Un gendarme a été enfermé dans sa voiture par les habitants de Tazarine, dans la province de Zagoura du sud-est marocain, après qu’il a giflé un professeur local mercredi 23 octobre. Témoin des faits, notre Observateur relate que ce n’est pas la première fois que les gendarmes s'en prennent physiquement à des civils dans la région. Mais à la suite de cette agression, des citoyens excédés s’en sont pris au gendarme, le séquestrant dans sa voiture.
 

Les habitants de Tazarine obligent le gendarme à rester dans sa voiture


Mercredi 23 octobre à Tazarine, petite ville située à quelque 368 km de Marrakech, les habitants des villages ou des "Douar" [ensemble de petits villages, NDLR] des alentours de Tazarine viennent s’approvisionner en marchandises au marché hebdomadaire. Un professeur originaire de l’un de ces villages, Mohamed M’lalou, se rend lui à son travail dans un lycée sur sa mobylette. En passant par Tazarine, un gendarme l’arrête dans la rue.

"Il n’y a aucun moyen de dénoncer les pratiques de ces gendarmes"

Mourad (pseudonyme), habitant de Tazarine, se rendait au marché ce jour-là.

Le professeur a été interpellé par un agent de la gendarmerie royale en plein milieu du marché, sur la place principale de la ville. Celui-ci lui demande les papiers du véhicule, le chauffeur obtempère. Un peu plus tard, le gendarme ne revient pas avec les papiers du véhicule et du chauffeur, mais n’a visiblement pas l’intention de le verbaliser non plus.

Après une période d’attente, la mobylette de Mohamed M’lalou stationnée en pleine rue commence à paralyser la circulation. Mohamed M’lalou demande ses papiers au gendarme, qui les lui refuse et lui annonce que sa moto n’est pas bonne pour la circulation, et qu’elle sera donc réquisitionnée.

Mohamed M’lalou décide alors de couper le moteur et laisse sa mobylette au milieu de la route. Le gendarme, avec un collègue, se dirige vers la moto pour la déplacer. Le professeur tente de défendre sa position, les deux hommes en viennent à un accrochage verbal, et le gendarme finit par frapper au visage le professeur. Le gendarme lui confisque ensuite téléphone et casque.

 

Dans cette vidéo, le gendarme et le professeur discutent au sujet du véhicule, avant que le premier ne frappe le second


Les habitants avaient déjà entouré, à ce stade, le professeur, sa mobylette et le gendarme. Voyant que le gendarme a agressé un civil, des voix se sont élevées contre les dépassements illégaux et irrespectueux de la gendarmerie royale dans la région, ce qui arrive assez fréquemment.
 

"Hier à Tazarine, un gendarme a pris la grosse tête et a giflé un professeur (...) La population l'a encerclé dans sa voiture jusqu'à l'arrivée de ses collègues qui l'ont emmené.."
 

D’habitude, les gendarmes se positionnent à des endroits bien précis entre deux routes nationales pour pouvoir monitorer le plus possible de véhicules. Mais dernièrement, ils entrent dans chaque village ou presque de la région et harcèlent les habitants déjà pauvres, leur demandant régulièrement des sommes équivalentes à 10€ ou 20€ - pour récupérer leurs véhicules confisqués abusivement par exemple -, ce qui revient très cher à ces familles. Ce sont des pratiques totalement illégales, mais nous faisons avec depuis des années, puisqu’il n’y a pas d’alternatives ni de moyens de les dénoncer.

 

La victime, Mohamed M'lalou, témoigne des faits. D'autres habitants dénoncent les pratiques illégales et répressives des gendarmes dans la province de Zagora
 

La gifle violente a été la goutte qui a fait déborder le vase. Pour les habitants, c’était un geste extrêmement humiliant, contre un citoyen qui cherchait à faire valoir ses droits. À ce moment, le gendarme s’est réfugié dans sa voiture, trouvant - j’imagine - l’ambiance hostile. Les habitants l’ont à partir de là obligé à y rester, en bloquant le passage, exigeant que le gendarme soit enfermé dans sa voiture jusqu’à l’arrivée du Procureur et du commandant régional de la Gendarmerie.

Selon notre Observateur et des médias marocains, la route qui traverse Tazarine est ainsi restée bloquée de 11h à 17h, occupée par les habitants entourant la voiture du gendarme. La situation s’est désamorcée avec l’arrivée du responsable local de la gendarmerie, qui a “difficilement évacué le rassemblement” et rédigé un rapport, emmenant le gendarme avec lui. Notre Observateur rapporte que les deux gendarmes n’ont plus été vus dans la ville depuis l’incident.

Aucune déclaration officielle de la gendarmerie royale n’a été faite à ce jour.

Article écrit par Fatma Ben Hamad.