écran de publications Facebook, noms floutés par notre rédaction. 

Message publié avec les anciennes photos de Casques bleus, illustrant le climat de défiance qui règne à l'encontre de l'institution dans la région. 

Or les photos reprises dans ces publications datent de l’année 2014 et montrent une tout autre affaire liée à la Monusco dans la ville de Goma, comme nous l’expliquions dans un article publié à l’époque.

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Les hommes retrouvés en possession d’uniformes ne sont donc pas des miliciens ADF mais des soldats ukrainiens de la Monusco qui auraient volé ces uniformes de la garde républicaine, selon eux pour les utiliser lors de parties de chasse à leur retour en Ukraine.

À l’époque, l’affaire avait suscité de nombreux soupçons puisque des massacres avaient été commis peu de temps auparavant par des hommes vêtus d’uniformes de l’armée congolaise. Certains avaient alors imaginé que cette découverte de trafic d’uniformes dans les rangs de la Monusco soutenait la thèse de la collusion Monusco-miliciens. Or, les uniformes portés par les auteurs des massacres avaient été saisis à Goma et étaient différents de ceux retrouvés dans les affaires des Casques bleus ukrainiens. Il n’existe donc aucune preuve de cette supposée collusion.
 
Un Casque bleu surpris en train de braquer son fusil sur un manifestant ?



Une autre image circule massivement sur Facebook et WhatsApp, elle montre un homme en tenue civile entouré de deux Casques bleus dont l’un, à gauche, braque son fusil dans sa direction. Partagée jusqu’à 5 000 fois, elle est assortie de la légende suivante :

Message reçu sur Whatsapp par notre rédaction le 26 novembre. 

Elle fait écho aux affrontements de lundi devant la base de la Monusco à Boikene (nord de Beni) entre d’un côté la Monusco et les FARDC et, de l’autre, les manifestants anti-ONU. Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes ont accusé les Casques bleus d’avoir tiré sur la foule.

Selon l’AFP, les forces de sécurité congolaises ont tiré dans la matinée à balles réelles, procédant le plus souvent à des tirs de sommation, pour tenter de contenir les manifestants. Le fait que des Casques bleus aient ou non tiré lors de ces émeutes n’est pas éclairci.

Cependant, la photo qui circule sur les réseaux sociaux ne montre pas les évènements de lundi. En faisant une recherche d’image inversée, on la retrouve sur la base de données Wiki Commons, puis sur le compte officiel de la Monusco sur le site de partage de photos flickr. Comme le détaille la légende, la photo a été prise en 2013 lors de la démonstration des techniques de combat des Casques bleus.

"Des éléments de la Brigade d’intervention de la Force de la Monusco en pleine démonstration de techniques de combat. La Brigade a été mandatée par le Conseil de sécurité des Nations unies pour neutraliser tous les groupes armés dans la partie est de la RD Congo. Photo Monusco/Clara Padovan", peut-on lire en légende de la photo originale. 

L’homme visé par le Casque bleu n’est donc pas un manifestant mais probablement un autre Casque bleu prenant part à cet entraînement.