Deux semaines après qu’un éboulement de terre dans un quartier de la ville de Bafoussam, dans l’ouest du Cameroun, a fait une quarantaine de morts, un autre mouvement de terrain, sans victime cette fois-ci, a coupé une voie bitumée en deux. Les populations sont inquiètes et demandent des explications de la part des autorités.

À leur réveil le matin du 5 novembre, des habitants de Bafoussam ont constaté, stupéfaits, de grosses failles sur plusieurs centaines de mètres sur le bitume d’une route de contournement très fréquentée par les automobilistes pour éviter les embouteillages du centre-ville. Depuis lors il n’est plus possible pour les populations de Bafoussam d’emprunter ce tronçon de voie bitumée entre les carrefours Evêché et Cami-Toyota qui permet de rejoindre la Nationale 6 dans le premier arrondissement de la commune. 

Dans la vidéo ci-dessous qui circule sur les réseaux sociaux, on entend des témoins estomaqués dire : “Il y a tremblement de terre à Bafoussam. C’est grave. On veut le progrès. Où va le Cameroun ? Regardez comment la route s’est cassée !”. 

Flore Kamga Kengne, journaliste pour le site d’information Camer Press Agency, s’était rendue sur place juste après l’incident. Elle nous donne des détails : 
“Suite à des pluies diluviennes d’il y a deux semaines, le sol s’est ouvert dans la nuit du 4 au 5 novembre. Sur la chaussée, il y a de grands creux. Cela fait penser à un glissement de terrain. En juillet, l’érosion avait déjà emporté une partie du trottoir et des fissures sont apparues ensuite sur une partie de la chaussée. Les populations sont très inquiètes. Surtout les parents d’élèves qui ont interdit aux enfants de s’aventurer sur cette voie.”

L'érosion a emporté une partie du trottoir de la voie. Photo prise par Flore Kamga Kengne

Fin octobre à Gouache, un autre quartier de Bafoussam, l’éboulement d’un pan d’une colline avait provoqué la mort de 43 personnes. Suite à ce drame, les ministres du développement et de la Recherche scientifique étaient venus constater l’état de la chaussée fissurée juste après avoir visité les sinistrés. “Elles ont donné des instructions pour connaître les causes scientifiques et régler le problème. Mais rien a été fait”. 

“Nous avons mis des branchages pour empêcher les populations de l’emprunter”

Les images de ce nouvel incident sur les réseaux sociaux ont alarmé plusieurs internautes qui ont encore en mémoire l’éboulement meurtrier d’octobre.
Georges Nkué est un aviculteur de Bafoussam qui emprunte régulièrement cette route pour ravitailler ses fermes. Il exprime son désarroi :
Nous avons constaté, le matin, que la chaussée était totalement divisée en deux. La voie s’est complètement affaissée après les récentes pluies. Elle est impraticable. Nous avons mis des branchages pour empêcher les populations de l’emprunter. Mais cette voie qui permet de contourner le centre-ville pour rejoindre l’axe principal qui va vers la ville de Foumbot est très importante pour nous. Elle est très fréquentée notamment par les camions qui viennent de la région du Littoral pour aller dans celle de l’Adamoua. Cette voie était l'un des meilleurs axes de la ville de Bafoussam. Mais il fallait plus de maintenance. Nous espérons que les autorités vont se mobiliser très vite pour réparer cela et remettre la circulation.

“L’éboulement de la berge d’un cours d’eau a provoqué le glissement de terrain”

La ville de Bafoussam est construite sur une série de collines et de vallées. Une géologie assez favorable aux mouvements du sol. Selon un document de l’École normale supérieure Paris-Sarclay, “les glissements de terrain apparaissent lorsque les sols ou des roches se déplacent, fragilisés par les activités humaines ou par des phénomènes naturels qu’ils soient climatiques, géologiques ou encore géomorphologiques”.

Contacté, Eli Mba, délégué des travaux publics de la région de l’Ouest, confirme qu’il s’agit d’un glissement de terrain mais invite cependant les populations au calme.
Il y a beaucoup de vallées et de monts dans la ville de Bafoussam. La rupture de la chaussée s’est faite progressivement. Cette voie, qui part du carrefour Éveché, a été construite sur un flanc de colline au pied de laquelle ruisselle un cours d’eau. À la faveur d’une grosse pluie fin juillet, il y a eu un éboulement d’une berge de ce cours d’eau. Cela a provoqué dans un premier temps l’affaissement du trottoir.

Les premières mesures de sécurité ont consisté, pour ce qui est de la partie administrative, à interdire la circulation sur l’un des sens de la route et à la déporter sur le sens interdit. Avec les pluies, des fissures sont apparues sur la partie de la chaussée interdite avant de s’étendre sur toute la chaussée. Les équipes sont en train de travailler. Les entreprises ont été mises à contribution et ils essayent de trouver les solutions.