Lundi 11 novembre, une scène particulièrement violente a été filmée à Hong Kong. On y voit un homme être aspergé d’un liquide inflammable et mis à feu. L’homme a survécu à ses blessures et aurait été attaqué lors d’une altercation avec des manifestants dans le quartier de Ma On Shan, à une vingtaine de kilomètres au nord du centre-ville. Pour notre Observatrice, cette scène est révélatrice d’une intensification de la violence ces derniers jours, aussi bien du côté des policiers que des manifestants. 
 
ATTENTION CERTAINES IMAGES CI-DESSOUS PEUVENT CHOQUER

Lundi après-midi, un homme de 57 ans portant un t-shirt vert a été transformé en torche humaine par un individu non-identifié, présent au sein d’un groupe de manifestants qui s’en prenait alors verbalement à cet homme. 

La rédaction des Observateurs de France 24 a décidé de ne publier que des captures d’écran des deux vidéos montrant la scène, compte tenu du degré de violence dont elles témoignent. 

Captures d’écran de la première vidéo, qui montre l’homme aspergé d’un liquide inflammable non-identifié. L’homme qui l’a aspergé de ce liquide enclenche ensuite un briquet au niveau de sa poitrine. Il prend alors feu et s’éloigne tout en se débattant. 

Selon le site d’information local HK01, la scène s’est déroulée sur une passerelle du quartier Ma On Shan, reliant le complexe résidentiel des tours Bayshore et le jardin de la bibliothèque municipale de Ma On Shan.

Notre rédaction a pu confirmer cette information en retrouvant cette passerelle, clairement reconnaissable à son architecture, et les immeubles visibles en arrière plan sur le site Google Maps.

Le point rouge indique l’endroit où la première vidéo a été filmée, aux coordonnées suivantes : 22.425908, 114.231213. 

Par ailleurs, une deuxième vidéo montre la même scène filmée sous un autre angle. On aperçoit cette fois des manifestants qui prenaient part à l’altercation et filmaient. On aperçoit aussi la silhouette de l'individu ayant enflammé l’homme au t-shirt vert, mais ce dernier n’est pas identifiable.  

Captures d’écran de la deuxième vidéo, où l’on voit le groupe de manifestants qui fait face à l’homme au tshirt vert. 
 
Un homme de 57 ans, brûlé au second degré sur 28 % de son corps

Dans la soirée, la victime a été identifiée par la police comme Leung Chi-cheung, un père de deux filles âgé de 57 ans. Selon le South China Morning Post, cet employé du secteur de la construction était présent dans la station Ma On Shan le midi à l’heure de pointe quand il a vu un groupe de manifestants dégrader les infrastructures. Il a alors commencé à poursuivre ces manifestants dans la station jusqu’à la passerelle. 

Lors de cette poursuite, l’homme aurait été blessé à la tête. Au début de la première vidéo, on le voit soigner une blessure au visage.

À gauche, l’homme à la casquette bleue panse les blessures de Leung Chi-cheung avec un mouchoir, visible à droite. 

C’est là que l’altercation a commencé. Leung Chi-cheung aurait ainsi lancé aux manifestants : "Vous n’êtes pas chinois” et ces derniers lui auraient répondu : "Nous sommes Hongkongais”. 

Suite à la publication de ces images, de nombreux militants pro-démocratie ont publié sur les réseaux sociaux une vidéo qui montrerait les prémisses de cette altercation. 

 "Voici le prélude. Le vieil homme en train d’attaquer les manifestants”, peut-on lire sur ce tweet. On peut reconnaître l’intérieur de la station Ma On Shan et les vêtements de Leung Chi-cheung. 

Photos publiées sur le site HK01. 

Plusieurs photos ont également circulé, montrant cet homme torse nu et conscient dans la station Ma On Shan, probablement quelques instants après avoir été mis à feu. Ces images ont semé le doute sur les réseaux sociaux, avec des internautes qui affirmaient qu’il s’agissait en fait d’un cascadeur ayant participé à une mise en scène. Des rumeurs démenties par les autorités hospitalières hongkongaises. 

Selon la police, Leung Chi-cheung était conscient quand il a été emmené à l’hôpital du Prince de Galles à Sha Tin, où il a été admis dans un état critique en unité de soins intensifs. Selon les pompiers, 28 % de son corps était brûlé au deuxième degré, notamment au niveau des bras et de la poitrine.

