Une vidéo filmée à l’intérieur du centre hospitalier universitaire de Brazzaville montre une invasion d’insectes dans une chambre, et agglutinés sur la moustiquaire avec en dessous un petit garçon. Une scène surprenante, mais exceptionnelle selon plusieurs médecins du CHU et la direction.

Pendant un peu plus d’une minute, un visiteur du centre hospitalier universitaire de Brazzaville filme une nuée d’insectes : ils volent autour du vidéaste, pendant qu’un petit garçon pleure sous sa moustiquaire, et que des médecins s’affairent au milieu du tourbillon d’insectes.

Un médecin tente de rassurer l’enfant en lui disant "ce n’est rien, ne t’inquiète pas "pendant que sa grand-mère tente aussi de le calmer, et qu’un membre de sa famille filme.

"L’image est forte, mais il n’y a aucun danger pour l’enfant, ni pour les médecins"

Plusieurs médecins travaillant au CHU et contacté par France 24 ont confirmé l’authenticité de la scène et affirment qu’elle s’est déroulée dans la nuit du 6 au 7 novembre dans une salle du service pédiatrie nourrisson. L’enfant y était soigné pour un paludisme.

Si deux d’entre eux ont jugé la situation anormale et l’image renvoyée "calamiteuse", l’un d’entre eux, qui n’a pas souhaité que son nom soit cité, nous a expliqué :

Cette vidéo n’a rien d’exceptionnel dans le contexte du Congo-Brazzaville : au début de la saison des pluies, les tempêtes d’insectes ne sont pas rares, particulièrement lorsqu’il pleut.

Les insectes cherchent un abri, et sont attirés par les lumières, et peuvent donc rentrer dans les chambres. L’image est forte, mais il n’y a aucun danger pour l’enfant, ni pour les médecins. Cela est juste gênant pour travailler.


"Le CHU de Brazzaville manque clairement de moyens"

Un autre médecin ayant requis l’anonymat, ajoute :

Dans ce cas précis, nous sommes au service pédiatrie, et il est plutôt déconseillé de laisser la climatisation allumée, car une trop forte variation de température peut être néfaste pour la santé de l’enfant. C’est pour cela que les fenêtres sont ouvertes, afin de créer un courant d’air. Mais du coup, les insectes peuvent rentrer.

En 6 ans de travail au CHU, ce n’est que la deuxième fois que je vois cette scène, c’est donc plutôt rare comme situation. Mais par ailleurs, il n’est pas faux de dire que le CHU de Brazzaville manque de moyens, et est dans une situation compliquée depuis maintenant près de 10 ans : certains ascenseurs sont parfois en panne, et j’ai déjà vu des collègues obligés de porter des malades pour descendre des étages.

Également contacté par notre rédaction, le président de l'inter syndical, Bienvenu Kouama, a estimé que la vidéo témoignait de la "dégradation des conditions de travail" de façon générale et pointé du doigt plusieurs problèmes dans l’établissement : "Le manque d'eau potable dans tous les services, de médicaments, ou de réactifs [espèce chimique utilisée lors de tests, NDLR] dans les laboratoires".

"La salle est située près d’un endroit où il y a des termitières"

Le CHU de Brazzaville fait l’objet depuis plusieurs années d’articles regrettant son état général : en 2017, un audit avait conclu à des normes minimales insuffisantes, mais aussi des retards de salaires pour le personnel médical.

Le service de communication du CHU a confirmé à la rédaction des Observateurs de France 24 l’authenticité de la vidéo, et a tenu à préciser la nature des insectes :

Ce bâtiment du service de pédiatrie-nourrisson se trouve entre deux cours, où il y a beaucoup de gazon. C’est un endroit propice à l’installation de termitières, et donc les termites sortent lorsqu’il pleut.

Nous reconnaissons que certaines fenêtres cassées au CHU méritent réparation et qu’il manque de moustiquaires à certaines fenêtres. Mais nous regrettons aussi le détournement de cette vidéo à des fins politiques pour discréditer l’établissement.


"Un ensemble de circonstances exceptionnelles qui ne doivent pas se reproduire" selon le directeur du CHU de Brazzaville

En avril dernier, un nouveau directeur du CHU, le canadien Sylvain Villiard, a été nommé. Dans une interview à Jeune Afrique, il reconnaissait avoir hérité d’une situation "très difficile "et reconnaissait le "manque de médicaments, mais aussi du matériel comme du réactif ou des films. Mais le personnel, lui, est très qualifié […]", avait-il ajouté.

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24 pour s’exprimer sur cette vidéo, Sylvain Villiard a expliqué par téléphone :

Moi-même j’ai été très surpris de cette scène, et ai immédiatement demandé à notre direction des services techniques d’intervenir pour chasser les insectes. Si dans ce cas, il s’agit de circonstances exceptionnelles, il ne faut plus que ce genre de scène se reproduise.


Article écrit par Alexandre Capron (@alexcapron).