Il y a quelques jours, les têtes de plusieurs statues représentant des créatures démoniaques ont été cassées à Riyad, la capitale de l’Arabie saoudite. Ces statues avaient été installées dans le cadre d’un festival, qui crée la controverse dans le pays.

Depuis le 25 octobre, des vidéos ont été diffusées sur les réseaux sociaux, montrant une installation avec des créatures géantes : araignées ou encore figures humanoïdes vertes, dont les têtes ont été cassées.

Ces statues avaient été installées dans le cadre du festival Riyadh Season, un événement “de divertissement et de culture” ayant démarré le 11 octobre et visant à attirer notamment des touristes étrangers. Des artistes internationaux ont été invités à participer à cet événement, qui est l’un des onze festivals saoudiens du programme Saudi Seasons.


Selon l’auteur de la vidéo ci-dessus, les créatures géantes ont été saccagées sur place, sur une grande avenue de la capitale saoudienne, deux semaines après le commencement du festival. 

Une fois cassée, cette installation a été retirée des lieux.


Controverses autour de la statue et du festival

Ces vidéos ont suscité de vives réactions parmi les internautes saoudiens, concernant la statue ou encore le festival Riyadh Season de manière plus générale.

Certains ont ainsi condamné la “dilapidation des moyens du royaume pour des festivités frivoles qui incitent à la débauche”, tandis que d’autres ont salué la destruction d’”idoles” (statues représentant des déités que les populations préislamiques d’Arabie adoraient).



Par ailleurs, certains estiment que l’organisateur du festival, Turki Al-Sheikh, aurait tout misé sur la participation de touristes étrangers (notamment européens et asiatiques) au détriment de l’intérêt des Saoudiens. Turki Al-Sheikh est président de l’Autorité de divertissement et a été promu au rang de conseiller de la Cour royale saoudienne, en tant que ministre, en 2017. À l’image du vice-Premier ministre Mohamed Ben Salmane, il entend promouvoir une société saoudienne libérée des stéréotypes qui y sont associés. 

Des voix s'élèvent également contre la mixité hommes-femmes, visible lors des différents événements du festival, et contre la promotion de “pratiques étrangères à la culture musulmane et saoudienne”, comme des concerts de musique organisés à côté de mosquées.


Cette ouverture soudaine suscite ainsi la suspicion au sein de la population, habituée à un État encadrant les moindres aspects de la vie publique et privée de ses citoyens. 


Un festival néanmoins très encadré

Pourtant, la direction de Saudi Seasons a prévu une charte encadrant la présence et la fréquentation des festivaliers, la propreté des lieux et les comportements en public, fixant des interdits et le montant des amendes leur correspondant. Par exemple, un “comportement de nature sexuelle” est puni d’une amende pouvant aller jusqu’à plus de 6 000 riyals saoudiens (soit 1 400 euros). Des “agents du bon goût" ont également été mis en place pour intervenir en cas d'actes "inappropriés" durant le festival.

Enfin, le procureur a ordonné l'arrestation d'une jeune femme pour “infraction aux mœurs” pour avoir dansé en niqab lors de ce même festival.