Début novembre, une vieille intox a refait surface sur les réseaux sociaux : "L'Angola, premier pays au monde à interdire l'islam", pouvait-on ainsi lire sur la page "L'islam ma religion", en légende d'une série de photos montrant des mosquées détruites. Sauf qu'il n'en est rien et qu'aucune des images relayées n'a été prise en Angola.

"Le gouvernement angolais a décidé d'interdire la religion musulmane qu'il considère comme d‘une secte barbare et incompatible avec la société angolaise [...] le gouvernement angolais a également promis de faire de la destruction de toutes les mosquées une de ses priorités", peut-on lire sur ce post publié sur Facebook le 1er novembre 2019, qui mentionne plusieurs édifices religieux soi-disant détruits : la "mosquée de Zango" à Viana et une "mosquée détruite à Luanda".
 
Des photos d'autres pays

Comme l'avaient expliqué en mai dernier nos confrères d'AFP Factuel au sujet d'une publication similaire, la série de photos accompagnant cette rumeur est sortie de son contexte : aucune des photos n'a été prise en Angola. En faisant une recherche d'image inversée (cliquez ici pour savoir comment faire) sur chacune d'entre elles, on peut retrouver leur véritable origine.


En faisant une recherche d'image inversée, on découvre ainsi que la première photo de la série été publiée dans un article de l'ONG Amnesty international et qu'elle montre une mosquée de la ville de Raqqa, en Syrie, bombardée en 2014.


La deuxième photo, dont nous n'avons pas pu confirmer l'origine exacte, a été publiée à de nombreuses reprises sur différents sites et blogs depuis 2012. Certains affirment qu'il s'agit d'une mosquée en Syrie, en Irak ou dans la bande de Gaza.


Toujours avec la même méthode, on retrouve cette photo d'un autre dôme de mosquée turquoise sur le site Wikicommons, qui la décrit comme une mosquée de la localité de Rafah, dans la bande de Gaza, détruite en 2009. Sur la banque d'images Getty, on voit une photo montrant le même endroit sous un angle différent avec la légende suivante : "Les décombres de la mosquée al-Fadilah après une frappe aérienne israélienne sur Rafah, au sud de la bande de Gaza, le 11 janvier 2009".


Sur cette autre photo, on peut lire l'inscription "Koaci.com", le nom d'un site d'information ivoirien. Mais cette mosquée au dôme vert est en fait située au Bahreïn et a été détruite au bulldozer en 2011, pendant le Printemps arabe. Dans un article de la BBC, l'émir Mohammed Mohammed Barbagi détaille que cette mosquée avait plus de 400 ans et que sa destruction par le gouvernement à l'époque du soulèvement populaire avait beaucoup choquée la communauté chiite de l'île.


Enfin, la dernière photo de la série montre également une mosquée de Gaza, détruite lors de bombardements en août 2014. On peut voir le même édifice, dans une photo prise sous un angle différent, dans un article publié sur le site du Jerusalem Post.
 
Une rumeur ancienne

Cette rumeur prêtant à l'Angola la volonté d'interdire l'islam a déjà quelques années et prend source dans de nombreux articles publiés en 2013, rapportant de supposées destructions de mosquées et persécutions des musulmans en Angola. Elles proviennent de déclarations de représentants de la communauté musulmane dans le pays et ont été largement extrapolées pour faire croire que l'islam avait été interdit et banni de ce pays du sud-ouest de l'Afrique.

En 2013 déjà, le site d'information américain International Business Time a mis en cause l'emballement médiatique autour de cette rumeur et affirmait que cette rumeur infondée était partie d'un article du journal béninois La Nouvelle tribune intitulé "L'Angola prend des mesures qualifiées d'anti-islam", depuis supprimé.

On peut néanmoins retrouver une archive de cet article. Il affirmait que "le gouverneur de la ville de Luanda a résumé l'acte en affirmant que les musulmans radicaux n'étaient pas les bienvenus en Angola et que le gouvernement n'était pas prêt à légaliser la présence des mosquées dans le pays", ou que la ministre de la Culture, Rosa Cruz, avait annoncé que "le processus de légalisation de l'Islam n'a pas été approuvé par le ministère de la Justice et Droits de l'Homme, leurs mosquées seraient fermées jusqu'à nouvel ordre".

Comme le détaille un article du Daily Maverick, un journal sud-africain, de nombreux responsables politique angolais ont nié une quelconque persécution des croyants musulmans dans leur pays, concédant qu'un certain nombre de bâtiments, dont une mosquée, avaient été détruits, mais au motif qu'ils avaient été construits sans autorisation.
 
Qu'en est-il aujourd'hui ?

En janvier 2019, Mohammed Saleh Jabu, représentant en Angola du Conseil de la religion et collaboration islamique, a affirmé à l'agence de presse officielle turque Anadolu que les musulmans exercent leur religion en liberté depuis plusieurs décennies et peuvent venir prier dans les quelques 60 mosquées du pays.

Il reste que la religion musulmane n'a pas encore été officiellement reconnue par l'État dans le pays. La loi sur les religions en Angola prévoit en effet une procédure spécifique : il faut entre autres qu'elle soit pratiquée par plus de 100 000 personnes et présente dans les deux tiers du pays. Les autorités affirment en tout cas que la liberté de culte est totale dans le pays, même pour les fidèles de religion non officielles.

Le représentant de la communauté musulmane d'Angola, David Alberto Ja, a confié à l'agence Anadolu être optimiste : "Les musulmans ont désormais de meilleures relations avec l'État et la société depuis les dernières réformes politiques [...] nous [les musulmans] sommes libres de pratiquer notre religion mais le gouvernement doit encore reconnaître l'islam comme l'une des religions officielles de l'État, et ça devrait changer. Le processus de légalisation de notre religion est lancé".