Une enquête pour tentative de meurtre a été lancée et des officiers de police du Bureau du crime commercial sont chargés de retrouver les manifestants. Selon le South China Morning Post, aucun suspect n’avait été arrêté lundi soir.
 
Violences et vandalisme 

Ces derniers jours, plusieurs vidéos montrant des violences commises par les manifestants hongkongais ont circulé sur les réseaux sociaux, comme par exemple celles d’actes de vandalisme dans les stations de métro. Certains manifestant accusent le Mass Transit Railway (MTR), le gestionnaire du métro hongkongais, de complicité avec le gouvernement et la police. 

Dans cette série de tweets, le journaliste du New York Times rapporte des actes de vandalisme qui visent précisément les infrastructures du Mass Transit Railway (MTR).

 
"Un manifestant vient de descendre la rue avec une scie circulaire en marche, il se dirigeait vers l’endroit où se trouvait la police. Un groupe de manifestants l’a arrêté, l’a convaincu de la poser au sol, l’ont éteinte et l’ont encerclé en lui faisant une grande accolade”, décrit la journaliste Rosalind Adams sur Twitter. 

Un autre vidéo publiée ce mardi 12 novembre montre un manifestant se diriger vers un groupe de policier une scie circulaire à la main. Quelques instants plus tard il est stoppé par d’autres manifestants qui lui font éteindre l’engin et le posent par terre. 
 

“Ces actions ciblent uniquement le métro et les commerces pro-Pékin” 

Ines K., designeuse hongkongaise de 26 ans, participe régulièrement aux manifestations. Elle revient sur cette escalade de la violence.
 
Après tant de jours de protestation, les manifestants sont davantage susceptibles de se défendre, d’être violents, mais seulement s’ils ont d’abord eux-mêmes été attaqués. Il y a eu un cas le mois dernier, quand un assaillant pro-Pékin a attaqué des militants pro-démocratie au Lennon Wall avec un couteau [ce tunnel est un lieu d’expression artistique et politique du mouvement pro-démocratie, NDLR]. 

Il y a également eu beaucoup de groupes et de triades [gangs d’hommes armés présumés pro-Pékin, NDLR] qui s’en sont pris aux manifestants ces derniers mois. Nous avons toujours insisté pour que les manifestations soient pacifiques, mais au cinquième mois de mobilisation, nous réagissons pour nous défendre.   
 
"Des plans n’ont pas été montés pour se venger"

Lundi 11 novembre, un incident impliquant un policier hongkongais a fait la Une de l’actualité : ce dernier a tiré à bout portant sur un manifestant, alors qu’il n’était pas particulièrement menacé. Notre Observatrice ne veut cependant pas croire à des représailles :

"Nous avons parlé de tous ces incidents et dégradations entre manifestants et je ne pense pas que des plans aient été montés pour se venger de l’attaque de lundi. 

Je peux comprendre que ces actes de vandalismes soient mal perçus, mais je dois vraiment préciser que ces actions ciblent uniquement le MTR et les commerces pro-Pékin, notamment ceux du groupe Maxim’s, dont Starbucks
 
"Le gestionnaire du métro travaille avec le gouvernement pour faire taire la voix des manifestants" 

Le gestionnaire du métro nous a par exemple trahis à de nombreuses reprises. Il y a eu les attaques du 21 juillet à Yuen Long et celle du 31 août à Prince Edward, à ce moment là le MTR n’a pas prise en considération la sécurité des passagers et laissé les policiers et les gangsters attaquer les civils à l’intérieur des stations.  

En plus de cela, le MTR a travaillé avec le gouvernement pour fermer des stations et parfois des lignes entières les jours de manifestation comme pour faire taire la voix des manifestants. Ils ont aussi fermé des stations en cours de journée et les manifestants ne pouvaient plus rentrer chez eux, ce qui a donné lieu à de violents affrontements avec la police. Je considère aussi que les stations du MTR sont devenues comme des commissariats de police satellites, qui affrètent des trains spéciaux pour la police anti-émeutes. C’est pour toutes ces raisons que les manifestants s’en prennent aux infrastructures.
Article écrit par Liselotte Mas