Depuis le début de la semaine, une vidéo montrant un champion marocain de taekwondo jeter sa médaille à la mer depuis une embarcation en direction des Canaries circule sur les réseaux sociaux. Comme cet athlète, plusieurs sportifs marocains désillusionnés ont quitté le pays clandestinement.

Cet article a été publié initialement sur le site d'InfoMigrants.net.


À bord d'une embarcation de fortune quittant clandestinement le Maroc en direction des Canaries (archipel espagnol au large du Maroc), Anouar Boukharsa, un sportif marocain détenteur de plusieurs prix de taekwondo régionaux et nationaux, lance sa médaille à la mer. Le jeune homme de 27 ans fait ensuite le "V" de la victoire avec ces doigts. La scène, filmée avec un téléphone portable et diffusée sur les réseaux sociaux depuis mardi 22 octobre, a fait le tour de la presse marocaine.


Contacté par la rédaction d'InfoMigrants, Anouar Boukharsa, a expliqué avoir décidé d'immigrer en Espagne après de nombreuses désillusions au Maroc. "Au total, j'ai jeté à la mer trois médailles, je ne veux plus de ces titres marocains que j'ai obtenus. J'ai participé à de nombreux tournois, mais je me suis senti négligé, inutile", a-t-il confié.

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Parti avec plusieurs autres hommes le 19 octobre de la côte atlantique du Maroc, au niveau de Souira près de Safi, sa région d'origine, Anouar Boukharsa assure avoir passé 4 jours en mer pour arriver le 23 octobre à Lanzarote, une île de l'archipel espagnol des Canaries. "C'est la seule destination qui pouvait m'assurer d'arriver en Espagne, je l'ai choisie car c'était proche de Safi", poursuit-il.


Plus tôt dans la semaine, un autre sportif, un ancien footballeur du pays, Hicham Kellouch, était apparu sur une photo pendant son "hrig", le terme marocain désignant les départs clandestins vers l'Europe. 

Les jeunes marocains sont, en effet, nombreux à se filmer ou se mettre en scène sur les réseaux sociaux pendant leurs traversées.


En août 2018, une attaquante de l'équipe nationale féminine de football des Lionnes de l'Atlas, Meriem Bouhid, avait profité d'un tournoi en Espagne pour émigrer clandestinement. Un mois plus tard, Ali Hababa, 20 ans, un autre joueur de football alors capitaine des Espoirs de l'Olympique de Safi était aussi arrivé en Espagne, après avoir voyagé à bord d'une embarcation. 

Le triple champion du Maroc de kick-boxing, Ayoub Mabrouk, 21 ans, avait lui été retrouvé mort sur une plage espagnole en novembre de la même année. Sa "patera", nom donné aux embarcations de fortune transportant des migrants, avait fait naufrage.


Selon les chiffres des autorités marocaines, le nombre de tentatives avortées d'émigration irrégulière au départ du Maroc est passé de 32 000 en moyenne chaque année entre 2003 et 2015, à quelque 65 000 depuis 2016, soit plus du double.

Le sud du Maroc, et notamment la région de Tiznit - au sud de Safi - est devenu une zone de départ vers les Canaries. Dimanche 20 octobre, 33 personnes parties des côtes marocaines avaient été secourues par les services espagnols de sauvetage en mer et amenées au port de Los Cristianos, au sud de Tenerife.

Entre janvier et la mi-septembre, d'après les chiffres du ministère de l'Intérieur espagnol, 831 migrants en situation irrégulière étaient arrivés sur les côtes des îles Canaries, soit 37 % de plus que l'année précédente. Sur la même période, 63 embarcations sont arrivées aux Canaries ou ont été secourues par les services de sauvetage espagnols, soit le double par rapport à 2018.


Article écrit par Maëva Poulet pour InfoMigrants